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Grégoire BISEAU | Libération le 24mars 2007

La folle semaine des sorciers du grand capital

samedi 24 mars 2007 par Grégoire BISEAU
Ou comment les fonds d’investissements font la pluie et le beau temps. Démonstration avec trois entreprises.

Comment se porte le capitalisme financier ? Très bien, merci pour lui. Cette semaine, trois belles histoires, dans trois secteurs différents (l’eau, la banque et l’automobile) illustrent le poids considérable pris par les fonds d’investissements dans la stratégie des firmes.

La Saur Un prix de vente multiplié par deux

Sept cents millions d’euros en deux ans. Voilà ce qu’a empoché PAI Partners, un fonds d’investissements qui gère la bagatelle de 7 milliards d’euros placés au gré des occasions. Lundi, ce fonds annonce avoir ouvert des « négociations exclusives » pour la vente de la Saur, le numéro 3 de la distribution de l’eau en France, à un consortium emmené par la Caisse des dépôts et consignation et l’industriel Séché Environnement. Prix de la cession : 1,72 milliard d’euros. Or deux ans auparavant PAI achetait la même Saur, à Bouygues pour 1,037 milliard d’euros. Que s’est-il donc passé en deux ans ? La Saur a-t-elle inventé une technique révolutionnaire qui transformerait le sable en eau ? Bouygues aurait-il bradé son ex-filiale ? Quelle est donc la recette de PAI ? Quand on regarde les évolutions du chiffre d’affaires (+ 6 % entre 2005 et 2006) et celle du résultat d’exploitation (+ 17 %), on comprend que la société, même si endettée, est en forme. Mais pas de quoi expliquer un prix de vente presque multiplié par deux en deux ans. La raison est double et n’a pas grand-chose à voir avec le savoir-faire de PAI. Depuis 2005, les cours de Bourse de Suez et de Veolia, les deux leaders mondiaux de l’eau, ont grimpé de 100 %. Et donc, par ricochet, ont fait monter le prix de la Saur. Enfin, le très riche fonds d’investissements australien Macquarie avait déclaré la semaine dernière être prêt à mettre beaucoup d’argent sur la table pour emporter la Saur. « Le bureau français de Macquarie avait la pression de sa direction pour réaliser son premier deal ici. D’où l’envolée des prix », commente un proche du dossier. Et voilà comment la surenchère des fonds profite aux... fonds d’investissements.

ABN Amro 1 % du capital pour dicter sa loi

Chris Hohn, 39 ans, vient de révolutionner la micro-économie. Ce Britannique, patron du hedge fund TCI, né il y a seulement deux ans, vient de démontrer qu’il suffit de détenir 1 % du capital d’une multinationale (en l’occurrence, le groupe bancaire ABN Amro) pour lui dicter sa loi. Et en l’occurrence la forcer à fusionner avec son concurrent britannique la Barclays. Le tout pour dégager les fameuses synergies (donc des réductions d’emplois), dont sont si friands les marchés financiers. Il y a un mois, l’impatient Chris Hohn prend sa plume pour signifier au patron de ABN Amro son mécontentement (le cours de l’action se traîne, dit-il) et lui demander « un démantèlement, une scission, une vente ou une fusion ». Quelques jours plus tard, il est rejoint dans sa croisade par d’autres fonds également présents au capital d’ABN Amro. Immédiatement, le gouverneur de la Banque centrale néerlandaise prend publiquement la défense de son fleuron. Mais mardi, ABN Amro annonce être entré en négociation exclusive avec Barclays pour fusionner. Le cours de Bourse de la banque néerlandaise grimpe illico (plus de 19 % en cinq jours). Et Chris Hohn de se déclarer, le jour même, « encouragé » par la tournure des événements. On le serait à moins.

Valeo Un billard à trois bandes

Le patron de l’équipementier automobile français Thierry Morin est choyé. Pas moins de trois fonds d’investissements se pressent pour grimper au capital de son groupe. Le hic, c’est que chacun a une idée très précise de la stratégie à conduire pour faire grimper le cours de Bourse. Et bien sûr, ce n’est pas la même. Le hedge fund Pardus (10,5 % du capital) veut une fusion entre Valeo et son concurrent américain Visteon, dont il détient 17 %. Un tel mariage s’accompagnerait à coup sûr d’un plan de restructuration avec son paquet de licenciements. A l’inverse, le financier américain Wyser-Pratte (autour de 3 % du capital) recommande, lui, un recentrage du groupe sur les seules activités rentables. Dans cette bataille d’influence, un troisième larron (le fonds Apollo) a déclaré en début de semaine son intérêt et a fait une offre de rachat total. Jeudi, le conseil d’administration de Valeo annonçait « explorer de façon préliminaire et non exclusive » cette offre. Où comment se servir d’un fonds pour mieux écarter les deux autres.

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