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COMPTE RENDU DE DEBAT

La précarité n’est pas une fatalité

lundi 20 mars 2006 par Confédération Générale du Travail (CGT)
Le jeudi 16 mars, jour de la manifestation étudiante et lycéenne contre le CPE, la Cgt organisait les assises de la précarité. Un débat riche et instructif, d’où est ressorti la nécessité de proposer des revendications crédibles et mobilisatrices pour enrayer cette spirale qui n’a rien d’une fatalité. « Cette initiative aura des suites » a assuré Bernard Thibault devant les 250 personnes présentes.

La journée a débuté par un débat intitulé « L’avenir est-il à la destruction de l’emploi de qualité et à l’insécurité sociale ? ». Pour Jacky Feyrolle, directeur de l’Institut de recherche économique et sociale (IRES), les entreprises françaises, au lieu de miser, comme elles le font depuis une vingtaine d’années, sur la compression des salaires et la précarité, devraient renforcer leur capacité d’innovation et la qualité de leurs emplois, avec le développement des salaires, de la sécurité de l’emploi, de la formation et de la perspective de carrière. C’est ce que font d’autres pays en Europe, avec succès.

Même analyse chez Nasser Mansouri, économiste à la Cgt : dans une économie mondialisée, le travail qualifié devient un enjeu stratégique, et la précarité va à l’encontre de cet enjeu. Exemple à l’appui, Nasser Mansouri a expliqué que la réduction du coût du travail pour augmenter la rentabilité du capital, est contre-productive d’un point de vue économique. Ainsi, les exonérations des cotisations sociales des entreprises sur les bas salaires représentent 20 milliards d’euros par an, pour une création d’emplois estimée, selon les plus optimistes, à 400 000 emplois. Ce qui fait un coût mensuel de 5000 euros par emploi : une aberration.

François Desanti, secrétaire général du comité national Cgt des privés d’emploi, a indiqué que la logique politique qui sous-tend la création d’une batterie de contrats précaires (CPE, CNE, RMA, contrat d’insertion professionnelle) est la même que celle qui prône les radiations de chômeurs.

Alain Supiot, professeur de droit à l’université de Nantes, dénonce, lui, ceux qui veulent modifier en profondeur le droit du travail sous le prétexte (inexact) que le droit du travail empêche le droit au travail. Il critique dans le même temps ceux qui ne souhaitent y apporter aucune modification : « Le droit du travail a toujours su tenir compte des différentes formes d’organisation de l’économie : s’il ne bouge pas, il sera amené à disparaître ». Ces changements doivent cependant se faire dans une perspective d’action : il faut proposer des droits nouveaux, attachés à la sécurisation des parcours professionnels, comme le propose la Cgt avec la sécurité sociale professionnelle. Alain Supiot estime également que le cœur du modèle social français est la fonction publique et que la capacité à repenser, dans un sens novateur, ses statuts, aura des conséquences dans le secteur privé.

Des témoignages recueillis dans le public, on retiendra celui de Brigitte, inspecteur du travail, qui a indiqué qu’avant de changer le droit du travail, il faudrait déjà l’appliquer : « Ainsi, les textes pour lutter contre l’abus de contrats d’intérim existent ». Daniel, lui, a souligné que la lutte contre la précarité ne saurait se cantonner à l’entreprise. Et de dénoncer, en matière de logement, le projet, actuellement à l’étude, d’un contrat de location permettant au bailleur de donner congé à son locataire quand il le veut pendant les deux premières années : « C’est le CPE du logement ! ».

Un laboratoires des luttes à Saint-Nazaire Le deuxième débat a porté sur les expériences tentées en matière de lutte contre la précarité. Bruno Grouès, responsable de la coordination du collectif Alerte (qui regroupe 41 associations et fédérations nationales de lutte contre l’exclusion), a estimé que si le bilan des lois contre l’exclusion (RMI, CMU, loi de lutte contre les exclusions...) est positif, la pauvreté n’a pas reculé. « Nous nous sommes trompés de chemin en nous limitant à l’action sociale : il s’agit maintenant d’intervenir en amont de l’exclusion en luttant contre ses causes structurelles. Un travail qui ne peut se faire qu’avec les partenaires sociaux ».

André Fadda, responsable de l’Union syndicale multiprofessionnelle Cgt des chantiers de Saint-Nazaire, a raconté la naissance de cette structure : « Depuis 1999, on assiste au développement de la sous-traitance en cascade, de la précarité et de la flexibilité. Ce site était un véritable laboratoire du patronat. On a donc décidé de créer un laboratoire de luttes. L’Union syndicale nous a permit de voir aboutir des revendications en matière de conditions de travail (création d’un réfectoire, d’un parking, de vestiaires...). C’est un bon tremplin pour les luttes à venir ».

Agnès Naton, secrétaire générale de l’union départementale Cgt de Haute-Savoie, a parlé du plan de lutte contre l’exclusion mis en place par des associations et syndicats. Avec au menu le droit au logement, la discrimination dans les quartiers, la création d’un schéma départemental d’accueil des gens du voyage...

Franck, du syndicat Cgt Peugeot, près de Sochaux, a raconté le combat du syndicat contre l’utilisation abusive d’intérimaires. Devant les succès juridiques obtenus, la direction a accepté de signer en 2003 une charte de l’intérim, qui assure des missions et des CDD plus longs. « Cela ne résoud pas encore le problème, avoue Franck. Le but est de les réintégrer en CDI ». Les choses, cependant, avancent avec, entre autres, la création, à l’union locale, d’une permanence pour les précaires. Rachel, du collectif Femme-Mixité, a rappelé que la précarité touche un nombre non négligeable de femmes, par le biais du temps partiel imposé.

Vers un nouveau statut du travail salarié La journée s’est terminée avec un troisième débat sur les enjeux revendicatifs et les propositions de la Cgt. « Il faut resolidariser le salariat » a souligné Agnès Le Bot, membre de la commission exécutive confédérale. « Le nouveau statut du travail salarié (dont elle est animatrice du collectif), en attachant des droits à la personne qui seraient transférables en cas de changement d’employeur, devraient juguler la mise en concurrence des salariés ». La victoire passe aussi par une hausse de la syndicalisation : « Il faut la rendre plus facile et accessible, pour que tous ceux qui souhaitent se syndiquer le puissent ».

La situation des immigrés sans papiers, « précaires parmi les précaires », a été évoquée par Françoise Riou, responsable confédérale des questions de l’immigration. Elle a dénoncé le projet de loi Sarkozy sur l’immigration, qui, s’il est adopté, précarisera encore plus les étrangers.

Eric Aubin, membre du bureau de l’Unedic et secrétaire général de la fédération Cgt de la construction, a expliqué qu’il fallait taxer les employeurs qui recouraient aux contrats précaires : « Un CDD coûte à l’Unedic deux fois plus cher qu’un CDI. Un contrat intérim trois fois plus cher ». La convention Unedic sera remise à plat lors de prochaines négociations. Il faut réussir à faire passer cette revendication ».

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