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Entretien réalisé par Christelle Chabaud | L’Humanité le 9 mai 2007

« Le commerce équitable promeut la paix »

mercredi 9 mai 2007 par Christelle Chabaud
Développement . À l’occasion de la Quinzaine du commerce équitable en France, entretien avec Saleem Abu Ghazaleh, directeur du département de commerce équitable de PARC [1]

Votre ONG a été créée en 1983 pour combler l’absence de soutien public aux agriculteurs. Aujourd’hui, avec près de 6 500 volontaires, PARC est devenu un acteur incontournable de la société civile palestinienne. Pourquoi s’être lancé dans le commerce équitable ?

Saleem Abu Ghazaleh PARC a été mis en place par des agronomes bénévoles qui ont apporté des services d’assistance technique aux paysans palestiniens, notamment pour l’accès à des ressources en eau et pour la construction de routes. Mais le problème numéro 1, c’était qu’ils n’arrivaient pas à vendre leur surplus de production domestique, qu’ils n’arrivaient pas à le commercialiser. Nous avons commencé à entendre parler du commerce équitable, qui voulait instaurer des relations d’échange stables et durables. Beaucoup de paysans de Cisjordanie ont voulu tenter la démarche et il a fallu faire de gros efforts dans le contrôle de la qualité, le conditionnement, les stations d’embouteillage et la formation des paysans. Aujourd’hui, nous avons réussi à instaurer des filières équitables d’huile d’olive, de couscous, de dattes, d’amandes, de zaatar et de savon en Europe, avec Oxfam et Artisans du monde, mais aussi au Canada, aux États-Unis, au Japon et en Corée.

Concrètement, quels sont les apports du commerce équitable pour les agriculteurs palestiniens ?

Saleem Abu Ghazaleh. La stabilité de la relation commerciale est très importante, les paysans ont une garantie d’écoulement de leurs produits. Mais c’est le prix juste qui fait la plus grande différence et permet de passer le stade de la survie. Les prix sont 30 % à 35 % supérieurs aux tarifs locaux. Un litre d’huile d’olive va donc être vendu 5 euros au lieu de 3 euros sur le marché traditionnel. Cela permet de ne pas céder à la pression de la rentabilité, de ne pas sacrifier la qualité des produits, et surtout cela permet de réinvestir l’argent dans des programmes de développement local, dans les domaines de la santé et de l’éducation.

C’est une manière d’accentuer la solidarité ?

Saleem Abu Ghazaleh. Tout à fait, le commerce équitable crée plus de solidarité entre les Palestiniens. Les paysans s’organisent en coopératives, et le fruit de leur travail est ensuite réinjecté dans la vie locale. Alors que la population désespère de pouvoir vivre en paix, le commerce équitable montre qu’il y a possibilité d’agir dans la vie de tous les jours pour trouver des solutions locales. C’est très important de ne pas attendre passivement la signature de traités internationaux. Dans ce sens, le commerce équitable promeut la paix, la résistance pacifique car c’est un moyen pour les paysans palestiniens de défendre leur terre en en prenant soin. Enfin c’est aussi un moyen d’accentuer la solidarité à l’étranger, nos produits parlent pour nous de la situation palestinienne, en donnant une autre image de la Palestine que les bombes et les horreurs de la guerre.

Justement, quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?

Saleem Abu Ghazaleh. Il est impossible de planifier quoi que ce soit en Palestine. Si je décide d’aller chez moi aujourd’hui, je ne sais pas combien de check points il y aura sur ma route. C’est pareil pour les agriculteurs. Parfois l’agriculteur travaille toute l’année dans son champ et au moment de vendre sa production à l’extérieur, il y a un couvre-feu autour de son village et ses rêves s’effondrent. Cette situation s’est encore accentuée avec la mise en place du mur. Sa construction s’est faite sur les champs des paysans palestiniens et beaucoup d’oliviers ont été arrachés devant leurs yeux. Le mur a coupé des villages en deux, a compliqué le déplacement des paysans, a encore diminué les ressources en eau... Face à cela, la seule possibilité de PARC est d’organiser des manifestations des paysans et de faire pression sur les autorités israéliennes, via des ONG internationales, afin que les produits ne soient pas refoulés aux check points. Parfois ça marche, mais les marchandises finissent souvent par être bloquées plusieurs semaines dans le port de Haïfa. C’est pourquoi nous trouvons important de développer des relations avec des organisations de paix israéliennes.

Un débat a cours en ce moment en Europe sur la place à donner à la grande distribution dans le commerce équitable. Qu’en pensez-vous ?

Saleem Abu Ghazaleh. En achetant un produit du commerce équitable, le consommateur manifeste sa solidarité envers des peuples de la Tanzanie, du Nicaragua, du Laos ou de la Palestine. Si vous mettez ce produit dans les rayons d’un hypermarché, les gens ne peuvent pas comprendre ce contexte. Le commerce équitable doit jongler entre deux nécessités parfois difficiles à concilier : celle d’augmenter les revenus des producteurs et celle d’informer sur nos façons de vivre. Pour moi, il est indispensable que ces produits se vendent dans des petits magasins spécialisés qui peuvent accomplir cette dimension pédagogique de la consommation. Quand vous entrez dans un magasin Artisans du monde, vous ressentez le fait que vous êtes un citoyen du monde, réceptif à différentes cultures. Quand vous entrez dans un hypermarché, vous ne percevez que des marques internationales dans lesquelles les produits ont perdu leurs identités. Or le but du commerce équitable, c’est de rapprocher les cultures.

[1] Fédération des comités de soutien à l’agriculture palestinienne

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