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Un article de Julien Balboni paru dans l’Humanité du 8 juin 2005

La précarité du travail se normalise

mercredi 8 juin 2005 par Julien Balboni
En trente ans de chômage de masse, le marché du travail s’est métamorphosé. Au profit de la précarisation.

« Tout a été essayé » pour lutter contre le chômage ? Pas encore, mais les gouvernements ont adoubé le concept de précarisation, en acceptant la flexibilité. Ce qui était une exception dans les années soixante-dix est aujourd’hui un état de fait : la précarité au travail est devenue une valeur constante de l’économie française. « Le sentiment de précarité est très important en France, cela crée du malheur », reconnaît même le chercheur - libéral - Francis Kramarz, du centre de recherche en économie et statistique. Chiffres à l’appui, le constat est effrayant.

Le nombre de CDD (contrats à durée déterminée) a doublé entre 1980 et 1990. Ce contrat court est devenu la norme. En 2004, 72 % des embauches s’effectuent par ce biais. En comprenant l’intérim, un travailleur sur dix ne l’est que temporairement (1). Plus précis encore : 19 % des heures travaillées en France le sont par des salariés embauchés pour moins d’un an. Aujourd’hui, les CDD et emplois en intérim sont devenus une norme, principalement pour les jeunes travailleurs. Toujours selon l’INSEE, les jeunes sortis depuis moins de cinq ans du système éducatif sont trois fois moins nombreux que leurs aînés à bénéficier d’un CDI.

Les chômeurs de longue durée constituent le « noyau dur » du chômage. Gouvernement après gouvernement, personne n’est parvenu à réduire durablement leur nombre. 41,7 % des chômeurs sont inscrits à l’ANPE depuis un an ou plus. Et 20 % le sont depuis deux ans ou plus.

Les allocataires du RMI ont dépassé le million. Ils sont 1 040 000 à toucher ce revenu minimum créé en 1988. En 1994, ils n’étaient que 780 000. L’âge moyen du érémiste est de trente-huit ans, et 57 % le touchent depuis plus de deux ans, ce qui est un signe grave d’isolement.

La flexibilité, appelée de toutes ses forces par le patronat, existe déjà. « Les transformations de l’économie font que beaucoup d’entreprises ont été rachetées par des groupes qui suivent une stratégie de flexibilité de la main-d’oeuvre : ils engagent des employés pour un temps limité. L’intérêt de l’actionnaire prévaut sur celui de l’employé. Celui-ci est devenu une variable d’ajustement », analyse Évelyne Perrin, qui contribue à des collectifs AC ! (Agir ensemble contre le chômage) et Stop Précarité. Le gouvernement compte démêler en cent jours une situation qui empire depuis des décennies. On comprend l’ampleur de la tâche.

(1) Source : INSEE.
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