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Article de Yves Housson paru dnas L’Humanité du 29 juin 2006

Le SMIC à 1 500 euros pourquoi c’est possible

jeudi 29 juin 2006 par Yves Housson
Salaires . Alors que le MEDEF veut faire la peau au SMIC, que Sarkozy veut baisser les charges patronales, la gauche est confrontée aux attentes des salariés en matière de rémunération du travail.

Samedi 1er juillet 2007. La gauche vient de remporter les élections. Le gouvernement décide une augmentation du SMIC à 1 500 euros. Près de 300 euros supplémentaires tomberont désormais chaque mois dans la poche de 3 millions de Français payés au minimum. Simultanément est convoquée une négociation tripartite (pouvoirs publics, syndicats, patronat) dans le but déclaré de modifier, à l’avantage des salariés, le partage de la richesse produite entre travail et capital. Scénario de folie ? Cauchemar sans nul doute pour une petite minorité de citoyens, ces grands patrons dont la porte-parole, Laurence Parisot, vient de juger froidement comme « très dangereux » de « rester sur le rythme élevé » actuel de hausse du SMIC. Mais pour l’écrasante majorité de la population ? Tout en présentant, sans crainte du ridicule, le coup de pouce de 0,30 % donné lundi, pour 2006, au salaire minimum comme « une réponse forte », le ministre de l’Emploi, Jean-Louis Borloo, a dû admettre l’existence d’« une demande très, très forte des Français sur le pouvoir d’achat ». Comment pourrait-il en aller autrement ?

Les appétits des actionnaires

Nombre de rapports, de statistiques l’attestent régulièrement : notre pays glisse sur une pente de paupérisation. Deux fois plus de smicards aujourd’hui qu’il y a douze ans. Trois millions d’hommes et de femmes contraints de vivre avec 986 euros par mois net, montant d’un minimum qui, à ce niveau, ne peut plus remplir sa fonction de bouclier contre la pauvreté. Une moitié de l’ensemble des salariés dont la feuille de paie affiche un chiffre inférieur à 1 500 euros (niveau du salaire médian)...La rémunération du travail subit depuis plus de deux décennies un véritablement enfoncement. Rançon d’une politique délibérée conduite à la fois par les entreprises et les gouvernements successifs, à partir d’un même dogme : la baisse du coût du travail favoriserait la création d’emplois. Les patrons, de leur côté, pour satisfaire les appétits des actionnaires, ont donc mis les salaires à la diète. Et les pouvoirs publics ont accompagné et même précipité le mouvement en allégeant les charges sociales (qui ne sont, en réalité, qu’une partie de la rémunération du travail, celle que l’on perçoit sous forme de prestations de la Sécu). Des exonérations de cotisations très perverses, car, appliquées aux bas salaires, elles ont incité les employeurs à payer le moins possible leur personnel pour profiter au maximum de ces avantages. Très coûteuses aussi : plus de 20 milliards pour les finances publiques, sans résultat avéré sur l’emploi.

Alors, stop ou encore ? À droite, Sarkozy affiche la couleur : s’il flatte volontiers « la France qui peine », prône « une politique de relance par le travail et par l’augmentation du pouvoir d’achat », ses solutions s’inscrivent dans les mêmes ornières. Pour relever les salaires, le patron de l’UMP veut encore baisser les charges (cotisations et impôts), autrement dit faire payer par l’État une hausse du pouvoir d’achat. Et il incite les Français désireux de gagner plus à enchaîner les heures sup (qui seraient défiscalisées) et les dimanches travaillés. Au bout du compte, les profits seraient épargnés, le partage du gâteau (la richesse créée) resterait aussi inégal, le travail ne serait pas mieux rémunéré par ceux qui l’utilisent.

