Liste des auteurs

Un article de Michel HENRY paru dans Libération le 25 mars 2006

La survie de la SNCM ne tient qu’à un fil corse

samedi 25 mars 2006 par Michel HENRY

L’heure est grave : cinq mois après le long conflit de l’automne, la SNCM joue sa survie. L’affaire se passait vendredi devant l’Assemblée de Corse. Les élus débattaient du cahier des charges qui présidera à l’appel d’offres pour les liaisons Marseille-Corse, dans la période 2007-2012. Cette desserte rapporte à la SNCM 60 à 70 millions d’euros par an en subventions et assure plus de la moitié de son chiffre d’affaires. Si elle ne conserve pas cette délégation de service public (DSP), la SNCM est morte, laissant sur le carreau 2 400 salariés. Et la compagnie publique a intérêt à ce que la Corse n’en modifie pas les conditions à la baisse. Les débats se poursuivaient vendredi soir.

Compromis. De ce cahier des charges dépend la future privatisation, et donc l’existence de la Société nationale Corse-Méditerranée. Car 24 jours de grève à l’automne, provoqués par la volonté gouvernementale d’une privatisation à 100 %, s’étaient conclus sur un compromis : oui à une privatisation, mais partielle. L’Etat garderait 25 %, le reste allant au financier Butler Capital Partners (38 %), à l’opérateur industriel Veolia Transport (ex-Connex, 28 %) et aux salariés (9 %). Les repreneurs ne s’engageant que si le cahier des charges assure un maintien du volume d’activité sur la liaison Marseille-Corse.

Or le projet présenté mi-mars à l’Assemblée de Corse inquiétait Veolia, qui relevait une baisse d’activité de 25 % dans le « service complémentaire » (période estivale). « Jamais les partenaires sociaux n’accepteront cela », indiquait vendredi un repreneur. Les syndicats ont entériné le départ de 400 personnes, sans licenciement. Ils n’en veulent pas plus. Veolia et Butler ont donc fait savoir qu’ils pouvaient toujours se retirer de la privatisation prévue au printemps.

Fragile. Mais la SNCM doit gérer parallèlement un bras de fer avec la compagnie privée de transports Stef-TFE, autour de leur filiale commune, la CMN (la Méridionale), qui assure la desserte Marseille-Corse avec la SNCM. La Stef-TFE rêve de récupérer les parts que la SNCM détient dans la CMN, mais la SNCM a, elle, impérativement besoin des cargos mixtes de la CMN pour assurer le trafic fret. Alors la Stef-TFE propose un deal : si la SNCM lui cède ses parts dans la CMN, elle s’engage à soumissionner à son côté pour le futur appel d’offres. Sinon... Pour l’instant, la SNCM refuse. Se disant toujours actionnaire majoritaire de la CMN, elle n’imagine pas que celle-ci lui fasse défaut.

Mais cette bisbille la fragilise, alors qu’en face le concurrent privé Corsica Ferries, qui a pris la première place à la SNCM sur le trafic avec la Corse en opérant à partir de Toulon et Nice, fera acte de candidature au futur appel d’offres. La SNCM n’est donc pas assurée de la victoire, surtout que Corsica Ferries estime qu’on peut faire beaucoup moins cher. Selon son directeur général, Pierre Mattei, « il n’est pas nécessaire de donner autant de subventions, 34 millions d’euros par an pour 300 000 passagers sur ce service complémentaire estival, c’est une aberration économique, comme si l’on subventionnait les charters pour Ibiza ».

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !