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Un article de Jacques Coubard paru dans L’Humanité du 23 décembre 2005

La grève a pris une dimension nationale et antiraciste

vendredi 23 décembre 2005 par Jacques Coubard
En dépit de son refus de négocier, la direction des transports new-yorkais a accepté hier soir de se remettre autour d’une table avec le syndicat.

La grève du métro de New York tient. En dépit de l’énorme pression du gouverneur, de Wall Street, les « pickets » sont toujours en place devant les stations, et personne n’a tenté de les franchir. Aucune rame ne circulait jeudi matin, sauf quelques trains conduits par des cadres, selon le site du syndicat [1]. Les grévistes sont soutenus maintenant par l’ensemble des grandes centrales syndicales. La direction et le TWU (syndicat des travailleurs des transports Local 100 de New York) ont repris, tôt dans la matinée, les négociations dans le grand hôtel de Manhattan où elles avaient échoué lundi dernier, moyennant, selon les médiateurs dépêchés pour débloquer le conflit, un engagement du syndicat « à prendre par la suite des mesures pour reprendre le travail ».

En ce troisième jour de grève, le conflit avait pris une nouvelle dimension après la mise en demeure du maire, Bloomberg, qui avait traité, mercredi soir, les dirigeants syndicaux de « voyous » et « de personnes avides ». Venant d’un financier archi-milliardaire, le propos n’avait pas manqué de créer un choc. D’autant que sa déclaration faisait suite au titre de la une du New York Post : « You Rats » qu’on peut traduire par « vous salauds ». Des injures tirées de la panoplie raciste banale, destinées à une corporation dont 70 % des membres sont noirs, hispaniques ou asiatiques. Elles visaient directement le président du syndicat new-yorkais, Roger Toussaint, citoyen américain immigré de Trinidad. Celui-ci a répondu au financier : « Vous faites honte à New York... vous dites que nous sommes irresponsables, et c’est vous qui avez réduit les crédits pour les transports publics. »

Les propos racistes ont provoqué une réaction immédiate allant bien au-delà du syndicat TWU. Le pasteur Al Sharpton, personnalité politique célèbre de la ville, a répliqué : « Comment sommes-nous devenus des voyous ? Parce que nous sommes en grèves pour nos retraites ? » Votre langage, a-t-il dit au maire, en rappelant qu’il avait été un compagnon du pasteur Martin Luther King, « offense les gens de couleur ». Au combat pour des conditions de vie décente contre l’offensive générale pour l’abaissement des salaires aux États-Unis, est venue s’ajouter, en toute logique, la lutte antiraciste.

Le soutien des deux grands mouvements syndicaux nationaux a mis fin aux velléités de diviser et d’isoler les grévistes d’une population qui prend plutôt la situation avec calme. Le covoiturage est organisé sur Internet et dans les journaux. Des membres du syndicat des enseignants et d’autres syndicats de l’AFL-CIO offrent le café à ceux qui traversent les ponts par moins 5 degrés et collectent de l’argent pour aider les grévistes qui ne reçoivent plus de salaire. Le président de l’AFL-CIO, John Sweeney, a souligné que ceux-ci menaient « un combat courageux pour les générations futures ». De son côté, Anna Burger, la présidente de Change to Win, l’autre centrale réunissant plusieurs syndicats, a assuré les grévistes du plein appui de ses six millions d’adhérents. « L’avenir du rêve américain est en jeu », conclut son message.

[1] Les informations sont à suivre en ligne sur le site du syndicat : www.twulocal100.org .

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