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Un article de Philippe Jérôme paru dans l’Humanité du 22 octobre 2005

Le bâtiment, d’intérim en sous-traitance

samedi 22 octobre 2005 par Philippe Jérôme
De plus en plus de licenciements de fin de chantier dans le BTP, pourtant en pleine relance. La faute au tâcheron roumain ou à un mode de gestion fondé sur la précarité ?

L’Humanité avait révélé au printemps dernier le cas de cet hôtel en construction dans le centre de Nice où le maître d’ouvrage français avait fait appel en sous-traitance à des tapissiers polonais « bolkensteinisés » : une agence d’intérim établie en Pologne proposait à des particuliers, en dehors des heures de chantier, la location de ces bras à des tarifs défiant toute concurrence. Ce cas extrême de surexploitation, avec, il est vrai, la « complicité » de l’ouvrier étranger qui y trouve, financièrement, plus que son compte (1), s’est-il généralisé ? Les informations remontent de façon très fragmentaire dans les syndicats, tout comme à l’inspection du travail, qui n’ont pas les moyens d’évaluer avec précision ce phénomène. On signale bien ici, sur le chantier de tel tramway, des manoeuvres roumains ou dans telle tranchée de GDF des tâcherons portugais qui seraient en CDD, mais c’est le plus souvent en raison d’un grave accident du travail, comme celui qui avait entraîné la mort à Marseille de deux ouvriers turcs clandestins sur le chantier d’un centre anticancéreux, pour qu’un petit bout de cet iceberg antisocial n’émerge. Ou que des patrons mettent carrément les pieds dans la coulée de béton pour que les syndicats « ferraillent » sur ce terrain propice au dérapage xénophobe. Toujours à Marseille, par exemple, la CGT a obtenu que le groupe Vinci, maître d’oeuvre de la rénovation de l’hôpital militaire de Toulon, ne fasse pas appel à sa filiale polonaise de recrutement. « Nous n’avons rien contre nos camarades polonais, souligne Lionel De Coninck, secrétaire général de l’UFCT-CGT des Bouches-du-Rhône, en revanche nous ne sommes pas d’accord avec les contrats de travail qui se concluent par un licenciement pur et simple à la fin du chantier. » Qu’il soit extra-communautaire, européen ou français, l’ouvrier du bâtiment est de moins en moins souvent rattaché à une entreprise, c’est-à-dire relativement protégé par une convention collective. « Eux-mêmes placés dans un système de concurrence féroce, les groupes imposent à leurs sous-traitants les prix les plus bas et donc en bout de chaîne du travail illégal », explique Christian Blick, un dirigeant national de la CGT construction.

« La sous-traitance et l’intérim deviennent systématiquement un mode de gestion de l’activité, donc de l’emploi, ce alors que nous sommes en période de relance », s’indigne Lionel De Coninck. Cette précarité, après bien des discours lénifiants sur les métiers du BTP, fait manifestement fuir les jeunes : 45 % des élèves abandonnent le bâtiment après leur apprentissage. Les syndicats prônent donc, pour mettre fin à ce gâchis, que l’emploi soit « stabilisé », notamment,, en région PACA, sur 27 zones de grands travaux. Un premier résultat a été obtenu à Marseille, le chantier de rénovation de 5 000 logements dans le quartier de la République devant être, selon un accord patronat-syndicats, « un modèle social ». Qui, si chacun tient ses engagements, bénéficiera autant à l’électricien provençal qu’au maçon polonais.

(1) Le SMIC polonais est actuellement d’une centaine d’euros mensuels et le bulletin de salaire est inconnu dans ce pays où les travailleurs se voient délivrer un simple reçu le jour de la paye.

Philippe Jérôme

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