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Article de Eliane PATRIARCA paru dans Libération le 12 aout 2006

Le Canigou, pic de résistance

samedi 12 août 2006 par Eliane PATRIARCA

Le serment est gravé dans le marbre. Deux grandes plaques roses, typiques du massif pyrénéen du Canigou, apposées face à la mairie du petit village de Montferrer. Chacun peut y lire qu’il y a deux ans jour pour jour, le 12 août 2004, quatorze maires du Vallespir, la vallée au pied du Canigou, qui jouxte l’Espagne, ont « proclamé solennellement leur opposition absolue au projet de ligne électrique à très haute tension [THT] » qui doit traverser leur territoire. Ils se sont en outre interdit « toute discussion séparée ou individuelle avec les représentants de RTE [Réseau transport d’électricité, la filiale d’EDF en charge de la THT, ndlr] ».

Samedi à Montferrer, les opposants à la THT fêtent le deuxième anniversaire de ce serment. Histoire de montrer que la détermination des Catalans du Nord ne fléchit pas. Sur la route qui grimpe entre les arbres d’Amélie-les-Bains à Montferrer, d’immenses « Non à la THT » et « THT no passaran » sont peints sur l’asphalte. « Le serment, raconte René Ala, l’un des signataires, maire d’Arles-sur-Tech, c’était un antidote à la trahison, une garantie pour ne pas craquer face à la politique du chéquier de RTE, qui proposait des "aides" aux élus d’autant plus tentantes qu’ici les villages sont pauvres ! » Montferrer est devenu un symbole, celui de la résistance qui anime tout le département des Pyrénées-Orientales face à la THT, et d’une mobilisation aussi rapide qu’un feu de forêt. Du citoyen au président du département, la THT fait l’unanimité contre elle.

« Possibilités de secours trop limitées » C’est en 2001 que le département « hérite » du projet. « L’idée d’une THT franco-espagnole date de 1984, rappelle René Ala. Le projet, repoussé au Pays basque, rejeté par les Hautes-Pyrénées après avoir essuyé des refus de la vallée de Luchon et de l’Ariège, a fini chez nous ! » Selon RTE, la ligne THT est indispensable pour doubler la capacité d’interconnexion entre les deux pays, seulement reliés par deux lignes électriques. En cas d’avarie sur le réseau français ou espagnol, « les possibilités de secours mutuels sont trop limitées ». Interrogé par Libération, fin juillet, Jean Verseille, responsable réseau de RTE, explique que la ligne à 400 000 volts qui reliera Perpignan à Gérone en Espagne est un « outil de solidarité ».

D’abord prévu dans la plaine du Roussillon, le tracé s’est depuis déplacé en altitude, dans le Vallespir. Prudent, Jean Verseille affirme que « le tracé précis n’est pas déterminé. La nouvelle ligne doit doubler la ligne THT qui existe déjà dans le Vallespir, mais le point de passage de la frontière découlera d’un accord entre les Etats français et espagnol ». Quel que soit le tracé, le conseil général des Pyrénées-Orientales s’oppose à la THT depuis 2002. « Nous avons déjà une ligne à très haute tension entre Baixas, près de Perpignan, et Vic en Espagne, rappelle Christian Bourquin, président PS du département. Construite en 1962, elle a servi à alimenter le département en électricité. La nouvelle ligne ne nous apportera rien, elle servira juste les intérêts de RTE. » La contre-expertise ­ réalisée à la demande du préfet lors du débat public sur la THT en 2003 ­ a en effet prouvé que, contrairement à ce qu’affirmait RTE, la nouvelle ligne ne servirait ni à l’alimentation du futur TGV franco-espagnol, ni au réseau haut débit. La vente d’électricité par EDF à l’Espagne apparaît donc comme la vraie justification de la ligne. Christian Bourquin rejette d’autant plus ce projet que « le département a fait de la protection de l’environnement et du patrimoine naturel un fer de lance économique. C’est pourquoi nous avons favorisé la création d’espaces protégés : nous avons quatorze réserves naturelles, un parc régional, des sites Natura 2000... Et le site classé du massif du Canigou ». Juriste de formation, alpiniste par passion, Aldo Rizzi, directeur du syndicat mixte du Canigou, créé par le conseil général pour protéger et valoriser le patrimoine naturel, souligne l’incohérence de la politique gouvernementale. « Le Canigou, à 45 minutes de Perpignan, est la montagne sacrée des Catalans du Nord comme du Sud ; c’est la toile de fond de tout le département, un symbole d’identité culturelle visible du Languedoc, de l’Ariège et de la province de Gérone. Son intérêt paysager est reconnu par l’Etat puisque le massif du Canigou, déjà site classé, protégé par la loi de 1930, fait désormais partie des Grands Sites de France, comme la Pointe du Raz ou le Mont-Saint-Michel. Si la ligne THT se faisait, cela signifierait donc que le transport énergétique et son commerce priment sur le droit de l’environnement. » « Enfouissement inenvisageable »

Pour Jean-Claude Peralba, le maire de Villemolaque, qui a pris la tête d’un regroupement de 120 communes du département contre la THT , « la ligne serait déjà terminée si RTE avait accepté de l’enfouir ». « Inenvisageable, rétorque Jean Verseille de RTE. Trop difficile techniquement et dix fois plus cher que l’aérien. Cela se retrouverait dans la facture d’électricité. » A bon entendeur salut. « Je ne suis pas un ayatollah de la chlorophylle, plaisante Jean-Jacques Planes, vice-président du collectif d’associations Non à la THT. Mais la vallée du Vallespir, c’est notre identité. La THT ne passera pas ici. »


Le parc de Reims aussi

Le parc régional de la montagne de Reims se bat lui aussi contre un projet de ligne THT sur son territoire. Cette dernière a été autorisée le 11 janvier par le gouvernement et doit approvisionner le futur TGV Est. Le président du parc et la fédération des parcs régionaux, qui réclament l’enfouissement de cette ligne, ont déposé un recours devant le Conseil d’Etat.

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