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Thomas Lemahieu | L’Humanité du 28.11.2007

« La fusion ANPE-UNEDIC, qu’elle se la garde »

vendredi 30 novembre 2007 par Thomas Le mahieu
Chômage . En grève hier, agents du service public de l’emploi et salariés de l’assurance chômage défendent l’avenir de leurs métiers et de leurs missions contre leur ministre.

Ébullition dans le service public de l’emploi et à l’assurance chômage : pour la première fois depuis le lancement officiel, à la mi-septembre, du projet de fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC, les agents se sont retrouvés, hier, en masse, à la fois dans la grève et dans la rue. Retour sur une journée qui en promet d’autres dans les prochaines semaines : le 5 ou le 12 décembre, avec l’examen du projet en Conseil des ministres et, à partir du 8 janvier, avec l’ouverture, annoncée hier, du débat parlementaire.

11 heures « Aucun rapport avec l’économie »

Dans une salle étroite de la Bourse du travail, à Paris, hier en milieu de matinée, 200 grévistes de l’ANPE de la région parisienne se serrent pour participer à leur assemblée générale, à l’appel de quatre syndicats (SNU, CGT, FO et SUD) qui représentent une majorité du personnel de l’agence. Dans leurs interventions, ils passent rapidement sur les raisons majeures de leur rejet de la fusion avec l’UNEDIC - privatisation de l’établissement public ANPE et accroissement de la coercition des chômeurs - pour se concentrer sur la stratégie de leur mouvement : quelles actions mener ? Faut-il reconduire la grève ? Comment faire parler d’eux dans « les médias » ? En présence, comme pendant toute la journée, de militants des mouvements de chômeurs (CGT chômeurs, AC !, APEIS et MNCP), la discussion est animée. Une conseillère ne voit pas bien pourquoi il faudrait aller manifester à Bercy sous les fenêtres de Christine Lagarde : « Mon ministère, ce n’est pas l’Économie, c’est celui du Travail et de l’Emploi. Mon boulot à l’ANPE n’a aucun rapport avec l’économie, je suis désolée de le dire… » À la tribune, les représentants syndicaux approuvent, mais font valoir que « c’est Christine Lagarde qui pilote cette fusion ». « Malheureusement, oui, c’est là-bas que ça se passe, déplore Margot Undriener (CGT). Et pour le moment, tout ce qu’on nous propose, c’est la mort de l’ANPE, notre outil de travail, et surtout, on veut nous faire taper encore plus sur la gueule des chômeurs. C’est pour ça qu’on doit y aller et amplifier le mouvement. » Alors que les premières tendances sur la participation à la grève à l’ANPE - 25,5 %, selon la direction, 33 %, selon les organisations syndicales - tombent, un syndicaliste FO lance sous les vivats que, dans les ASSEDIC, le mouvement a l’air d’être particulièrement bien suivi. « C’est très important, ces points de convergence aujourd’hui avec les salariés de l’assurance chômage », se félicite Philippe Sabater (SNU-ANPE). Pour Catherine Lebrun (SUD), « les chiffres d’aujourd’hui, c’est pas mal, mais ça ne sera pas suffisant : on n’a pas les mêmes traditions que les cheminots, mais pour montrer notre détermination, on pourrait bloquer les agences pendant plusieurs jours ».

12 h 45 « Libérez l’information »

Au fil de l’AG, après avoir écarté l’idée d’aller fermer sur le champ des ANPE en activité - « ça exige un peu plus de préparation », argue un militant du SNU -, plusieurs conseillers en grève émettent l’idée d’investir des médias pour conquérir une surface dans le débat public, jugée trop réduite quand elle n’est pas inexistante. Après TF1 et France 2, un jeune suggère Libération par pur opportunisme : par rapport à la Bourse du travail, c’est la porte d’à côté. En route ! Dix minutes plus tard, c’est la cohue dans le hall d’entrée du quotidien. « Non, nous ne serons pas la police de l’emploi », hurlent les grévistes. Dans un coin, deux agents de l’ANPE proposent d’arrêter tout car ils ont dégoté une brève sur la grève dans l’édition du jour. « On veut une page, on veut la une », répond un choeur spontané. Au bout de vingt minutes, une délégation intersyndicale monte à la rencontre de la rédaction et le gros des troupes vide les lieux.

14 h 15 « MEDEF à tous les étages »

Au ministère de l’Économie, à Bercy, les salariés des ASSEDIC déploient leurs banderoles et brandissent leurs pancartes faites à la main. Leur grève, à l’appel des cinq syndicats (CFDT, CGT, FO, CFTC et CGC), est une réussite : selon la direction de l’UNEDIC, ils sont 61 % à avoir suivi le mot d’ordre d’arrêt de travail (75 % à 80 %, d’après les organisations syndicales). « C’est historique, sourit Denis Lalys, de la CGT des organismes sociaux. Nous avons rencontré Christine Lagarde, mais elle ne veut rien entendre. Chez nous, cette fusion, avec le transfert programmé du recouvrement des cotisations aux URSSAF, aurait comme conséquence la suppression de 1 400 emplois. » Les agents de l’ANPE les rejoignent et, au passage, Margot Undriener fait le bilan de l’occupation de Libé : « On s’est fait avoir, il n’y aura rien dans le journal mercredi, ils n’ont pas la place… » Pendant une bonne heure, les opposants à la fusion, venus des ASSEDIC comme de l’ANPE, crient sous les fenêtres du ministère : « Lagarde, ta fusion, tu te la gardes ! », « Sarko, touche pas à mon emploi ! » Au-dessus des têtes, un panneau se trémousse en rythme : «  MEDEF à tous les étages, c’est l’esclavage. »

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