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Yves Housson , Marc Leras, Alain Raynal, Frédéric Durand | L’Humanité du 01.10.2007

La mobilisation contre les franchises a pris son envol

lundi 1er octobre 2007 par Yves Housson, Alain Raynal, Marc Leras
Santé . Dans toute la France, manifestations, rassemblements et réunions publiques ont réuni samedi entre 20 000 et 30 000 personnes. Le reportage de nos envoyés spéciaux.

Pari réussi, estime le collectif de quelque cinquante organisations - associations, syndicats, partis de gauche - à l’initiative de la première journée de sensibilisation et de mobilisation contre les nouvelles franchises sur les dépenses de soins. À deux semaines du débat parlementaire, qui prévoit d’imposer cette mesure dès le 1er janvier prochain, entre 20 000 et 30 000 personnes, au total, ont pris part samedi à une soixantaine de réunions publiques et de rassemblements dans l’Hexagone. Ils et elles étaient ainsi 1 500 à Nantes, 600 à Caen, 200 à Grenoble, autant à Strasbourg et à Nîmes, 300 à Limoges, etc.

Paris Forum à 2 500 voix

Parterre rempli, balcon copieusement garni, le gymnase Japy, à Paris, a fait le plein. Quelque 2 500 personnes sont venues donner le coup d’envoi de la campagne contre le projet gouvernemental. La réunion prit la forme d’un forum qui donna à entendre la riche polyphonie des oppositions à ce mauvais coup monté contre le droit à la santé. Près de quatre heures durant, le micro est passé entre les mains de plusieurs dizaines de représentants d’organisations, de simples citoyens aussi. Et les uns et les autres ont fait tomber toutes les justifications avancées, y compris les plus pernicieuses, par le chef de l’État et sa ministre de la Santé Roselyne Bachelot. Ponction quasi indolore, limitée, épargnant les plus démunis ? Petit geste à la portée de chacun pour servir la noble cause de la lutte contre la maladie d’Alzheimer, et pour ramener à la raison des « consommateurs de soins » irresponsables ? Des professionnels de la santé, comme le professeur Grimaldi, et des médecins généralistes de quartier, un porte-parole d’AIDES, s’exprimant au nom d’un ensemble d’associations de malades, ont démontré qu’au contraire cet « impôt sur la maladie » représentait un danger pour la santé, en poussant au report de soins nécessaires, et une injustice, en frappant les plus fragiles. À commencer par les malades chroniques qui, à coups de prélèvements de 50 centimes par boîte de médicaments et par acte paramédical, et de 2 euros par transport en ambulance, devraient, dans une sorte de « double peine », « payer pour d’autres malades », les victimes d’Alzheimer. Mais aussi les retraités qui, contrairement à ce qu’a prétendu Mme Bachelot, « ne peuvent pas donner 4 euros de plus par mois ! », s’est écrié la représentante de l’UNRPA, eux qui peinent déjà pour payer leur mutuelle. Mais encore les étudiants, dont 1 sur 4 renonce déjà à des soins faute d’argent, a rappelé une responsable de l’UNEF.

Un fil rouge reliait de nombreuses interventions : le refus des franchises en tant que « rupture » avec le « pacte de 1945 » : la solidarité au coeur de notre Sécu. Présents en nombre, des syndicalistes, à l’instar de Gérard Aschieri (FSU), Annick Coupé (Solidaires) et Pierre-Yves Chanu (CGT), ont mis en évidence « d’autres solutions » pour répondre au problème de financement de la Sécu. Mettre un terme, par exemple, aux 26 milliards d’exonérations de cotisations patronales prévues dans le budget 2008. À l’applaudimètre, c’est toutefois la taxation des stock-options qui l’a emporté.

Ce forum a aussi offert, pour la première fois depuis la présidentielle, l’image d’une gauche rassemblée dans l’action. PS, PCF, Verts, LO, LCR, tous étaient représentés dans la salle (Marie-George Buffet, Olivier Besancenot et Arlette Laguiller ont, en outre, envoyé des messages de soutien) et ont affirmé leur volonté de poursuivre cette bataille. Deux députés, la communiste Jacqueline Fraysse et le socialiste Pascal Terrasse, se sont déclarés prêts à relayer, sous forme d’amendements lors du débat parlementaire, une mobilisation contre « les fossoyeurs de l’assurance maladie », selon la formule du médecin Christian Lehman, qui connaîtra d’ici là d’autres temps forts. Les « anti-franchises » ont quitté Japy en se donnant rendez-vous à la manifestation nationale prévue le 13 octobre à Paris.

