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Article de Julie MAJERCZAK et Grégoire BISEAU paru dans Libération le 24 octobre 2006

La menace bruxelloise est levée sur Suez-GDF

mardi 24 octobre 2006 par Julie MAJERCZAK, Grégoire BISEAU

Suez et GDF n’ont plus de souci à se faire... du côté européen. Bruxelles se prépare à donner sa bénédiction au mariage des deux groupes énergétiques. Le projet de décision est fin prêt et il est favorable. La Commission européenne l’a transmis la semaine dernière aux autorités nationales de la concurrence des Vingt-Cinq qui doivent se réunir demain pour rendre un avis consultatif. Reste ensuite la consultation « interservices » au sein de l’exécutif européen. Mais, sauf rebondissement inattendu, l’ensemble des commissaires européens devrait, comme l’ont révélé hier les Echos, donner leur feu vert au projet de fusion lors de leur réunion du 14 novembre. Selon les services de Neelie Kroes, la commissaire à la Concurrence, les nouvelles concessions faites mi-octobre par Suez et GDF sont à même de préserver la concurrence sur le marché énergétique européen.

Concession. Pour régler les derniers problèmes, essentiellement sur le marché belge, les deux groupes ont revu leur copie et proposé de céder plus d’actifs dans le secteur du gaz. Ils se sont notamment engagés à abandonner la totalité de la filiale gazière de Suez, le belge Distrigaz, à l’exception de contrats d’approvisionnement à long terme nécessaires pour sécuriser l’approvisionnement d’Electrabel, la filiale belge d’électricité de Suez. Une concession de taille qui semble avoir été décisive. De plus, tout en conservant la propriété du terminal de Zeebrugge (à hauteur de 60 %), Suez a accepté de céder le contrôle capitalistique et opérationnel des infrastructures de transport de gaz en Belgique, regroupées au sein de Fluxys.

Bruxelles s’était agacé de voir le gouvernement belge mettre le nez dans cette affaire, qui est du ressort exclusif de la Commission dès lors que les projets de fusion dépassent un certain chiffre d’affaires. Pourtant, la pression du Premier ministre belge a poussé Suez à lâcher du lest. Dans le secteur de l’électricité, le groupe a accepté de réduire la puissance d’Electrabel (filiale de Suez) au profit de groupes concurrents, en y incluant le nucléaire.

Tension. L’ampleur de ces concessions a fini par agacer GDF et à nourrir la tension entre les deux groupes (lire ci-contre). Chez les anti-fusion bien sûr, mais aussi dans l’entourage de Jean-François Cirelli, le patron de GDF. « Au final, Suez n’apporte quasiment plus aucun actif gazier pour renforcer Gaz de France. On se rend compte que le discours du gouvernement sur la sécurité et la diversité d’approvisionnement ne tenait pas la route », dénonce ainsi un syndicaliste CGT de GDF.

Prochains rendez-vous : la présentation aux syndicats de l’organigramme du futur groupe, puis une assemblée générale extraordinaire pour avaliser la fusion. Le tout devant normalement être bouclé avant la fin de l’année. Sauf nouveau rebondissement.


Un organigramme accouché dans la douleur

Jean-François Cirelli avait agité sa démission pour peser sur les négociations.

Le chantage à la démission est une arme, certes à manier avec précaution, mais d’une efficacité redoutable. Prenez l’exemple de GDF, et de son patron Jean-François Cirelli. Un vrai beau cas à enseigner dans les plus grandes écoles de bluff. Ainsi, hier dans l’après-midi, un proche de la direction de GDF assurait sur le mode de la confession : « Si Cirelli n’obtient pas ce qu’il veut de Suez, alors il partira. » Bigre ! l’affaire est donc bien sérieuse. Car depuis la fin de la semaine dernière, l’entourage de Cirelli laisse entendre que la possibilité de son départ est à prendre au sérieux. En cause : la négociation avec Suez sur la répartition des pouvoirs au sein du nouveau groupe. « Vendredi, un représentant de la direction est venu nous informer que Cirelli avait pris la décision de quitter GDF et d’aller chercher un autre poste. C’était une façon de nous dire qu’on pouvait le répéter à l’extérieur », raconte un syndicaliste de la maison. Et donc de mettre un peu de pression sur Suez. Et voilà qu’hier en fin de journée, un communiqué signé des présidents des deux entreprises annonce qu’ils « ont finalisé le projet d’organisation du nouveau groupe », « dont les modalités seront communiquées prochainement » .

Une chose est sûre, cet accouchement s’est passé dans une ambiance pénible. Il y a une dizaine de jours, déjà, GDF avait laissé filtrer son agacement. Notamment de ne pas avoir été associé aux équipes de Suez dans les négociations avec les autorités de la concurrence belge. Car à force de concessions, beaucoup de cadres se demandent bien ce que peut maintenant leur apporter Suez. En fin de semaine dernière, il a fallu que Thierry Breton, ministre des Finances, rappelle à l’ordre tout le monde sur le mode : le gouvernement a fait son boulot, maintenant c’est aux entreprises de faire le leur. Alors comme deux bons élèves, Gérard Mestrallet, le boss de Suez, et Jean-François Cirelli ont fini par accorder en milieu de semaine dernière une interview en commun à la Tribune. Ils reconnaissent des « tensions passagères » mais assurent que tout est normal. On pensait alors le psychodrame terminé. Mais en fin de semaine, nouveau coup de chaud de Cirelli. « Les deux patrons s’entendent bien, mais le problème, c’est pour la répartition des postes en dessous », commente un proche du dossier. Et chez GDF, on a du mal à avaler les ambitions des hommes de Mestrallet. « C’est quand même nous qui avons les compétences gazières et pas eux », défendait hier un syndicaliste. Un comité central à GDF est prévu pour le 6 novembre, pour étudier le fameux « traité de fusion ». Ce qui signifie une remise de copie aux syndicalistes le 26 octobre.

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