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Un article de Cécile Calla paru dans Le Figaro du 8 février 2006

La flexibilité en marche dans les entreprises allemandes

mercredi 8 février 2006 par Cécile Calla

Afin d’échapper à la rigidité des conventions collectives et mieux défendre leur compétitivité, les industriels allemands multiplient les accords hors branche, particulièrement dans la métallurgie.

e patronat et le syndicat allemand de la métallurgie entament aujourd’hui de difficiles négociations salariales concernant les quelque 3,4 millions de salariés du secteur, sur fond de climat social tendu marqué par des grèves dans l’usine d’électroménager AEG ainsi que dans la fonction publique.

« C’était une négociation très difficile, mais le résultat est plus que satisfaisant. » Uwe Laubach, directeur adjoint d’IG Metall à Kassel, est ravi du compromis signé avec Bombardier, le constructeur canadien de locomotives. Grâce à un accord conclu en décembre dernier, le syndicat a évité la délocalisation partielle de la production en Pologne, a garanti l’emploi des 540 employés pour les trois ans à venir et peut même espérer des créations d’emplois d’ici à 2007. En contrepartie, les salariés ont renoncé à une partie de leurs primes de Noël et de vacances.

L’exemple de Bombardier n’est pas un cas isolé. Ce type d’accord est devenu monnaie courante dans l’industrie allemande. Selon un sondage réalisé par la fondation Hans Böckler, proche des syndicats, près d’une entreprise sur quatre sort du cadre fixé par la convention collective pour défendre sa compétitivité. « Le marché du travail allemand est bien plus flexible qu’on ne le dit », souligne Hartmut Seifert, expert auprès de la fondation Hans Böckler.

Particulièrement touché par ce phénomène, l’industrie métallurgique et électronique qui, avec plus de 5 000 entreprises, représente le coeur de l’économie nationale, comptabilise près de 600 accords hors branche depuis 2004. « Ces accords ont commencé à se développer au début des années 90 », raconte Hagen Lesch de l’institut d’économie de Cologne, proche du patronat. A cette époque, un dispositif intitulé « clause des cas extrêmes » est introduit dans les accords de branche en Allemagne de l’Est, avant d’être appliqué à l’Ouest en 1996. Il permet à des entreprises en très grave difficulté de modifier le temps de travail ou les salaires pour une durée déterminée. Depuis 2000, près de 500 entreprises ont fait appel à ce dispositif.

Pour permettre aux entreprises de réagir en amont, notamment avant le début d’une procédure d’insolvabilité, le syndicat IG Metall et l’organisation patronale de branche Gesamtmetall ont signé en avril 2004 l’accord de Pforzheim. Depuis, les entreprises peuvent modifier le temps de travail ou le salaire de leurs employés afin d’améliorer leur compétitivité et leur capacité d’innovation. En échange, elles s’engagent à renoncer aux licenciements ou à maintenir un site de production. « Cet accord n’a fait qu’officialiser une pratique devenue courante dans l’industrie », souligne Hagen Lesch.

La souplesse du « dispositif de Pforzheim »

Avant la signature de ce texte, ces dispositifs restaient la plupart du temps secrets. Aujourd’hui, tous les secteurs de l’industrie allemande ont recours à ces arrangements particuliers. Dans la plupart des cas, ils sécurisent à long terme les emplois des salariés. « Ce dispositif a permis d’éviter une grande vague de licenciements dans notre secteur », souligne-t-on chez Gesamtmetall. Dans de très rares cas, ils se soldent par un échec. Ce fut le cas chez le fabricant de pneus Continental. L’entreprise a signé en mai 2005 un contrat rétablissant la semaine de 40 heures sur le site de production de Hanovre. En échange, la direction s’engageait à éviter tout licenciement jusqu’en 2007. A peine six mois plus tard, elle annonçait une délocalisation du site de production fin 2006...

Aujourd’hui, d’aucuns prédisent la fin du système de négociation collective en Allemagne. Le sujet divise particulièrement les syndicats : « Certains présentent cette évolution comme une modernisation des conventions collective, explique Hartmut Seifert, d’autres y voient une remise en cause de la négociation collective. » Côté patronat, on se félicite de cette évolution qui permet aux entreprises de « respirer ». La fédération du patronat de l’industrie métallurgique Gesamtmetall souhaite même que les entreprises puissent conclure au niveau de chaque employé un contrat hors convention collective et ce, sans l’approbation des partenaires sociaux. Pour autant, le patronat ne souhaite pas remettre en cause l’autonomie des partenaires sociaux et l’importance des négociations collectives. « Elles garantissent aux entreprises une certaine paix sociale qui leur permet de planifier à long terme la production », souligne Hagen Lesch.

Une chose est sûre, une forte augmentation des salaires, entraîne une forte croissance des accords hors convention collective, prévient l’expert de Cologne, en référence aux négociations en cours. Le secteur de la métallurgie et de l’électronique recouvre des situations très différentes. « Un certain nombre d’entreprises sont en mesure d’appliquer de fortes hausses de rémunérations, d’autres en sont incapables », poursuit l’expert. Si la nouvelle convention collective fixe des augmentations de salaires trop élevées, de nombreuses entreprises auront recours au dispositif de Pforzheim. Au grand dam de nombreux syndicalistes.

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