Marseille Certaines familles renoncent déjà aux soins

« Dans nos quartiers, les populations sont déjà confrontées à des difficultés financières notables. Vouloir leur imposer de nouvelles franchises est un véritable racket », estime Marie Bagliéri, représentante de la Confédération syndicale des familles, au cours du rassemblement qui a réuni quelque 500 personnes à Marseille. « Certaines familles renoncent déjà aux soins, les lunettes, les appareils dentaires ne sont pas remboursés. Les franchises vont être le coup de grâce pour elles. » « On constate déjà des problèmes d’accès aux soins pour les gens qui dépassent le plafond de la CMU et qui n’arrivent pas à régler les avances », confirme Frédéric Dutoit, maire communiste des 15e et 16e arrondissements : « C’est un cercle vicieux car la tuberculose ou des maladies infectieuses risquent de réapparaître et de coûter beaucoup plus cher à soigner. » Une délégation de l’association Aides Provence évoque les conséquences des franchises pour les séropositifs. « Les gens qui vivent avec l’allocation d’adulte handicapé (620 euros par mois) représentent 40 % des cas que nous suivons », alerte Stéphane Simonpiétri, le directeur d’Aides. « Ils sont exclus de la CMU, ne peuvent se payer de mutuelle et ne sont pas exonérés de franchise. Ils règlent déjà leurs soins de leurs poches : 450 euros par an, auxquels vont s’ajouter ces nouveaux 50 euros. Il y aura forcément des reports ou des annulations de soins… »

« Les gens commencent à comprendre les conséquences négatives et dangereuses de ces mesures, conclut Jean-Marc Coppola, secrétaire du PCF des Bouches-du-Rhône. Nous devons montrer qu’il existe d’autres moyens de financer une protection sociale généreuse. Il faut créer les convergences les plus larges possible, c’est ce que nous voulons faire avec notre collectif de riposte départemental. »

Toulouse Des médecins en colère

Une grande banderole noire est tendue sur l’un des côtés de la place du Capitole. Parmi les 600 à 700 personnes présentes, Francis March, généraliste dans le quartier des Minimes : « Ces franchises vont à la fois aggraver la situation des gens malades et accroître les inégalités, elles ajoutent un nouvel impôt frappant avant tout ceux qui ont besoin de soins et qui n’ont pas beaucoup de revenus. » L’un de ses collègues exerçant aux Pradettes, autre quartier de la Ville rose, Pierre Allenou, constate que ces dernières années les patients demandent « le prix des choses », c’est-à-dire ce qu’ils auront eux-mêmes à débourser pour des médicaments, des soins, des interventions chirurgicales… « Les plus en difficulté et toujours plus nombreux sont ces travailleurs pauvres qui n’ont souvent pas les moyens de se payer une mutuelle. » Brigitte Pilard, gynécologue médicale à la polyclinique Joseph-Ducuing, exprime une préoccupation identique. « La santé, c’est un service à rendre, un juste droit, et je considère que l’on n’a pas à payer pour être en bonne santé. » Elle se dit scandalisée par les dépassements d’honoraires, une pratique selon elle de plus en plus fréquente pour les accouchements. Praticien hospitalier, Marc Vironneau s’indigne : « Nous assistons à une dégradation organisée du service de santé publique afin de céder la place à des structures à but lucratif » : il serait plus juste de « taxer les gains en Bourse, les stock-options, les grandes entreprises… ». Président à Toulouse de la MGTS - Mutuelle de France, Michel Lapierre dénonce « des décisions qui mettent à mal le principe de solidarité ». Membre de l’association Midi-cardio-greffe, et transplanté du coeur depuis seize ans, Jo Rigail doit beaucoup au système solidaire. Il s’inquiète vivement des transferts qui s’opèrent de plus en plus vers l’assurance privée. « Sera-t-on obligé demain, pour entrer à l’hôpital, de montrer sa carte bancaire ? »

Le Havre Sous le choc de la saignée de l’hôpital

L’annonce de la suppression à l’hôpital de 550 postes en cinq ans est dans tous les esprits et a contribué à gonfler les rangs de la manifestation. Parmi les 400 personnes réunies devant l’espace Coty, Jérôme, jeune éducateur, se décrit comme un simple citoyen qui tenait par sa présence à exprimer sa « solidarité avec le service public hospitalier ». Militants politiques et syndicaux sont au rendez-vous et, dans les conversations, l’hostilité aux mesures prises par le gouvernement fait vite place à une inquiétude plus proche : celle de l’avenir des hôpitaux publics de ville. Pour Daniel Paul, député communiste, « il y a un lien et une responsabilité politique entre des mesures comme les franchises médicales et le devenir d’un hôpital public comme celui du Havre, qui traduit une volonté de détruire notre système de santé basé sur la solidarité. » L’élu tient à rappeler que « c’est le maire UMP de la ville qui, depuis 12 ans, préside le conseil d’administration du groupe hospitalier et croit enrayer le déficit en pratiquant une saignée sur le personnel ». Les difficultés croissantes d’accès aux soins publics pour les patients de la région havraise, région qui accuse un retard considérable en matière de santé publique, vont s’aggraver avec les franchises. L’unité et la détermination syndicale sont ici la règle. CFDT, SUD et CGT travaillent main dans la main. Militants du PCF, du PS, de la LCR, du MRC, Verts suivent le cortège. Ici la lutte ne fait sans doute que commencer.

Pour informer sur la mobilisation, le collectif national contre les franchises a ouvert un site Internet : www.contre-les-franchises.org.

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