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Un article de Corine Lesnes paru dans Le Monde le 17 janvier 2006

Le Venezuela propose du pétrole 40 % moins cher à des Américains pauvres

mardi 17 janvier 2006 par Corine Lesne

Alors que les Etats-Unis mettaient leur veto, vendredi 13 janvier, à la vente d’avions militaires espagnols au Venezuela, une étonnante cérémonie se tenait devant une maison de Warwick, dans le Rhode Island, en présence de plusieurs représentants du président vénézuélien, Hugo Chavez, l’homme que l’administration Bush juge comme "une force négative" dans la région. On remplissait de fuel de chauffage vénézuélien la cuve d’un couple d’Américains, Denise et David Bloomingburgh.

L’ambassadeur du Venezuela à Washington, Bernardo Alvarez-Herrera, était venu superviser la livraison, ainsi que Felix Rodriguez, le président de la Citgo, la filiale américaine de l’entreprise publique Petroleos de Venezuela.

Devant la presse, Mme Bloomingburgh, 37 ans, n’a pas caché son soulagement de pouvoir bénéficier de fuel à 40 % de son prix, alors qu’en deux ans les tarifs ont doublé. Cette année, elle avait limité la température dans sa maison à 15 degrés, pour faire des économies. L’ambassadeur du Venezuela a assuré qu’il n’entrait aucune arrière-pensée politique dans les actions charitables de son gouvernement. "Il ne s’agit pas de politique, a-t-il dit. Nous sommes ici en tant qu’Américains pour aider des Américains dans le besoin."

25 MILLIONS DE GALLONS

Le Rhode Island est le troisième Etat à bénéficier des largesses de Hugo Chavez, après le Massachussets et le Maine. Fort de son statut de cinquième exportateur de brut mondial, le président vénézuelien avait proposé, en septembre 2005, de fournir du combustible à bas prix aux victimes de l’ouragan Katrina et, plus généralement, aux pauvres des Etats-Unis. Il a tenu parole. Quatre tribus indiennes sont aussi parmi les bénéficiaires, ainsi que le quartier du Bronx, à New York.

Au total, 25 millions de gallons (95 millions de litres) sont en cours de distribution, couvrant 100 000 foyers dans le nord-est des Etats-Unis. A Chicago, en revanche, l’autorité des transports a rejeté l’offre vénézuélienne et elle a augmenté les tarifs de bus. Ce rejet a entraîné des protestations dans la ville, et la décision doit être reconsidérée fin janvier.

Les officiels américains n’ont pas émis d’objections publiques à ce que le secrétaire à l’énergie, Samuel Bodman, a qualifié de simple "philanthropie d’entreprise". Ils ont souligné que Citgo est installée à Houston, et que c’était une firme américaine jusqu’à son rachat, à la fin des années 1980.

Selon les analystes, cette initiative fait partie d’une offensive du "comandante" pour convaincre les citoyens américains qu’il n’est pas le dangereux facteur de déstabilisation dépeint par Washington - ce que le chercheur Mark Weisbrot, du Center for Economic and Policy Research, qualifie de "diplomatie de la base". Caracas a aussi loué les services de lobbyistes. Il existe une quinzaine de "cercles bolivariens" dans des villes comme Cincinnati, Boston ou Milwaukee.

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