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Un article de Christophe Deroubaix paru dans l’Humanité du 29 septembre 2005

La stratégie du pire du gouvernement

jeudi 29 septembre 2005 par Christophe Deroubaix
Le pouvoir se livre à une démonstration à grand spectacle avec renfort d’hélicoptères.

Après les CRS à Marseille, le GIGN à Bastia. Mercredi matin, le groupe d’intervention spécialisé dans les opérations difficiles a donc été envoyé pour « reprendre » le Pascal-Paoli, emmené la veille de Marseille vers la ville corse par des marins grévistes du Syndicat des travailleurs corses (STC). Embarquées à bord de cinq hélicoptères, les troupes d’élite sont descendues par des filins sur le bateau appartenant à la SNCM, resté toute la nuit en rade. Un journaliste de France 3 présent sur Pascal-Paoli a affirmé qu’une trentaine de marins avaient été menottés et tenus à genoux, regroupés dans un salon sur un pont inférieur du navire. Le préfet de Corse a aussitôt démenti tout mauvais traitement. Les élus nationalistes corses ont, quant à eux, accusé le gouvernement de ne pas avoir tenu sa parole. Jean-Guy Talamoni a ainsi assuré qu’un accord avait été trouvé mardi soir : les marins avaient accepté de débarquer le lendemain matin. « En contrepartie, ils devaient avoir la garantie qu’il n’y aura pas dpolicière et pas d’arrestation », a précisé l’élu nationaliste de l’Assemblée de Corse. Étant donné la qualification des faits retenue par le parquet de Marseille, qui a ouvert une enquête, les « mutins » risquent, en théorie, vingt ans de prison.

Le gouvernement provoque des salariés exaspérés

« Seul le gouvernement est responsable de la situation. L’exaspération des salariés a fait le reste. Mais cet événement ne doit pas occulter le problème de fond : l’avenir de l’entreprise », a commenté Jean-Paul Israël, secrétaire du syndicat CGT des marins. Venu assister à l’assemblée générale qui se tient sur le Méditerranée, un responsable du STC parlait, lui aussi, de l’exaspération de marins « salariés de longue date dans l’entreprise, des simples pères de familles qui défendent leur emploi ». Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement, y voyait « la stratégie du pire », ajoutant, goutte d’huile sur le feu : « Le gouvernement ne pourra pas sauver cette compagnie malgré elle. »

L’omniprésence du gouvernement sur le front du « maintien de l’ordre » contraste évidemment avec sa « légèreté » dans la « gestion » politique du dossier. Émile Zuccarelli, député et maire de Bastia, a d’ailleurs dénoncé « l’impréparation du gouvernement ».

« On a vraiment l’impression que le gouvernement ne touche pas une cacahuète, glisse un syndicaliste marseillais. Il avait décidé de tout brader, le reste il s’en foutait. Sauf que ça ne se passe pas comme prévu, alors il pédale dans la semoule. » Selon lui, la réaction excédée de nombre de salariés s’explique par la brutalité du plan de reprise. « Ils ont vraiment voulu nous baiser. Avant l’été, on parlait de l’arrivée d’un opérateur dans le capital, mais rien de plus. Il y a une semaine, on apprend qu’ils décident de tout vendre à un fonds d’investissement privé. Et lundi, on nous dit que c’est pour 35 millions d’euros. Oh, dis-nous directement qu’on est des cons. » L’absence physique des ministres concernés à Marseille et la gestion en direct par le préfet de région - une première pour un dossier d’une telle ampleur - ont encore ajouté au mépris ressenti par les salariés.

Le ministre des Transports ne cachait d’ailleurs pas son intention de boucler le dossier en quelques jours. Son pari sur une mobilisation « feu de paille » des personnels concernés a, justement, fait long feu. Le gouvernement ne s’attendait sans doute pas non plus à l’entrée dans le mouvement des dockers et agents du Port autonome de Marseille. Le port de Marseille a connu, hier, sa deuxième journée d’une grève générale de « convergence d’intérêts » plus que de solidarité.

Surpris par la force de la riposte - William Butler, le repreneur, a également reconnu qu’il ne s’attendait pas à une telle résistance -, Dominique Perben a dû enclencher la marche arrière. Limitée pour l’instant, puisque n’est envisagée qu’une participation de 10 à 15 % de l’État. « Pour la première fois, le gouvernement dit que l’État doit rester dans le capital de la compagnie, a commenté Jean-Paul Israël.

Pour la première fois, on parle de projet industriel. C’est nouveau mais c’est insuffisant. Cela permet de renouer le dialogue mais il reste encore à réunir autour d’une table toutes les parties concernées. » Pour le responsable syndical, « absolument rien n’oblige à privatiser à 100 %. Les textes de loi disent simplement qu’une recapitalisation de l’État nécessite l’ouverture du capital. Nous en prenons acte. Mais seule une participation minoritaire d’un opérateur privé est, pour nous, acceptable ».

Les syndicats attendaient toujours, hier, une proposition du gouvernement concernant une rencontre entre toutes les parties concernées. « Les CRS c’est bien pour jouer à cache-cache la nuit sur le port. Mais pour négocier, c’est plus limité, non ? » s’amuse un jeune marin gréviste, qui entre, ce matin, avec ces collègues, dans son dixième jour de grève.

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