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Un entretien réalisé par Paule Masson paru dans L’Humanité du 26 avril 2005

« Le climat combatif complique la tâche du gouvernement »

mercredi 27 avril 2005 par Paule Masson
Pour Pascal Joly, secrétaire général de l’Union régionale Île-de-France de la CGT, le premier ministre est pris à son propre piège. Entretien.

Quelle appréciation portez-vous de ce qui se passe autour de la suppression du jour férié ?

Pascal Joly. Le gouvernement est pris à son propre piège. Sa décision de supprimer un jour férié tient de l’effet boomerang. On est dans un climat revendicatif évident, dont l’épine dorsale est la question des salaires. Mais d’autres revendications s’expriment autour du maintien des 35 heures, de la remise en cause du code du travail ou du plan Borloo. La situation dégradée de l’emploi, y compris en Île-de-France où le taux de chômage a rattrapé le niveau national, n’empêche pas les salariés de se battre pour augmenter les rémunérations. En général, c’est le contraire qui se passe. Ce climat combatif vient compliquer la tâche du gouvernement autour du lundi de Pentecôte. Les salariés perçoivent que cette décision s’inscrit dans un processus de remise en cause des acquis sociaux, que la légitime solidarité envers les personnes âgées a été détournée. Ils ont compris l’arnaque qui consiste à les faire travailler plus pour gagner moins. Quel est le rôle du travail ? Comment est-il reconnu ? Ces questions sont au coeur du débat. Là où la CGT est à l’offensive, nous obtenons de l’employeur qu’il finance la cotisation et laisse les salariés chez eux. En Île-de-France, comme ailleurs, un certain nombre de syndicats s’apprêtent à décider un arrêt de travail le lundi de Pentecôte pour que cette journée soit un nouveau tremplin revendicatif. Comme le 1er mai d’ailleurs.

Justement, le 1er mai à Paris tombe un dimanche, en pleines vacances scolaires, allez-vous réussir à mobiliser ?

Pascal Joly. Dans le processus de mobilisation du mouvement social, il y a le 1er mai, qui n’est pas seulement une journée de commémoration, mais aussi un moment de luttes et de revendications. C’est d’autant plus nécessaire qu’en ce moment les salariés ont l’impression de ne pas être écoutés. Le gouvernement a dû lâcher un peu de lest pour les fonctionnaires après le 10 mars mais on est loin du compte. Les réponses apportées ne sont à la hauteur ni des exigences ni des possibilités. Dans le mécontentement, il y a aussi la perception d’un différentiel entre les profits qui montent et la façon dont les salariés sont traités. Pour toutes ces raisons, il y aura une manifestation à Paris le 1er mai à l’appel de la CGT, de la FSU, de l’UNSA et de Solidaires sur les mêmes revendications que le 5 février et le 10 mars derniers. Par crainte d’être instrumentalisée par le « non » au référendum, la CFDT n’a pas souhaité s’associer.

Ce n’est pas le cas de la CGT ?

Pascal Joly. Les syndicalistes et la CGT n’ont rien à craindre d’une montée des luttes à la veille du référendum. D’ailleurs, la proximité de cette échéance a contribué à contraindre le gouvernement à donner des signes aux fonctionnaires après le 10 mars. Les salariés sont en train de s’approprier le contenu du projet de traité constitutionnel. Depuis Maastricht, ils ont une expérience de l’Europe. On leur a fait miroiter le développement de l’emploi et rien n’est venu. Le « non » progresse parmi eux. D’ailleurs, la constitution est le texte le plus vendu du moment. Pour moi, la perception que ce traité est d’essence libérale grandit. Cela ne me conduit pas à nier ce que le mouvement syndical a contribué à intégrer, comme la charte des droits fondamentaux. Encore que la dernière phrase du titre II qui précise que cette charte ne crée aucune compétence nouvelle ni aucune obligation pour l’Union européenne ne peut que nous inciter à y regarder de plus près. Le regard que je porte sur ce traité se fait notamment à partir des enjeux de territoire. Le principe de la concurrence libre et non faussée va s’appliquer à eux et entre eux. Le MEDEF en Île-de-France a rédigé un livre blanc, dans lequel il propose que l’attractivité de cette région se fasse au détriment de toutes les autres. Ernest-Antoine Seillière, le patron des patrons, affirme un soutien assumé au traité constitutionnel. Et cela n’est pas un hasard. Tout ce qui concerne des enjeux de société ne peut pas être étranger au syndicalisme. Et le traité en est bourré. Il parle de santé, de protection sociale, de la façon dont nous allons vivre ensemble dans l’Europe de demain. Le rôle d’une organisation syndicale pour moi, c’est de donner un avis sur ces enjeux de société. Cela ne doit pas être interprété comme une volonté de tenir la main des salariés dans l’isoloir.

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