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Article de SIXTINE LÉON-DUFOUR. Publié dans Le Figaro le 28 août 2006

Le Tchad veut se saisir des pétrodollars

lundi 28 août 2006 par Sixtine Léon-Dufour
Le président Idriss Déby a donné un ultimatum à deux des trois compagnies pétrolières étrangères pour qu’elles quittent le pays.

S’IL AVAIT été question de scénario hollywoodien, le titre eût été tout trouvé : Main basse sur l’or noir. Mais il ne s’agit pas d’une fiction. Au motif « qu’elles n’ont pas payé leurs impôts » au gouvernement, le président tchadien Idriss Déby a, ce week-end, purement et simplement sommé les compagnies pétrolières américaine Chevron et malaisienne Petronas de quitter le pays et de « fermer leurs bureaux ». Immédiatement.

Ces deux groupes sont présents au Tchad depuis 2003, aux côtés d’un autre américain, ExxonMobil, dans le consortium chargé d’exploiter le brut de l’oléoduc Doba-Kribi. Le contrat passé, alors, entre ce consortium, le régime de Déby et la Banque mondiale, le bailleur de fonds, devait être un exemple pour le continent africain. Pour une fois, l’argent irait bien aux plus démunis. Idriss Déby avait accepté, sous la pression de la Banque mondiale, la transparence dans la gestion des pétrodollars et leur juste répartition entre différents secteurs prioritaires tels que l’éducation ou la santé, un fonds de réduction de la pauvreté, etc. Cela ne s’est pas exactement passé ainsi.

Le Tchad produit 160 000 à 170 000 barils par jour - sa capacité peut monter jusqu’à 250 000 b/j. Et jusqu’à présent le consortium aurait généré depuis 2003 un chiffre d’affaires de 5 milliards de dollars pour 3 milliards d’investissements, alors que le régime de Déby n’aurait touché « qu’une broutille de 588 millions de dollars », s’est insurgé Idriss Déby. De quoi provoquer l’ire du président, déjà à court d’argent et menacé de se faire destituer par des rebelles. Lequel a donc décidé, tout simplement, de changer les termes de l’accord initial, arguant du fait que ce bout de papier « n’est ni la Bible ni le Coran ».

Dès octobre 2004, Déby accusait les pétroliers de « piller les ressources » du pays, en bradant ses barils sur le marché. Les relations se sont par la suite - officiellement seulement - apaisées.

Accord rompu En janvier, le président tchadien rompait l’engagement qui le liait à la Banque mondiale pour utiliser cette manne pour des dépenses... militaires. Menacé de sanctions financières, Déby a fini par transiger. Mais c’était pour mieux revenir à la charge. Mardi, il a demandé aux membres de son gouvernement « de renégocier la convention avec le consortium international exploitant son brut » pour permettre à l’État d’y entrer, par le biais de la Société des hydrocarbures du Tchad. Les géants pétroliers ont fait la sourde oreille.

En leur demandant de partir, Déby veut faire une démonstration de force. « Le combat engagé pour le contrôle de nos ressources est un combat national qui doit tous nous mobiliser, au-delà des clivages politiques », a-t-il martelé samedi.

Un message pour rassembler. Car s’il a été remis en selle après les élections de mai, Déby sait que son pouvoir est fragile. Alors N’Djamena tente par tous les moyens d’assurer ses arrières. C’est pourquoi le Tchad a rompu ses relations diplomatiques avec Taïwan au profit de... la Chine, déjà très implantée au Soudan voisin. Une volte-face plus que récente puisqu’elle date du 5 août... Et opportuniste aussi. Car, avec ce nouvel allié, Déby peut plus facilement imposer ses vues et tenir tête aux Occidentaux.

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