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Grégoire Allix | Le Monde le 29.09.2009

La maison "passive", peu énergivore, peine à s’imposer en France

mardi 29 septembre 2009 par Grégoire Allix

C’est une jolie maison contemporaine, habillée de pied en cap d’une treille ajourée en bambou. Un ovni, dans cette rue pavillonnaire de Bessancourt (Val-d’Oise). Mais sa véritable originalité est ailleurs : la maison Karawitz, inaugurée en grande pompe jeudi 24 septembre, consomme dix fois moins d’énergie que les pavillons voisins.

Voici donc la première maison passive d’Ile-de-France dûment certifiée. Et, à ce jour, l’habitation la plus performante de l’Hexagone, selon ses concepteurs et destinataires, les architectes Milena Karanesheva et Mischa Witzmann, duo germano-bulgare fondateur de l’agence parisienne Karawitz.

Les maisons passives ? Un concept défini en 1998 par des chercheurs de Darmstadt, en Allemagne. Ces bâtiments ultra-basse consommation, étanches, capables de se passer de radiateurs, partent du constat que la meilleure énergie est celle qu’on ne consomme pas. Une maison passive brûle 90 % moins d’énergie qu’une construction moyenne, 75 % de moins qu’un logement aux normes thermiques actuelles.

"Notre maison est presque autonome. Notre consommation totale d’électricité atteint 60 kWh par mètre carré et par an, moitié moins si l’on déduit la production de nos panneaux photovoltaïques", détaille M. Witzmann.

Reste que les maisons passives demeurent en France une exception notable. Quelque 20 000 bâtiments passifs ont été bâtis en Europe ces dernières années... dont une centaine seulement dans l’Hexagone. "Il y a en France 150 bâtiments en cours de constructions ou projetés, une petite centaine construits et habités. Mais seulement une demi-douzaine vraiment labellisée, tous des maisons individuelles", précise Etienne Vekemans, président de l’association La Maison passive France.

Plus de subventions

Dans le même temps, l’Allemagne a bâti 12 000 maisons passives et l’Autriche près de 5 000, selon le réseau européen Pass-Net. Au rythme actuel, ces deux pays devraient compter, d’ici à 2012, respectivement 38 000 et 27 000 maisons passives. Pas sûr que le phénomène ait décollé en France d’ici là.

"Le premier obstacle est financier", estime M. Witzmann. Le coût de construction de ces maisons "thermos" dessinées sur mesure reste prohibitif : entre 1 800 euros et 2 000 euros hors taxes le mètre carré en moyenne, 360 000 euros toutes taxes comprises pour les 160 m2 de la maison Karawitz. "On estime le surcoût de 20 % à 25 % pour une maison individuelle, environ 10 % en habitat collectif, précise M. Vekemans. Grâce aux économies d’énergie, cet investissement est amorti en quinze à vingt ans pour une maison, dix ans dans un immeuble."

La facture a de quoi décourager. D’autant que, "depuis le début de l’année 2009, la maison passive ne bénéficie plus d’aucunes subventions, pourtant essentielles pour démarrer une filière", tempête M. Vekemans. "La France a abandonné l’intérêt pour le passif manifesté pendant le Grenelle de l’environnement, pour consacrer toutes ses aides à la promotion du label bâtiment basse consommation." Une norme bien moins exigeante.

Plus largement, "le passif en France est a-légal, hors la loi, non prévu dans les documents techniques qui définissent les règles de construction, observe M. Vekemans. Des règles définies par un secteur du bâtiment qui a favorisé les constructions jetables, bon marché mais très gourmandes en énergie. Faire l’exact inverse très vite, c’est délicat. Les règles ne collent plus."

Résultat : même pour les budgets sans limite, le rêve écologique peut se transformer en cauchemar de chantier. "La maison passive demande une rigueur et une qualité absolues dans la conception, la fabrication et la mise en oeuvre, prévient M. Vekemans. Or les professionnels compétents ne sont pas très nombreux. Les filières sont en train de se constituer. Beaucoup de matériaux n’étaient pas disponibles jusqu’à une date récente."

Retour dans la maison Karawitz. "Les panneaux de bois, les poutrelles et les cellules photovoltaïques viennent d’Allemagne, l’isolant en ouate de cellulose de Suisse, le système de ventilation du Danemark", confirme M. Witzmann.

Autant de camions sur les routes. Et autant d’accrocs dans le bilan écologique de la maison.


logements sans chauffage

Performance. Pour être qualifiée de passive, une maison doit consommer 15 kWh par mètre carré par an au plus pour le chauffage, contre 110 pour une maison neuve aux normes et 240 en moyenne pour le parc immobilier français. La consommation totale d’électricité de la maison doit se situer sous les 120 kWh/m2/an.

Principe. La maison capte la chaleur produite par le soleil, les appareils électroménagers, la cuisine, les lampes, et même le corps de ses habitants, emmagasinée et restituée par des matériaux à forte inertie.

Outils. A une conception bioclimatique pour optimiser l’apport solaire, la maison passive ajoute les exigences d’un bâtiment "thermos" : une forme compacte, des murs épais et surisolés, des fenêtres double ou triple vitrage. Et pour aérer sans refroidir l’air, la ventilation met en oeuvre un système mécanique à double flux et récupérateur de chaleur.

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