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Claire Guélaud | LE MONDE | 15.01.08

La mondialisation ne préserve plus de l’inflation

mercredi 16 janvier 2008 par Claire Guélaud

Le regain d’inflation constaté depuis l’été en France est confirmé. Les prix de détail ont augmenté de 0,4 % en décembre2007 et de 2,6 % par rapport à décembre 2006. Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), qui a rendu ces données publiques mardi 15 janvier, une telle hausse n’avait pas été atteinte depuis mai 2004.

Avec une inflation en glissement annuel à 2,6 %, la France fait bien moins que les deux années précédentes (+ 1,5 %), mais elle reste un des pays de la zone euro où les prix augmentent le moins, aux côtés de la Finlande, de la Slovaquie, de la Suède et de l’Italie.

Le mauvais chiffre de décembre (+ 0,4 %) résulte en grande partie, selon l’Insee, de la hausse des prix de l’alimentation hors produits frais (+ 0,9 % en décembre, + 3 % sur un an). Les produits laitiers ont de nouveau renchéri (+ 4 % en un mois, + 7 % sur un an), ainsi que les œufs (+ 3,6 % ; + 11,3 % sur un an). De fortes hausses des prix sont aussi enregistrées sur les viandes, notamment les volailles, et l’impact du renchérissement des matières premières est visible sur le prix du café et sur celui des produits à base de chocolat.

L’indice des prix de l’énergie, qui avait accéléré à 4,1 % en novembre, a progressé moins vite en décembre (+ 0,5 %). En rythme annuel, les prix de l’énergie ont augmenté de 10,6 % : de 17,1 % pour les produits pétroliers, de 28,4 % pour les combustibles liquides et de 15,5 % pour les carburants. Le troisième poste de l’indice des prix à la consommation qui augmente sensiblement est celui des services : + 2,4 % en un an.

Autre élément important, à côté du renchérissement des prix de l’énergie et des matières premières, les prix des produits manufacturés, en hausse de 0,4 % sur un an, ont cessé de baisser. Les économistes y voient généralement la fin des effets déflationnistes de la mondialisation.

"Jusqu’à présent, la mondialisation exerçait un effet largement positif sur l’inflation française en tirant les prix importés à la baisse. La contrepartie était une demande accrue de la part des émergents en matières premières, ce qui contribuait à alimenter la hausse des cours. Désormais, la balance s’inverse : les matières premières poursuivent leur course en avant effrénée et les prix des biens importés diminuent moins qu’avant. En d’autres termes, on ne pourra plus compter quasiment exclusivement sur la modération de l’inflation pour alimenter le pouvoir d’achat des ménages", analyse Alexandre Law (Xerfi).

UNE BOSSE D’INFLATION EN 2008

Compte tenu de ces tendances lourdes, les conjoncturistes estiment en général qu’il y a peu de chances de voir l’inflation retomber cette année en dessous de 2 %. Pour Mathilde Lemoine, directrice des études économiques de HSBC France, "la hausse générale des prix devrait accélérer à 2,5 % et rester à ce niveau jusqu’à la fin du premier semestre de 2008, avant de retomber à 2 % au second semestre".

Mathieu Kaiser, économiste France chez BNP Paribas, ne prévoit pas de reflux de l’inflation avant le quatrième trimestre. "Sur l’ensemble de l’année 2008, explique-t-il, l’inflation s’établirait en moyenne à 2,5 % après 1,5 % en 2007. Et si la croissance est plus forte que ce que nous prévoyons (1,3 %), l’inflation totale pourrait augmenter davantage."

Jean-Christophe Caffet (Natixis) résume ainsi ses prévisions : "Ce que l’on prévoit pour 2008, c’est une bosse d’inflation, pas un plateau. La hausse des prix accélérerait à 2,8 % en février avant de ralentir à partir du mois d’avril. En moyenne annuelle, on aurait une inflation de l’ordre de 2,2 %, avec un baril de brent autour de 80 dollars et un euro à 1,54 dollar."

Compte tenu du niveau élevé du chômage français (8,3 %), aucun de ces économistes ne s’attend à ce que s’enclenche cette fameuse spirale prix-salaires redoutée par le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet.


Le pouvoir d’achat des salaires en berne au quatrième trimestre

L’Insee a beau s’attendre à une nette accélération du pouvoir d’achat en 2007 (+ 3,3 %), le quatrième trimestre de l’an dernier n’aura pas été bon.

Au cours des trois derniers mois de 2007, l’indice des prix à la consommation de l’ensemble des ménages a augmenté de 1,2 %. C’est une accélération trimestrielle très forte, la plus importante enregistrée depuis le début des années1990, note Mathieu Kaiser (Paribas).

Comme il y a peu de chances que les salaires augmentent d’autant – qu’il s’agisse du salaire mensuel de base ou du salaire horaire ouvrier –, le pouvoir d’achat des salaires devrait reculer au cours du quatrième trimestre. Quant au pouvoir d’achat du revenu disponible brut (RDB) des ménages, il progressera au mieux "très faiblement", ajoute cet économiste.

Malgré le train de mesures qu’il a prises avec la loi TEPA du 21 août 2007 ou qu’il s’apprête à prendre avec son dernier projet de loi en faveur du pouvoir d’achat, le gouvernement prévoit, avec l’Insee, que ce dernier progressera moins vite cette année qu’en 2007. A la fin du premier semestre 2008, il s’établirait en rythme annuel à 1,2 %, selon l’Insee.

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