Liste des auteurs

LAMIA OUALALOU [ Le Figaro le 30 avril 2007

Le Venezuela nationalise son eldorado pétrolier

lundi 30 avril 2007 par Lamia Oualalou
Sous la houlette d’Hugo Chavez, le pays va récupérer demain sa « souveraineté pétrolière ».

CETTE FOIS, il n’y aura pas de surprise. Demain, l’entreprise nationale d’hydrocarbures PDVSA prendra le pouvoir dans toute la ceinture de l’Orénoque, avec l’accord des investisseurs étrangers pour l’instant majoritaires dans ce nouvel eldorado du pétrole. Caracas n’a pas attendu le dernier moment pour signer le protocole d’accord. Des six compagnies présentes (BP, Chevron, ConocoPhillips, ExxonMobil, Statoil et Total), seule Conoco, qui exploitait le principal champ, a refusé de passer la main à l’État.

Après avoir augmenté les royalties et les impôts sur les bénéfices, Caracas va jusqu’au bout de sa politique de « récupération de la souveraineté pétrolière ». Dernier bastion du pouvoir des compagnies étrangères, la ceinture de l’Orénoque est aussi la plus prometteuse. Ses terres sont gorgées de pétrole brut lourd et visqueux, jugé peu exploitable jusqu’à ces dernières années. Mais les avancées technologiques et la hausse des cours ont changé la donne. Ces réserves, en voie de certification, devraient bientôt propulser le Venezuela en tête des pays les plus riches en pétrole, devant l’Arabie saoudite.

Une manne que, hormis Conoco, les investisseurs étrangers ne sont pas prêts à abandonner, même s’ils goûtent peu le style d’Hugo Chavez. Après tout, le leader de la « révolution bolivarienne » n’a rien inventé. Selon une récente étude de l’université Rice, aux États-Unis, 77 % des réserves mondiales prouvées sont désormais aux mains des compagnies nationales. Demain, les entreprises étrangères vont donc se trouver dans une situation paradoxale : elles vont transmettre le pouvoir opérationnel à PDVSA, tout en restant majoritaires sur le plan patrimonial. Elles auront alors jusqu’au 25 juin pour trouver un accord.

Une hypothèque sur l’avenir

Les enjeux financiers sont considérables. Dans le seul champ de Sincor, exploité par Total et la norvégienne Statoil, PDVSA, qui détient aujourd’hui 38 % des actions, doit en racheter 22 % pour atteindre les 60 % exigés par la loi. S’entendre sur le prix n’est pas simple. Il y a l’investissement original (5 milliards de dollars dans le cas de Sincor) et le savoir-faire. « Il faut aussi qu’on arrive à un accord sur le prix du baril », glisse un négociateur. Entre les fantasques 27 dollars programmés dans le budget vénézuélien, les plus hauts de 70 dollars de l’année dernière et la soixantaine de dollars des derniers jours, la marge de négociation est grande. Et, même si les parties tombent d’accord sur un prix, elles savent que PDVSA aura du mal à débourser ces sommes.

L’année dernière, la compagnie a dépensé 13,3 milliards de dollars pour financer les programmes sociaux du gouvernement, et sa trésorerie est à sec. Caracas envisage de compenser les entreprises étrangères en pétrole. « C’est une hypothèque sur l’avenir », se désole un connaisseur du dossier. « Cela signifie des cargos entiers qui ne rapporteront rien à PDVSA dans le futur. » Or les rentrées de l’entreprise sont déjà limitées. Elle vend à perte près de 500 000 barils pour le marché intérieur, et en offre près de 250 000 au pays amis (Nicaragua, Cuba...). Et sa capacité d’investissement pour augmenter la production est très limitée.

C’est sur cette dépendance que les compagnies étrangères comptent pour rester en force dans le pays. Hugo Chavez a clairement dit qu’il désirait en retenir certaines en jouant habilement des rivalités entre les entreprises. Conoco jette l’éponge, mais Chevron reste pour l’instant, comptant ainsi gagner le droit de prospecter également des champs gaziers. Le « front américain » est brisé. « Chavez poursuit sa politique de dispersion, pour enlever aux entreprises leur rôle central et le donner à l’État », analyse l’universitaire Luis Lander. Si certains partent, il compte les remplacer par des investisseurs issus des pays émergents (Inde, Chine, Iran...). « L’important pour le gouvernement, c’est de ne plus jamais revenir à la situation qui prévalait dans le passé, quand Exxon et Shell se partageaient la production en maîtres », conclut Luis Lander.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !