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Un article de Bruno Odent paru dans L’Humanité du 22 février 2006

La « modération salariale » ne fait plus recette en Allemagne

mercredi 22 février 2006 par Bruno Odent
Grève . Des dizaines de milliers de salariés des services publics entament leur troisième semaine de lutte contre la baisse des rémunérations et l’augmentation du temps de travail.

Les services publics allemands vivent à l’heure de la grève, la plus importante par sa durée et son degré de mobilisation depuis quatorze ans. Les salariés du secteur sont entrés en effet dans leur troisième semaine d’action à la suite de l’échec, lundi soir, des négociations entre les représentants des Länder (États régionaux) et du syndicat Ver.Di. Le mouvement, parti du Bade-Wurtemberg s’est étendu, la

semaine dernière, à neuf autres Länder (sur les 19 que compte le pays). Les salariés refusent une baisse de leur rémunération (suppression de la prime de Noël, qui équivaut bien souvent outre-Rhin à une sorte de treizième mois) et une augmentation du temps de travail de 38,5 à 40 heures sans aucune compensation pécuniaire.

à l’origine

du conflit

À l’origine du conflit, les politiques d’austérité qu’ont décidé de mettre en oeuvre les dirigeants des Länder. Pris à la gorge par la chute de leurs rentrées financières pour cause de réformes fiscales et de faible croissance, ils cherchent à « assainir » leur situation budgétaire en taillant dans les dépenses publiques. Et ils s’arc-boutent sur leur position « en se refusant à toute proposition acceptable par les personnels, » souligne le syndicat. Les salariés ont décidé, pour durer, de s’organiser de façon tournante, des dizaines de milliers d’employés des hôpitaux, des services de l’administration, de la voirie ou encore du nettoiement cessant le travail à tour de rôle, tous les jours. En ce début de semaine, ce sont ainsi près de 40 000 personnes qui entrent quotidiennement dans l’action, d’après Ver.Di.

Par son ampleur et la sympathie qu’il suscite dans l’opinion publique, ce mouvement revêt un caractère symptomatique d’un ras-le-bol qui s’exprime de plus en plus ouvertement dans le pays après des années de diètes salariales. Sur quinze ans, le pouvoir d’achat a en effet reculé, en moyenne, de 0,5 point, selon les études de plusieurs instituts de conjoncture. Du coup, le consensus des « pactes pour l’emploi » qu’ont mis en musique les gouvernements successifs pour justifier une « modération salariale » censée permettre des créations de postes est aujourd’hui largement ébréché. Car, non seulement les embauches n’ont jamais été au rendez-vous, mais le chômage a continué d’augmenter pour atteindre des niveaux record (autour de 5 millions de personnes privées d’emploi) à cause d’un recul sensible et persistant, de mois en mois, de la consommation : recul qui plombe, à son tour, la croissance (elle n’était que de 0,2 % au dernier trimestre de 2005) et donc... les créations d’emplois.

une situation schizophrénique

Avec l’augmentation du temps de travail souhaitée par les pouvoirs publics régionaux, on en arriverait même à une situation particulièrement schizophrénique sur le front de l’emploi, de très loin le sujet de préoccupation numéro un des citoyens, puisque la mesure déboucherait rapidement, selon les études de Ver.Di sur la suppression de 250 000 postes de travail supplémentaires à l’échelle du pays.

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