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Sabine LIMAT , Nicolas CORI | Libération le 24 mai 2007

La relance du nucléaire, nouvel alibi vert de Blair

jeudi 24 mai 2007 par Nicolas Cori, Sabine LIMAT
Energie. Un projet de loi britannique autorise la construction de nouvelles centrales.

En France, on n’a pas de pétrole, mais on a le nucléaire. En Grande-Bretagne, on a de moins en moins de pétrole, des centrales nucléaires vieillissantes, et beaucoup de polémiques lorsqu’on aborde le délicat sujet de la production d’énergie. Au moins le gouvernement a-t-il hier clarifié sa position, en présentant au Parlement un projet de loi qui, tout en réaffirmant la priorité donnée à la lutte contre le réchauffement climatique et aux nouvelles énergies propres, donne cependant le feu vert à la construction de nouvelles centrales nucléaires.

« Autosuffisante ». La Grande-Bretagne compte aujourd’hui 19 réacteurs nucléaires, qui produisent 20 % de son électricité. Sur ces 19 réacteurs, 18 seront fermés d’ici 2023. « Nous avons atteint la conclusion préliminaire qu’il serait dans l’intérêt public de donner au secteur privé la possibilité d’investir dans de nouvelles centrales nucléaires », a donc déclaré le ministre de l’Industrie, Alistair Darling, revenant sur un projet préalable de 2003 qui n’avait pas considéré cette solution comme viable. « Empêcher les compagnies d’énergie d’investir dans de nouvelles centrales accroîtrait le risque de ne pouvoir atteindre notre objectif à long terme de lutte contre le réchauffement climatique et notre sécurité énergétique, ou de les atteindre mais à un coût plus élevé », explique ainsi le projet.

Cette proposition reflète clairement l’opinion de Tony Blair, qui n’a jamais fait mystère de son attirance pour le nucléaire, considéré comme la solution du moindre mal face au déclin des réserves de pétrole et de gaz de la mer du Nord. Tout en confirmant son engagement face à la création de nouvelles énergies propres, censées fournir 20 % de l’électricité du pays d’ici à 2020, le Premier ministre britannique a réaffirmé la nécessité de pallier le vide qui sera créé d’ici quinze ans par la fermeture des centrales existantes. « La Grande-Bretagne passe d’une situation où elle est à 80 % autosuffisante à celle où elle devra, d’ici à 2020, importer la totalité de son gaz et plus de la moitié de son pétrole , note-t-il dans un article publié hier matin par le quotidien the Times. Et si cela ne suffisait pas en soi, nous sommes en plus confrontés à des pays, comme la Russie, qui sont prêts à utiliser leurs ressources énergétiques comme un instrument politique. »

« Dans l’oeuf ». Mais si le Premier ministre trouve en Gordon Brown, son successeur, un puissant allié en la matière, le nucléaire demeure en Grande-Bretagne un sujet polémique. Selon un sondage ICM publié dans le quotidien the Guardian cette semaine, 49 % du public s’y oppose, contre 44 % qui se dit en faveur de ce type d’énergie. Les scandales ayant secoué Sellafield, un site de traitement des déchets nucléaires qui a recensé plus d’une vingtaine d’incidents d’écoulement radioactif, expliquent en grande partie cette réticence. Les révélations récentes, portant sur le prélèvement secret d’organes d’anciens travailleurs de l’usine par des scientifiques à la recherche de traces de contamination radioactive, n’ont pas amélioré l’image du nucléaire dans le pays. Greenpeace a immédiatement dénoncé le projet de loi après sa présentation au Parlement : « Si les ministres vont dans cette direction, ils tueront dans l’oeuf les nouvelles énergies propres en les privant de l’investissement et du soutien politique dont elles ont besoin », a déclaré John Sauven, le directeur de l’association.

Les divers groupes ont jusqu’au 10 octobre pour débattre du projet. Mais il y a fort à parier que la position gouvernementale l’emporte, au nom du pragmatisme si ce n’est des convictions.


EDF propose son EPR

Dès hier, nombre d’exploitants ont offert leur service.

C’est ce qu’on appelle ne pas perdre son temps. Quelques heures à peine après la prise de position de Tony Blair en faveur du nucléaire, de nombreux exploitants européens ont proposé leurs services au gouvernement britannique. Via sa filiale anglaise, l’allemand Eon s’est dit prêt à « prendre le leadership du nucléaire anglais », Suez a proclamé son intérêt et EDF a annoncé qu’il voulait déposer un dossier auprès des autorités de contrôle britanniques.

Dans un communiqué, l’électricien français se proclame « déterminé à apporter son expérience et ses compétences nucléaires au service des projets britanniques ». Et annonce qu’il « soumettra, le moment venu, conjointement avec Areva, une demande de certification d’un modèle de centrale EPR du même type que celle en cours de construction en Normandie à Flamanville ». Il s’agirait donc de dupliquer cette centrale de troisième génération.

Le chemin sera long. Selon un porte-parole de l’électricien, une mise en service ne pourra avoir lieu « avant 2017 ». « La certification n’est qu’une première étape », poursuit-il. Avant de donner le premier coup de pioche, il faudra que « l’environnement soit clair et prévisible ». C’est-à-dire d’abord obtenir un large consensus public autour de la relance du nucléaire, mais aussi que la législation soit connue en matière de normes de sûreté et de retraitement des déchets. Pour pouvoir calculer la rentabilité économique des projets, il est enfin nécessaire d’avoir une idée des permis d’émissions de CO2 qui seront alloués aux différents producteurs d’énergie. « La rentabilité du kilowattheure nucléaire devra pouvoir être comparée à celle des centrales utilisant d’autres combustibles », explique-t-on au sein du groupe public.

Grâce à son expérience d’exploitant de 58 réacteurs en France, EDF espère avoir ses chances seul ou en partenariat avec British Energy, l’exploitant national. L’électricien français est présent en Grande-Bretagne via sa filiale EDF Energy. La technologie de l’EPR aura eu le temps de faire ses preuves. Areva construit déjà en Finlande un modèle de centrale troisième génération, et l’EPR de Flamanville est prévu pour fonctionner en 2012.

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