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Marie-Caroline Lopez | La Tribune du 14.06.2012

La mystérieuse offre de reprise des centrales de l’ex-Charbonnages de France

dimanche 17 juin 2012 par Marie-Caroline Lopez
La jeune entrepreneuse Michèle Assouline vient jouer les "trouble fête" dans les projets de fermeture de cinq centrales à charbon françaises par l’allemand E.ON, repreneur de la SNET.

La proposition de rachat de dernière minute de Michèle Assouline, jeune entrepreneuse qui n’a pas froid aux yeux, est venu jeter de l’huile sur une situation déjà très tendue. Derniers vestiges des Charbonnages de France, cinq centrales à charbon implantées au cœur des ex-bassins houillers français étaient, de longue date, vouées à la fermeture en 2015, condamnées par une directive européenne de limitations des émissions. Cette perspective est d’autant plus vivement combattue par les puissants syndicats de la branche électrique et gazière qu’une grande partie des 535 emplois menacés par ces fermetures appartient à ce "statut spécial", où aucun licenciement n’est jamais intervenu depuis sa création en 1946.

La mobilisation des syndicats est encore montée d’un cran en juin 2011. L’allemand E.ON, qui a hérité en 2008 de ces centrales (ex-SNET) dans un troc avec l’espagnol Endesa, a alors accéléré le mouvement en annonçant qu’il envisageait leur fermeture dès janvier 2013. Jusqu’au coup de théâtre du printemps dernier. Quelques jours avant un comité central d’établissement (CCE) qui devait examiner début avril, le plan de départs volontaires proposés par la direction - "un plan social déguisé", selon les syndicats, qui ont "retenu" la direction pendant quelques heures -, a surgi une inattendue proposition de rachat de ces vielles centrales.

Une "serial" entrepreneuse La stupéfaction fut unanime. Comment une ingénieur Arts et Métiers de 36 ans, surgie de nulle part, peut-elle estimer rentable la continuation de ces veilles centrales à charbon, alors que l’un des tout premiers électriciens au monde la juge impossible ? "E.ON ne pense pas qu’elles ne seront pas rentables, mais pas assez rentables", avance Jean-Pierre Damm, délégué FO. Pourtant leur utilité n’est pas contestée, puisqu’elles assurent de l’électricité quelques milliers d’heures par an, au moment des "pointes" de consommation, quand le prix de l’électricité s’envole sur les marchés.

De son côté, Michèle Assouline met en avant son expérience professionnelle pour expliquer sa conviction. Après divers postes dans le secteur de l’énergie (Total, RTE en tant que consultante, Commission de la régulation de l’énergie), elle a créé et dirigé KalibraXE, "un fournisseur alternatif d’électricité en Europe". En fait, une salle de trading où elle négociait des approvisionnements en électricité pour 160 clients industriels. Après l’avoir vendue en 2009, tenue à changer de métier par une clause de non concurrence, Michèle Assouline se lance, avec son frère, dans l’extraction de charbon en Indonésie.

Grâce à un ingénieux montage financier de son invention, sa société Sparkling Commodities parvint à dégager dès la deuxième année un bénéfice net de 500.000 euros après impôt, tout en rémunérant généreusement ses investisseurs. "Notre spécialité : faire ce que les gros acteurs ne font pas", lance-t-elle. C’est peut être grâce à ce talent que Eric Besson, alors ministre de l’Energie, l’appelle l’hiver dernier à la rescousse sur le sensible dossier E.ON/SNET.

E.ON invité à verser au repreneur le coût de la fermeture

Mais, dans le détail, comment compte-t-elle trouver une rentabilité avec ces centrales ? La réponse est d’autant moins aisée qu’au 1er janvier 2013 cesse l’attribution de quotas gratuits de CO2. Ce mécanisme a assuré l’essentiel des revenus de la SNET ces dernières années, près de 300 millions d’euros sur trois ans. Peu d’informations ont, en réalité, filtré sur les détails de sa proposition. Avec l’aide d’EDF, qui lui fournit une "expertise technique et sociale", Michèle Assouline estime à 365 millions d’euros le montant des investissements nécessaires pour, à la fois, mettre aux normes et rénover ces centrales.

Et elle compte s’appuyer sur un chèque d’E.ON France. La chef d’entreprise veut négocier avec l’électricien afin qu’il lui verse ce que lui coûterait la fermeture de ses centrales, à la fois le plan social et les coûts techniques d’arrêt. Le reste s’appuiera sur des prêts. Toute aide est la bienvenue. Soutenu par le précédent gouvernement, Michèle Assouline rencontre actuellement le nouveau, certaine de trouver un accueil favorable à ce projet qui préserve des emplois.

La CGT reste prudente

Si E.ON France fait preuve de la plus grande circonspection sur cette offre, les syndicats sont partagés. "Si E.ON veut fermer, il faut d’abord chercher un repreneur. On a vu avec la cokerie de Carling à quoi menaient les tergiversations, à la fermeture !" , estime Jean-Pierre Damm pour FO. La CGT affiche certaines réserves. "Difficile de se faire une opinion sur cette offre. On n’a pas le droit de rencontrer Mme Assouline. Mais on refusera une vente à la découpe et un dumping social", prévient Loïc Delpech, délégué CGT. "Comment pourraient cohabiter des salariés d’entreprises différentes sur certains sites comme celui de Saint Avold en Lorraine où des centrales à gaz, qui resteraient chez EON, jouxtent des tranches charbon ?", ajoute-t-il.

Accusés par certains de refuser le dialogue, voire de bloquer cette offre de reprise, pour l’heure non engageante, E.ON France se défend de privilégier le scénario de la fermeture. "Nous poursuivons le processus en cours avec le plus grand sérieux mais nous sommes tenus à la confidentialité par un accord", déclare le secrétaire général adjoint du groupe en France, Jérôme Dupont. "Nous sommes un industriel responsable qui avons pour priorité l’avenir de l’entreprise", ajoute-t-il. Prochain rendez-vous : un CCE prévu soit le 4 juillet soit courant septembre, selon l’avancée du dossier.

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