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Un article de Thomas Lemahieu paru dans l’Humanité du 16 février 2004

Le MEDEF en veut plus

mercredi 16 février 2005 par Thomas Le mahieu
Au cours de son point presse mensuel, Ernest-Antoine Seillière continue de traficoter les chiffres sur le pouvoir d’achat.

Point presse mensuel de l’organisation patronale oblige, Ernest-Antoine Seillière n’a pas toujours grand-chose à dire, mais ça ne l’empêche jamais de parler, à coup de petites phrases et de grosses ficelles : en parfait idéologue, il sait faire feu de tout bois. Un mois après son assemblée générale, le MEDEF va, selon Seillière, « entrer en effervescence pour aller plus loin dans son efficacité », histoire de comprendre s’il vaut mieux pour lui « être bruyant et très visible » ou « discret mais plus influent ». Après cette entrée en matière, le président du MEDEF, qui se garde toujours de développer la position favorable du patronat au traité constitutionnel européen, se paie une occasion de faire l’âne pour avoir du son : « Les partenaires sociaux, du côté des salariés, sont aussi en effervescence, pas forcément positive, mais bon... La CGT a subi ce que l’on a appelé d’une manière générale un véritable choc. Puisque sa marche, lente mais tout de même assez assurée vers la modernité, semble avoir connu un coup d’arrêt avec un rappel à l’ordre. Évidemment nous sommes préoccupés de voir un des principaux partenaires sociaux se montrer à ce point hésitant sur son avenir. Un autre syndicat, FO, ne laisse pas de nous étonner : nous avons entendu Jean-Claude Mailly indiquer de façon claire et insistante qu’il y avait dans les statuts de son organisation l’abolition du patronat... Et il n’a pas souri, il a dit : "Nous y tenons." Vous nous voyez, nous au MEDEF, mettre dans nos statuts la disparition des syndicats et la rappeler comme une exigence présente dans les rangs de nos militants ? »

Bardé de raisons d’être content du gouvernement Raffarin - la mise à mort des 35 heures n’en est que la dernière illustration -, le patron des patrons, décidé à « porter le fer sur la question du droit du travail » selon l’expression de Laurence Parisot lors de l’assemblée du MEDEF, soigne sa différence. « Sur le Code du travail, la formule du gouvernement, ce "toilettage", est à l’image de son ambition, juge Ernest-Antoine Seillière. Pendant 18 mois, on va manier le plumeau sur cet important volume. Il s’agit de supprimer des références archaïques comme le livret de travail pour les découpeurs de velours. C’est complètement ridicule. J’en ai parlé au ministre du Travail en ces termes : "Vous bottez en touche !" C’est se payer la tête de ceux qui demandent la modernité ! Nous voulons donner de nouvelles facilités d’embauche et plus de croissance. Dans le même temps, la fonction publique découvre qu’elle, elle peut employer qui elle veut comme elle veut hors statut, avec la codification d’un CDD de six ans. Cela ressemble au CDD de projet que nous demandons. Nous sommes dans un pays étrange où l’on travaille bizarrement. Ce toilettage pourra se faire, mais il ne donnera rien. Donc, cela ne nous intéresse pas ! »

Pour le reste, de manière révélatrice, alors que les revendications sur le pouvoir d’achat s’aiguisent, le président du MEDEF maintient mordicus - pour la troisième fois en un mois et contre l’évidence - que le partage de la valeur ajoutée entre les salaires et les profits ne tourne pas à l’avantage des seconds depuis de nombreuses années. D’après un graphique établi par le MEDEF, le partage serait resté inchangé entre les années 1990 et 2004. « Se reporter sur une moyenne de 15 ans quand on n’est pas archaïques, c’est quelque chose qui légitime un jugement et on voit qu’il n’y a pas de transformation dans les rapports entre salaires (64 %) et les profits (32 %) », claironne le patron du - MEDEF. Or, comme l’a démontré l’Humanité (lire l’édition du 5 février dernier ), au début des années quatre-vingt, la part des salaires avait atteint un point haut, avec 71 % de la richesse créée, et dans la décennie qui suit, elle chutera de près de dix points, à 62,2 % (en 1994) : la responsabilité principale du décrochage est à imputer à la politique dite de désinflation compétitive, consistant à faire pression sur les salaires, et à la montée du chômage.

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