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Un article de Hassane Zerrouky paru dans l’Humanité du 2 janvier 2006

La guerre du gaz a commencé

lundi 2 janvier 2006 par Hassane Zerrouky
Énergie . Depuis hier, la Russie a coupé les robinets du gaz à l’Ukraine. Cette dernière menace à son tour de prélever 15 % du gaz transitant par son territoire. L’UE s’inquiète.

Comme prévu, Gazprom, le géant russe du gaz, est passé à l’acte : suite au refus de l’Ukraine d’accepter le nouveau prix du gaz, il a annoncé dimanche qu’il commençait à réduire ses livraisons de gaz à l’Ukraine. Cette dernière refuse de payer le prix proposé par Gazprom, 230 dollars les 1 000 mètres cubes de gaz, soit quatre fois plus que le prix initial de 50 dollars. « Personne ne quadruple ses prix du jour au lendemain », avait rétorqué Kiev, d’autant qu’une telle mesure se traduirait par une perte de 10 % du produit national brut ukrainien, et cela dans une conjoncture où le pouvoir du président Viktor Iouchtchenko a du mal à tenir toutes ses promesses électorales. Kiev a alors proposé un étalement de cette augmentation sur une période de trois ans, en acceptant un prix de départ de 80 dollars les 1 000 mètres cubes. Non sans faire savoir qu’en la matière Moscou pratiquait une politique de deux poids deux mesures : en effet, le gaz russe est facturé 120 dollars les 1 000 mètres cubes aux pays baltes, 110 dollars pour les pays du Caucase dont la Géorgie, et 47 dollars pour la Biélorussie. Campant sur ses positions, Moscou, par la voix de Vladimir Poutine, a proposé un crédit de 3,6 milliards de dollars, garanti par une banque internationale, afin que Kiev puisse faire face au quadruplement du prix du gaz, une offre à laquelle Kiev a opposé un refus net, avant d’en appeler à la communauté internationale, mais tout en faisant planer une menace de prélèvement de 15 % du gaz transitant par son territoire vers l’Europe, en paiement des droits de transit.

mise en place d’une cellule de crise

Pour faire face à la pénurie en gaz qui plane sur le pays, le gouvernement ukrainien a mis en place une cellule de crise, avertissant les trois principales centrales thermiques et les entreprises de possibles réductions en énergie. Des mesures ont été prises afin que les entreprises industrielles fonctionnent en régime d’approvisionnement réduit. En parallèle, il a rassuré la population, affirmant que le chauffage des logements sera poursuivi. À voir !

La décision russe intervient à la suite d’un bras de fer qui a débuté au lendemain de l’arrivée au pouvoir de Viktor Iouchtchenko en décembre 2005. Ce dernier, qui n’a jamais caché le désir de son pays de s’émanciper politiquement et économiquement de la tutelle russe, n’était pas en odeur de sainteté au Kremlin. D’autant que Poutine s’était même permis le luxe de se rendre à Kiev à la veille du scrutin présidentiel de décembre 2005 pour soutenir Viktor Ianoukovitch, alors principal adversaire de l’actuel chef d’État ukrainien. À moins de trois mois des élections législatives de mars, dans un contexte où la cote de popularité du président ukrainien est en baisse, la décision d’augmenter unilatéralement le prix du gaz s’apparente à une mesure plus politique que commerciale. Visiblement, Moscou tente ainsi de peser sur les élections législatives ukrainiennes, où le Parti des régions (russophile) de Viktor Ianoukovitch est en tête des sondages, devançant de plus de quatre points le parti Notre Ukraine du chef de l’État. Qui plus est, l’entrée en vigueur de la réforme constitutionnelle à compter du 1er janvier 2006 renforce les pouvoirs du Parlement. C’est lui qui désignera le premier ministre et le gouvernement qui ne seront désormais comptables que devant les élus du peuple.

position commune à élaborer dans l’UE

Si l’Union européenne s’en est tenue jusque-là à une stricte neutralité, le développement de cette situation commence à la préoccuper. En effet, 110 mil- liards de mètres cubes de gaz transitent chaque année par l’Ukraine, représentant 24 % de la consommation énergétique européenne. Samedi, quatre pays de l’UE - Allemagne, Autriche, France et Italie - ont demandé en vain à Kiev et à Moscou le maintien des livraisons de gaz russe, indépendamment de leur différend gazier. L’UE a programmé pour le 4 janvier une réunion des responsables du secteur énergétique pour élaborer une position commune. En attendant, la guerre du gaz a bel et bien commencé.

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