La hausse des dividendes

À gauche, le PS inscrit certes dans son programme la perspective d’un « rééquilibrage du partage de la valeur ajoutée », mais en atténue considérablement, d’emblée, la portée en se proposant de porter à 1 500 euros le SMIC en cinq ans. Ce qui, comme Chirac et la droite n’ont pas manqué de le faire observer, n’implique aucun effort particulier, mais seulement la poursuite du rythme actuel d’augmentation. Le relèvement dès maintenant du minimum à 1 500 euros représenterait une dépense de 9 milliards d’euros, calcule la CGT. Au-dessus de nos moyens ? L’an dernier, les actionnaires se sont octroyé une hausse de leurs dividendes de 8 milliards. Dangereux pour l’emploi ? Si elle veut se mettre en phase avec les attentes du pays en matière de salaires, la gauche devra affronter la question sans détour. En commençant par effectuer un vrai bilan de l’impact d’une hausse du SMIC sur l’emploi. « L’emploi est avant tout lié à la croissance », rappelle-t-on à la CGT, et celle-ci, comme le confirme une récente étude de l’INSEE, repose en premier lieu sur la consommation, donc le pouvoir d’achat. Y aurait-il alors danger pour la compétitivité au regard de la concurrence internationale ? Argument d’autant plus contestable que les branches (hôtellerie-restauration, emplois à domicile, etc.) et les entreprises (petites en général) où se concentrent les smicards ne sont pas les plus exposées à cette concurrence. Enfin, le débat sur la politique salariale en vue de l’échéance de 2007 pourra difficilement ignorer le sujet des exonérations de cotisations : en lieu et place d’allégements sans contreparties, qui creusent les déséquilibres de la Sécu tout en tirant l’ensemble des salaires vers le bas, ceux-ci ne pourraient-ils être accordés aux entreprises en fonction de leurs efforts pour développer l’emploi stable et les salaires ? Une piste inédite, suggérée par le PCF (et dans une moindre mesure par le PS, qui propose de moduler les cotisations selon la durée du contrat de travail et le nombre de contrats précaires), qui aurait le mérite d’enclencher un cycle vertueux en matière de revalorisation du travail.


Le profil des smicards

Jeune, féminin, travaillant souvent à temps partiel et dans une petite entreprise, tel est le profil type du smicard, selon une étude de la DARES, direction des statistiques du ministère de l’Emploi. « Près d’un salarié au SMIC sur deux travaille dans une entreprise de moins de 10 salariés » et « 30 % des salariés des entreprises de moins de 10 salariés du secteur marchand non agricole sont au SMIC, contre 10 % seulement des salariés des autres entreprises », note la DARES. Un employé sur 4 et un ouvrier sur 5 sont payés au minimum. « Les salariés de moins de vingt-cinq ans sont deux fois plus souvent au SMIC que leurs aînés : 30 %, contre 13 % des salariés de vingt-cinq ans ou plus » et « les femmes sont deux fois plus souvent au SMIC que les hommes : 21 % contre 10 % ». La DARES relève encore qu’« un salarié à temps partiel sur trois est au SMIC, contre un salarié à temps complet sur neuf ».


Quand le MEDEF entend liquider le SMIC

Le patronat veut en finir avec cette garantie légale.

L’idée même d’un salaire dont le montant relève d’une décision politique, échappant donc à la loi pure et simple du marché, relève de l’anomalie aux yeux du patronat. Les pouvoirs publics ne devraient pas faire « supporter aux entreprises le financement direct d’une partie de la politique des revenus qu’ils entendent mener en faveur des salariés les moins qualifiés », estime-t-il. Cela « perturbe la politique salariale des entreprises qui doivent réajuster les rémunérations les plus proches du SMIC pour rétablir une hiérarchie salariale lors des augmentations du SMIC », se plaint-on au MEDEF, de façon quelque peu hypocrite puisque, en réalité, les hausses du salaire minimum sont de moins en moins répercutées sur l’échelle des rémunérations. L’organisation propose une réforme du SMIC consistant à confier sa revalorisation « à une commission indépendante, en fonction des gains de productivité réalisés par les salariés les moins qualifiés et des effets de cette revalorisation sur l’emploi ». Ainsi, les mécanismes légaux d’indexation du SMIC (sur la hausse des prix et sur l’évolution des salaires en moyenne) seraient supprimés, la garantie du maintien du pouvoir d’achat disparaîtrait, et toute revalorisation deviendrait aléatoire. Les smicards perdraient la garantie, prévue par la loi actuelle, de « participer au développement économique de la nation ».

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