Liste des auteurs

Article de Marie-Line DARCY et Dino DIMEO Paru dans Libération le 9 décembre 2006

Le Pelamis, serpent de mer électrique

samedi 9 décembre 2006 par Marie-Line DARCY
Energie. L’invention écossaise, qui utilise la force de la houle, va être mise à l’eau au Portugal.

Dans la brume, le chantier naval de Peniche est traversé par l’éclat de la brasure du métal. Ici, pas de Queen Mary 3 en construction. Sous les hangars, d’imposants tubes métalliques de couleur rouge déchirent la matinée voilée. Il s’agit d’un Pelamis, une sorte de serpent de métal, une machine houlomotrice, futur fournisseur d’électricité du pays. Des tronçons de 3,50 m de diamètre sont allongés entre deux hangars, parmi un fatras de câbles, poulies, rails et outils de toutes tailles. Chacun des trois « serpents » achetés par le Portugal se compose de quatre tubes, trois modules de raccordement, d’une tête et d’un yoke, sorte de harnais qui sert à la fois de gouvernail et de point d’ancrage. « Nous avons choisi le chantier naval de Peniche parce qu’il est le seul à disposer d’une plate-forme de 45 mètres suffisante pour mettre les machines à l’eau », explique le directeur du projet, l’Ecossais Martin Shaw.

Concept. Comme lui, les Pelamis sont nés en Ecosse, à Edimbourg, dont l’université est un bouillon de culture pour la recherche en électricité marine. La société Ocean Power Delivery (OPD) a su surfer sur la vague, en développant le concept. Après sa naissance dans les brumes écossaises, les « serpents » ont été testés grandeur nature. Ensuite, il a fallu les transporter par cargo, en trois voyages successifs.

A Peniche, OPD a des bureaux modestes. Une poignée d’ingénieurs et techniciens écossais, français et portugais sont concentrés devant leurs ordinateurs. L’ingénieur Pierre Potel, chargé de l’assemblage des machines, a le sens de l’image. « Le Pelamis, c’est un serpent qui ondule face à la houle. Soumis à une force à la fois constante et renouvelée, les vérins qui lient les tubes ensemble et qui sont contenus dans les modules de raccordement se compriment et se détendent. C’est ce mouvement de va-et-vient permanent qui crée la force motrice. » Le système, digne d’une pompe à vélo géante dans laquelle l’air est remplacé par de l’huile, permet d’alimenter un moteur hydraulique qui actionne une turbine. Les tubes ne sont là que pour assurer la flottaison et conduire l’électricité jusqu’au museau de l’engin qui abrite le transformateur : la tête du serpent, à la verticale une fois dans l’eau. Un câble électrique la relie à la terre, où un terminal est chargé de dispatcher l’électricité sur le réseau.

« L’avantage de l’énergie houlomotrice sur l’énergie éolienne, c’est qu’elle est prévisible. La station du Pelamis peut enregistrer les données maritimes pour déterminer la force de la houle et ajuster la fourniture d’électricité sur le réseau en fonction de la capacité prévue », explique Martin Shaw. Une prévision à 24 heures, un véritable bonus pour pouvoir maîtriser la distribution. Et puis, à l’inverse des éoliennes, le Pelamis a le mérite de la discrétion, il ne fait pas de bruit et se fond dans le paysage liquide de l’océan. « Une fois en mer, le Pelamis est parfaitement visible, précisent les deux ingénieurs. Il dépasse d’un mètre au-dessus de l’eau et ne présente donc aucun danger pour les voiliers. »

Sur le chantier naval de Peniche, le premier serpent atteint 150 mètres de longueur. Une fois l’assemblage terminé, il sera mis à l’eau et remorqué au large d’une plage, près de Povoa de Varzim, dans le nord du pays. Mais le déploiement des machines a été repoussé au printemps, officiellement pour des raisons de sécurité.

Arsenal juridique. La production des Pelamis atteindra 2,25 MW annuels. Parallèlement, OPD, associé financièrement à la société lusitanienne Enersis, finalise un contrat avec l’Etat portugais pour fournir 28 machines supplémentaires à partir de 2007, pour un investissement de l’ordre de 70 millions d’euros. Le pays développe une stratégie tournée vers l’énergie renouvelable et s’est doté d’un arsenal juridique et financier important pour inciter à produire propre. Du coup, l’électricité générée par le Pelamis sera rachetée par EDP (Energias de Portugal , l’équivalent d’EDF) à un prix supérieur à celui du service public. Mais OPD devra rapidement atteindre cinquante exemplaires fabriqués pour pouvoir observer une réelle baisse de ses coûts de production. Ecossais et Portugais étudient d’ailleurs la faisabilité d’une centrale de production des machines au Portugal. Ce pays n’a pas vraiment le choix, il importe 80 % de son énergie primaire.


Searev, alternative française ?

Longtemps leader dans le domaine de l’énergie tirée de la mer, grâce notamment à l’usine marémotrice de la Rance, la France est aujourd’hui un peu en retrait par rapport à la Grande-Bretagne. Les barrages du type Rance restent effectivement difficiles à implanter, par manque de lieux propices à de telles infrastructures. En attendant d’en savoir plus sur l’efficacité future du Pelamis, c’est un autre type de projet qui a vu le jour à l’Ecole centrale de Nantes : le Searev. Son créateur, l’ingénieur Alain Clément, du Laboratoire de mécanique des fluides, a mis au point une sorte de petit sous-marin qui utilise le principe du pendule pour récupérer l’énergie des vagues. Un prototype a été testé en juin dernier dans le bassin de l’école. Un premier appareil devrait être mis en service à une dizaine de kilomètres des côtes et fournir de l’électricité à 200 foyers

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !