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CHRISTOPHE PALA. | Le Figaro le 03 janvier 2007

Le Kazakhstan, eldorado des appétits pétroliers chinois.

mercredi 3 janvier 2007 par Christophe Châtelot
ÉNERGIE La Chine vient de boucler le rachat d’une nouvelle compagnie kazakhe.

LA CHINE, dont les multiples tentatives d’assouvir sa soif de pétrole dans les riches champs de Sibérie se sont soldées par des « niet » de Moscou, mise sur son autre voisin, le Kazakhstan. Ici, l’expansion chi­noise a commencé en 1997 et elle s’est concrétisée en 2005 avec le rachat par la China National Petroleum Corporation (CNPC), pour 4,18 milliards de dollars, de Petrokazakhstan, qui produit une cen­taine de milliers de barils par jour. Puis, il y a trois jours, China Inter­national Trust Investment Company (Citic) a bouclé le rachat de Nations Energy pour un montant de 1,91 milliard de dollars. Et une autre compagnie locale, Mangistau­MunaiGaz, qui produit 115 000 barils par jour (b/j), a également laissé savoir qu’elle cherchait un acquéreur chinois.

Fin octobre, au Parlement, étroitement contrôlé par le pouvoir quasi absolu du président Nazarbaev, deux membres ont exprimé leur inquiétude face à cette cascade d’investissements chinois. « La Chine poursuit une politique agressive d’achat de nos champs, a déclaré Valeri Kotovich, membre du parti présidentiel Otan. Si elle acquiert Nations Energy, elle contrôlera 28 % de notre production. Si elle achète MangistauMunaiGaz, ce sera plus de 40 %. » Deux semaines plus tard, le ministre de l’Énergie, Bakhytkozha Izmukhambetov, déclarait qu’il avait l’intention de bloquer la vente de Nations Energy à Citic, avant de changer d’avis.

Poussée de nationalisme antichinois ? Pas si sûr, estiment les ­observateurs dans les milieux pétroliers. Les gros champs de pétrole de Kashagan, Tengiz ou Karatchaganak sont déjà aux mains des « majors » étrangères qui produiront 80 % du pétrole du pays d’ici à vingt ans après en avoir triplé la production.

Soif de pouvoir

Selon ces observateurs, le but de la rhétorique antichinoise est probablement tout autre : faire accepter aux dirigeants de Citic qu’après leur achat de Nations Energy à un prix supérieur à celui du marché, ils devront en céder une tranche importante à l’entreprise pétrolière d’État KazMunaiGaz. Ce que Citic aurait d’ailleurs accepté de faire à hauteur de 50 %. Ce fut déjà le cas lors de l’achat de Petrokazakhstan.

« La vraie source d’inquiétude du gouvernement kazakh, ce n’est pas la Chine mais la Russie », affirme Michaël Lelyveld, analyste caspien de PFC Énergie. Depuis son ­arrivée au pouvoir, Poutine s’emploie à reprendre le contrôle du secteur pétrolier et gazier. Une soif de pouvoir qui va jusqu’au refus de Moscou de donner son accord pour ­l’expansion du pipeline CPC, qui transporte du pétrole kazakh vers la mer Noire. La Russie est la route la plus empruntée par le pétrole kazakh vers ses marchés européens. Si elle contrôle complètement les ­exportations kazakhes, « Moscou pourra faire ce qu’il veut du pays, ce qui n’est pas du goût de Nazarbaev. Pour lui, la Chine, c’est une soupape de sécurité », estime Michael Lelyveld. Lors de son récent voyage à Pékin, Nazarbaev a signé un accord pour doubler - aux frais de la Chine - la capacité d’un pipeline qui va du Kazakhstan central à la frontière chinoise et construire un autre segment plus à l’ouest, qui permettra d’exporter 400 000 barils par jour vers la Chine en partant de la Caspienne.

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