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Un article de Jean-Michel Bezat paru dans LE MONDE du 28 avril 2006

La fusion GDF-Suez peine à se concrétiser après le CPE et avant la présidentielle

vendredi 28 avril 2006 par Jean-Michel Bezat

Une hypothèque pèse sur l’avenir de la fusion Gaz de France-Suez : le calendrier politique. L’opération ne peut en effet se réaliser sans le vote préalable d’une loi ramenant de 70 % à environ 35 % la part de l’Etat dans le capital de GDF. Mais le gouvernement n’a toujours pas présenté le texte qui modifiera la loi d’août 2004 sur le statut d’EDF et de GDF et qui entraînera la privatisation de fait de l’entreprise publique. Comme si le gouvernement était frappé d’un "syndrome post-CPE" qui l’empêche de passer à l’acte. Lorsqu’il annonce, le 25 février, le mariage de GDF avec Suez pour contrer l’offre publique d’achat (OPA) de l’italien Enel sur ce dernier, le premier ministre, Dominique de Villepin, qui n’a pas pris la peine d’informer les syndicats, a pourtant l’air déterminé.

L’élaboration du projet de loi prendra plus de temps que prévu, a reconnu François Loos, ministre délégué à l’industrie, il y a quelques jours. "Nous discutons sur tous les points avec les syndicats mais ce n’est pas fait, indiquait-il. Il est plus important que la concertation se passe bien et que (l’examen du texte) se fasse trois mois après, plutôt que ce soit bâclé." Avec les fédérations syndicales de l’énergie, il balaye 71 questions (sociales, juridiques, industrielles, européennes...). "Ils amusent la galerie", réplique Olivier Barrault, administrateur CGT de GDF, qui rappelle son "opposition au projet industriel lui-même". Le ministre des finances n’a fixé aucun calendrier pour l’adoption définitive de la loi au Parlement.

SIGNES D’INQUIÉTUDE À L’UMP

Passée l’approbation qui a suivi l’annonce de la fusion, l’UMP commence à manifester des signes d’inquiétude. La forte hausse des prix de l’énergie - du gaz pour les particuliers et de l’électricité pour de nombreuses entreprises ayant choisi la liberté des tarifs - ne plaide pas en faveur de la fusion et sera une arme redoutable dans les mains de la gauche.

"Je suis ouvert et sans a priori, mais je vois ce qui se passe avec les tarifs d’EDF, qui réclame des hausses de 80 % aux PMI, s’indigne Pierre Méhaignerie (UMP), président de la commission des finances de l’Assemblée nationale. La France a investi dans des centrales nucléaires et on aligne les hausses de l’électricité sur celles du pétrole et du gaz ! On va tuer ces entreprises. EDF et Suez étant parties prenantes, je demande des éclaircissements préalables."

La majorité pourrait être d’autant plus séduite par l’attentisme que les difficultés de Romano Prodi à former le gouvernement italien semblent repousser à plus tard la menace d’un raid d’Enel. Mais retarder l’examen de la loi, c’est aussi le rapprocher du moment où la France entrera en campagne pour la présidentielle de 2007. La situation ne sera pas des plus confortables. Notamment pour Nicolas Sarkozy qui, quand il était à Bercy, s’était engagé à ne jamais privatiser EDF et GDF. Sans doute plaidera-t-il que nécessité fait loi, et qu’une fusion GDF-Suez vaut mieux qu’un découpage en morceaux du groupe français d’énergie et d’environnement par Enel.

La FNME-CGT a soulevé un autre point, mercredi, au conseil d’administration de GDF : le risque d’un vote de la loi privatisant le groupe public avant que l’on ne connaisse (probablement à l’automne) les cessions d’actifs (centrales, gazoduc, dépôts, etc.) réclamées par la Commission européenne aux deux groupes au nom du renforcement de la concurrence. D’autant que le gouvernement belge entend, lui aussi, profiter de l’opération pour ouvrir davantage son marché intérieur, où Electrabel (groupe Suez) est très puissant. Si le premier ministre, Guy Verhofstadt, et la commissaire à la concurrence Neelie Kroes réclament trop de cessions, notamment des centrales nucléaires, qui dit qu’une majorité d’actionnaires de Suez ne rejettera pas la fusion ? Et GDF aura été privatisé pour rien, s’inquiète la CGT.

C’est dans ce climat d’incertitude politique que les deux groupes font plancher leurs cadres, leurs banquiers et leurs avocats d’affaires sur l’opération. Les travaux préparatoires à la notification de l’opération à la Commission avancent, mais cette étape ne sera pas franchie fin avril, comme prévu. GDF a dû repousser le comité de groupe européen qui devait donner son avis sur cette étape importante. Au vu des réponses de GDF et de Suez, Bruxelles veut savoir si la fusion renforcera ou réduira la concurrence sur les marchés de l’électricité et du gaz.

Les PDG de GDF et de Suez, Jean-François Cirelli et Gérard Mestrallet, ont mis sur pied des groupes de travail sur la fusion. Dans le cadre du comité de pilotage dont ils assurent la coprésidence, ils valident chaque semaine les travaux de ces "chantiers". Dès le début, les deux hommes ont tablé - sans garanties politiques - sur le vote définitif de la "loi GDF" mi-juillet au plus tard. Et leur propre calendrier est serré : feu vert des conseils d’administration fin septembre, dépôt du document à l’Autorité des marchés financiers (AMF) mi-octobre et approbation des assemblées générales des deux sociétés courant décembre. Ainsi la messe serait-elle dite avant que la France n’entre en campagne pour l’élection présidentielle d’avril-mai 2007. Rien n’est moins sûr aujourd’hui.

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