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Un article de Nathalie RAULIN paru dans Libération le 20 juin 2006

La fusion GDF-Suez mijotera tout l’été

mardi 20 juin 2006 par Nathalie RAULIN

La fusion GDF-Suez reste d’une actualité brûlante. Hier soir, au sortir d’une réunion à Matignon, en présence du ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, du président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, et de son homologue du Sénat, Josselin de Rohan, le ministre de l’Economie Thierry Breton a confirmé l’intention du gouvernement de mener à bien l’opération. Tout en laissant aux députés et aux partenaires sociaux le temps de la réflexion.

Un projet de loi permettant à la fois de rendre possible la fusion GDF-Suez et de transposer la directive européenne sur l’énergie sera présenté le 28 juin en Conseil des ministres. Il sera examiné par les parlementaires en session extraordinaire en septembre. « On va mettre à profit l’été pour approfondir très significativement les concertations, les discussions avec les uns et les autres, pour bien expliquer les voies et moyens, bien préciser également les garanties qui seront données en particulier aux consommateurs », a précisé le locataire de Bercy, alors qu’à l’exception de la CFDT, tous les syndicats du secteur de l’énergie appellent à la grève (lire ci-contre).

Abandon. Toute la journée, Thierry Breton s’était pourtant préparé à défendre un modus operandi très différent. Conscient de la contestation que sa personne suscite dans les rangs de la majorité, le Premier ministre avait dimanche abandonné à son ministre de l’Economie le pilotage du projet. A charge pour lui de convaincre les leaders de l’UMP du bien-fondé de la fusion. En arrivant à Matignon, Thierry Breton avait prévu de proposer que l’opération soit scindée en deux : un premier texte de loi pour transposer la directive européenne sur l’énergie devait être examiné en juillet par les députés pendant qu’un second texte de loi sur la privatisation de GDF serait présenté au Sénat, avant de revenir à l’automne devant les députés (Libération du 17 juin).

Sauver la face. Ce scénario, qui avait déjà suscité les réserves des sénateurs, pas vraiment ravis de jouer les « supplétifs », a hier soir fait long feu. Nicolas Sarkozy l’a dit sans détour : la priorité pour le gouvernement, « c’est de gagner du temps ». Pour sauver la face d’abord, et accessoirement pour se donner une chance de dégager un consensus parmi les députés UMP, sans lequel rien ne pourra se faire. Une gageure : hier, le député UMP du Nord et ancien ministre délégué au Logement, Marc-Philippe Daubresse, énumérait encore les « quatre bonnes raisons de dire non » à la fusion entre GDF et Suez, insistant notamment sur « l’erreur fondamentale de privatiser GDF dans la période actuelle ». De mauvais augure avant la réunion de groupe ce matin à l’Assemblée. Même si, hier soir, le député sarkozyste Dominique Paillé (Deux-Sèvres) jouait l’apaisement. Rappelant qu’« il n’y avait pas de majorité au sein du groupe UMP pour voter ce texte », il s’est réjoui que « le Premier ministre se donne du temps pour convaincre ». « J’ignore si ce sera suffisant. Nous verrons si, en septembre, les données du problème auront permis d’évoluer. Mais il faudra des arguments forts pour que les parlementaires changent d’avis », a-t-il néanmoins prévenu. Le villepiniste Hervé Mariton (Drôme), favorable à la privatisation, s’est lui aussi félicité que le gouvernement se donne le temps de la « pédagogie » : « Soit on laisse les critiques s’incruster et les choses ne seront que plus difficiles en septembre, soit on prend sur nous d’expliquer et de démontrer et ça peut fonctionner. »

« Autres options ». Le calendrier annoncé va-t-il apaiser les patrons de GDF et Suez ? Craignant une reculade gouvernementale, le président de Suez, Gérard Mestrallet, avait dimanche lancé un avertissement dans le JDD : « Si le projet de fusion avec Gaz de France n’est pas engagé cet été », il promettait de chercher « d’autres options pour protéger l’avenir du groupe ». En réponse à son inquiétude, le PDG de GDF et ancien conseiller de l’Elysée Jean-François Cirelli a, hier, affiché sa confiance dans ce « beau projet » de fusion.


Appels à la grève aujourd’hui

Tous sauf la CFDT. Aujourd’hui, les fédérations CGT, FO et CFE-CGC d’EDF et GDF appellent à une grève qu’ils espèrent « décisive » pour faire échouer le projet de fusion Gaz de France-Suez. Un projet pour lequel penchent au contraire la centrale dirigée par François Chérèque et les syndicats de Suez. Hostiles à la privatisation de GDF que provoquerait la fusion des deux entreprises, les trois fédérations veulent « adresser un message clair au gouvernement ».

La fédération CFDT Chimie-Energie, elle, organise une simple « action d’information auprès des usagers ». Elle attend lundi, après consultation de ses adhérents, pour fixer sa position officielle sur la fusion. Mais le secrétaire général de la CFDT a d’ores et déjà tenu des propos plutôt favorables au projet. Le gouvernement « prend un risque » s’il reporte la fusion,

a déclaré vendredi François Chérèque, soulignant le danger d’un « démantèlement » de Suez en cas de rachat par le groupe italien Enel.

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