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Article de Nathalie VERSIEUX paru dans Libération le 7 novembre 2006

La polémique se propage après la coupure de samedi

mardi 7 novembre 2006 par Nathalie VERSIEUX

Depuis la panne de courant de samedi, les critiques pleuvent sur les compagnies d’électricité allemandes. Sur E.ON en particulier : l’interruption pourtant programmée d’une ligne à haute tension du groupe, pour faciliter le passage d’un navire, avait provoqué une réaction en chaîne, plongeant 10 millions de foyers dans le noir à travers l’Europe samedi soir.

Quatre géants privés (E.ON, RWE, Vatenfalls et EnBW) se partagent 90 % du marché allemand de l’électricité. Depuis des années, la polémique est récurrente entre ces majors d’une part, le gouvernement et les consommateurs de l’autre.

« Risque incalculable ». Ce type d’incident « ne fait pas que déranger les gens chez eux. Il représente également un risque incalculable pour l’économie » , s’insurge le ministre conservateur de l’Economie, Michael Glos. L’affaire montre à quel point « il est urgent que les compagnies d’électricité remplissent leurs obligations légales » , notait de son côté dès dimanche Sigmar Gabriel, le ministre social-démocrate de l’Environnement. « Les compagnies d’électricité devraient investir dans la modernisation du réseau les bénéfices élevés qu’elles réalisent. »

Confrontés à la menace d’une concurrence accrue sur leur marché, les producteurs se sont constitué au cours des dernières années de véritables trésors de guerre, à la faveur de hausses de prix répétées. Trésors qui leur permettent, dans le cas d’E.ON, de partir à l’assaut de groupes étrangers comme Endesa en Espagne. Pendant ce temps, la qualité du réseau allemand serait en chute libre.

Selon une étude réalisée par la fédération allemande de l’électrotechnique VDE, et reprise par la presse économique, les investissements consentis par les producteurs d’électricité auraient diminué de 40 % depuis 1980. Dans le même temps, le montant moyen de la facture d’une famille de trois personnes aurait doublé, passant de 25,50 euros par mois en 1980 à 52,38 euros aujourd’hui.

La dernière hausse de tarifs enregistrée, en août 2004 (+ 3,5 % à + 5 % selon les opérateurs), avait suscité un véritable tollé dans le pays. Les opérateurs justifiaient alors la hausse des prix par la « qualité exceptionnelle » du réseau allemand : avec vingt-quatre minutes de coupure de courant en moyenne par an et par foyer, l’Allemagne se trouverait en tête du classement européen. La panne de ce week-end tombe donc au plus mauvais moment pour les majors allemandes.

Privés de chauffage. L’augmentation prévue de la TVA au premier janvier devait être l’occasion de nouvelles hausses du prix du courant. Il sera cette fois difficile de mettre en avant la qualité du réseau allemand.

La coupure de courant de samedi est le deuxième incident sérieux en moins d’un an : 250 000 foyers de la région de Munster avaient été privés de courant et donc de chauffage pendant plusieurs jours, l’hiver dernier. Plusieurs pilônes d’une ligne à haute tension du groupe RWE s’étaient écroulés sous le poids de la neige.


L’urgence d’une Europe de l’énergie

S’il est une chose à laquelle aura servi la mégacoupure de dimanche, c’est à relancer les nombreux « y a qu’à, faut qu’on » en faveur d’une Europe de l’énergie. C’est même, a dit hier Dominique de Villepin lors du Comité interministériel sur l’Europe, une « bonne illustration de l’urgence » à s’engager dans cette voie. Et rebelote à Bruxelles : « Ces coupures confirment une nouvelle fois le besoin d’une politique énergétique européenne » , a ajouté le commissaire à l’Energie, Andris Piebalgs. En attendant, Bruxelles proposera, en janvier, de nouvelles mesures pour renforcer la sécurité des systèmes européens de transmission d’électricité. L’ouverture des marchés de l’électricité est presque totale en Europe. Mais les systèmes de régulation des Vingt-Cinq, eux, sont encore très cloisonnés. « C’est absolument contradictoire d’avoir plusieurs connexions européennes et de ne pas avoir une autorité unique européenne » en matière d’énergie, a dénoncé le chef du gouvernement italien et ancien président de la Commission européenne, Romano Prodi.

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