Liste des auteurs

Un article de Lucy Bateman paru dans L’Humanité du 7 février 2006

« Le CNE dissuade les salariés de revendiquer »

mardi 7 février 2006 par Lucy Bateman
Licenciements. Avec les premières ruptures de CNE, les syndicats de Seine-Saint-Denis commencent à recevoir la visite de salariés qui contestent leur licenciement.

« Le contrat nouvelles embauches est un système vicieux : il ne s’attaque pas directement au Code du travail, ni au conseil des Prud’hommes, ni aux syndicats, mais met les salariés en situation de ne pas pouvoir les utiliser », dénonce Patrice Chanson, secrétaire général de l’union locale CGT du Blanc-Mesnil. « Le Code du travail oblige l’employeur à payer les heures supplémentaires, mais quel salarié osera les réclamer pendant les deux premières années de son CNE ? »

« Le contrat première embauche, comme le CNE, dissuade les salariés de revendiquer le respect de leurs droits », confirmait hier lors d’une conférence de presse Thierry Dumez, secrétaire général de l’union départementale de Seine-Saint-Denis. Six mois après l’entrée en vigueur du dispositif, les premiers « virés » du CNE commencent à arriver avec leur lettre de licenciement dans les permanences juridiques des unions locales CGT du département, explique le syndicaliste : au Blanc-Mesnil, une jeune coiffeuse embauchée en CNE par un salon où elle avait déjà travaillé trois ans à Montreuil, un peintre en bâtiment embauché puis licencié sous un contrat totalement fantaisiste (voir notre édition de lundi), ou encore un carrossier peintre de quarante ans embauché, puis viré deux mois plus tard par un garagiste de la porte de Charenton. « Quand j’ai passé mon CAP, on était quinze jours à l’essai, a expliqué ce dernier. Avec le CDI, un mois d’essai renouvelable. Aujourd’hui, je vais m’inscrire au RMI. »

Ce dispositif va « aggraver la situation d’un département où une partie importante de la population est déjà durement touchée par le chômage », a rappelé Thierry Dumez. « 90 000 chômeurs, 13,3 % de la population au chômage, 14 000 jeunes de moins de 25 ans privés d’emploi, la Seine-Saint-Denis est le département d’Île de France qui a le plus de jeunes sans emploi », selon le syndicaliste.

Pour Guillaume Violet, responsable de l’UNEF, le CPE va « mettre le salarié dans une situation de précarité totale, sous la dépendance de son employeur, et va mettre en concurrence les générations. Accepter la précarité lors de son premier contrat, c’est risquer d’y rester pour la suite de sa vie professionnelle ».

Gaëtan Minardi, délégué CGT à l’usine PSA d’Aulnay : « On constate la précarité organisée depuis dix ans. En consultant les registres du personnel, on a compté 10 000 entrées et sorties en cinq ans. Pour la direction, "c’est un tamis", auquel on passe la jeunesse du 93, pour garder les "bons éléments". L’intérim est en principe limité à 18 mois, mais il y a des intérimaires qu’on voit travailler depuis des années. Le CPE, ce sera pareil. »

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !