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Un article de Nicolas Rauline paru dans le Nouvel Observateur du 29 juillet 2004

Le « chantage » à l’emploi chez Bosch

samedi 31 juillet 2004 par Nicolas Rauline

« On n’avait pas le choix, on a un appartement à payer, des enfants à nourrir. » Delphine, monteuse, la trentaine, résume le sentiment des salariés de Bosch à Vénissieux, dans la banlieue lyonnaise. La direction les avait placés face à un dilemme cruel : travailler plus pour le même salaire ou risquer de voir le site de l’équipementier automobile fermer. Un « chantage » dénoncé par le gouvernement. Alors Delphine, embauchée il y a cinq ans, justement lorsque Bosch passait aux 35 heures, a dit oui. Comme 70% des 820 employés. L’accord, signé la semaine dernière, prévoit, entre autres, le passage de 35 à 36 heures de travail hebdomadaire sans augmentation de salaire. En échange un projet d’investissement dans une usine du groupe en République tchèque est abandonné.

Pour les salariés, la fin des 35 heures ne représente qu’une partie du sacrifice. La direction souhaitait réduire les coûts salariaux de 12%. Et la suppression de six jours de RTT ne les fera baisser que de 2%. Au menu de l’accord, signé seulement par la CGC et la CFDT, qui n’a pas souhaité nous répondre, figurent également la suppression d’une journée de congé pour chaque pont, Ascension et Pentecôte, et le gel des salaires pour trois ans. Et ce n’est peut-être pas fini : à la rentrée, on négociera le montant de la prime de rendement.

« On est entré chez Bosch pour les avantages sociaux et on se retrouvera bientôt au smic », affirme Christian Maneval, responsable FO à Vénissieux. Jusqu’ici l’entreprise allemande bénéficiait d’une bonne réputation. Le salaire moyen d’un ouvrier (lié au rendement) y est de 1 350 euros brut, supérieur de 20% à la moyenne de la région. « Nous avons une tradition de dialogue social et on en est fier. Le chantage, ce n’est pas le genre de la maison », assure Guy Maugis, PDG de Bosch France. Ce n’est pas l’avis de tous les employés. « Les conditions de travail sont déplorables. Le matériel est usé. De plus, l’entreprise emploie beaucoup d’intérimaires (une centaine en moyenne sur un total de 820 salariés à Vénissieux) et les fait trimer », affirme l’un d’entre eux.

L’état du site est au cœur des débats. Le futur de Vénissieux passait par l’arrivée de nouveau matériel : les pompes à injection diesels fabriquées ici n’avaient plus aucun avenir. Ce problème technologique a été soulevé dès 1999, mais les investissements n’ont pas suivi. Selon le rapport du cabinet d’études Syndex, la moyenne annuelle des sommes investies sur les dix dernières années serait de 4,7 millions d’euros contre 22 millions pour le site de Rodez, et 25 millions pour l’usine tchèque de Jilhava, mise en concurrence avec Vénissieux. « Le site a pu avoir, par le passé, des problèmes de qualité, mais c’est toujours le même débat. Quand est-il trop tôt ou trop tard pour investir ? », se défend Guy Maugis.

Il est trop tard, en tout cas, pour sauvegarder tous les emplois. Malgré l’accord, 190 seront supprimés d’ici à 2008 (départs en retraite non remplacés ou fin de mission pour des intérimaires). Sans la signature de l’accord, ce sont 300 postes qui auraient été menacés.

Les autres usines de Bosch doivent-elles s’attendre au même sort ? Selon Serge Truscello, délégué CGT, la direction avait affirmé il y a quelques mois que « l’esprit du projet était valable pour tous les sites ». Désormais le préambule de l’accord prévoit qu’il s’agit d’un cas isolé. Et le PDG de Bosch France assure que la délocalisation n’est pas forcément la solution à tous les problèmes de coûts. « Il faut raisonner à moyen terme. En République tchèque, par exemple, dans les cinq à dix ans qui viennent, l’inflation va être supérieure à ce qu’elle est ici, l’écart de compétitivité va se restreindre. Ce n’est pas forcément un bon calcul de délocaliser. » Une position plus prudente que celle de la direction allemande du groupe. Pour la CGT, « devant l’ampleur médiatique prise par l’affaire, les dirigeants ont reculé ». Mais que se passera-t-il lorsque le tollé sera retombé ?

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