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Un article de Jean-Michel Bezat paru dans Le Monde du 16 décembre 2005

La direction de Bosch France souhaite repasser aux 40 heures

vendredi 16 décembre 2005 par Jean-Michel Bezat

Un et demi après avoir fait passer les 820 salariés de son usine de Vénissieux (Rhône) de 35 heures à 36 heures de travail hebdomadaire, Bosch France est visiblement décidé à aller plus loin. "On envisage de négocier un retour à 40 heures" pour les 10 400 salariés du groupe travaillant dans l’Hexagone pour rester dans la course à la compétitivité, a déclaré Guy Maugis, le PDG de l’équipementier automobile allemand, mercredi 14 décembre, dans un entretien à l’Agence France-Presse (AFP). Pour l’heure, a-t-il ajouté, ni les modalités, ni le calendrier des négociations n’ont été arrêtés, mais la coordination des syndicats CGT du groupe a immédiatement dénoncé une "provocation sociale".

M. Maugis souligne qu’il n’y a pas d’autre solution, à moins de licencier. "Comment faire autrement pour maintenir la compétitivité d’un outil industriel en France, alors que nos clients nous demandent des réductions de prix de l’ordre de 3 % par an ?, a-t-il expliqué à l’AFP. L’innovation, la réduction de nos coûts de production par l’amélioration de nos procédés de fabrication ne suffisent pas. Or, comme nous n’envisageons pas de réduire les salaires, la seule solution, c’est d’augmenter la durée du travail à salaire maintenu."

Le patron de Bosch France assure qu’il "ne veut pas faire comme beaucoup de concurrents, des plans sociaux à répétition". Cette démarche avait conduit les dirigeants du groupe, en 2004, à proposer l’accord "Avenir Vénissieux". Pour éviter la suppression de 300 emplois entre 2004 et 2007, il prévoyait le passage aux 36 heures par la suppression de six jours de réduction du temps de travail ; en contrepartie, Bosch s’engageait à investir 12 millions d’euros, finalement portés à 20 millions. Dénoncée par la CGT, mais soutenu par les cadres de la CFE-CGC et la CFDT (majoritaire), qui en a été la cheville ouvrière, cette première révision de la réforme phare du gouvernement Jospin avait été approuvée en juillet 2004 par 98 % des salariés.

DES "PIONNIERS" MALGRÉ EUX

La partie s’annonce beaucoup plus difficile aujourd’hui puisqu’il s’agit, à en croire M. Maugis, de revenir non seulement sur les lois Aubry de 1997-1998, mais aussi sur la semaine de 39 heures instaurée en 1982. Et non plus sur une usine, mais sur une quinzaine de sites. "Cette annonce n’a rien à voir avec le cas de Vénissieux, confirme Marc Soubitez, négociateur pour la CFDT de l’accord de l’usine de la banlieue lyonnaise. Pour revenir aux 40 heures, il faut être deux. On n’a aucune chance de progresser en procédant de la sorte, car tous les sites du groupe ont des situations différentes qui appellent des solutions différentes." Comme les représentants de la CGT, il note que le chiffre d’affaires global de Bosch progressera de l’ordre de 4 % en 2005 et que les résultats s’annoncent "plutôt bons, en particulier dans la branche automobile".

Le comité central d’entreprise convoqué jeudi après-midi au siège du groupe, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), s’annonce houleux. Pour la CGT, il ne fait aucun doute que "la finalité de la direction, c’est 40 heures payées 35". Les salariés de Bosch ont été, malgré eux, les "pionniers" de l’assouplissement des lois sur la réduction du temps de travail.

Des entreprises ont suivi le mouvement, comme Doux (volaille), Hewlett-Packard (informatique), Alcan (Aluminium) ou Seb (électroménager), et la plupart des sociétés de plus de 20 salariés restent aux 35 heures. Les menaces de délocalisations risquent de changer la donne.

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