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Un article de François-Xavier Bourmaud paru dans le Figaro du 27 avril 2005

Le conflit chez Carrefour menace de s’étendre à l’ensemble du secteur

jeudi 28 avril 2005 par François-Xavier Bourmaud

Les conditions d’un conflit social d’envergure sont réunies dans le secteur de la grande distribution. Alors qu’au niveau de la branche, une nouvelle réunion sur les salaires doit se tenir le 2 mai au siège de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD), les salariés d’une filiale logistique de Carrefour ont bloqué hier 18 entrepôts sur 30 et appelé à une « grève illimitée » pour obtenir des revalorisations salariales. Cette filiale, baptisée LCM, approvisionne notamment les supermarchés Champion et les magasins de proximité Proxy, qui appartiennent à Carrefour. « L’approvisionnement des magasins se fait en flux tendus, si bien qu’au bout de trois jours de blocage, les rayons seront vides », estime Dejan Terglav, secrétaire fédéral FO pour la grande distribution. Pour l’instant, la direction de Carrefour assure que le « conflit social n’affecte pas le bon approvisionnement des magasins ».

Et cette grogne qui s’exprime aujourd’hui chez Carrefour menace de s’étendre à d’autres enseignes, « notamment celles ou les négociations salariales ont échoué comme Auchan ou Casino, précise Dejan Terglav. Nous ne sommes qu’au début d’un certain nombre de mouvements. Aujourd’hui, je dois même freiner l’ardeur des salariés tellement leurs attentes sont fortes », prévient-il. Le syndicat qui s’apprête à appeler à la grève le lundi de Pentecôte a d’ores et déjà reçu l’assurance « spontanée » des salariés de 80 hypermarchés et de 35 supermarchés de diverses enseignes qu’ils participeraient au mouvement. D’autres ne veulent pas attendre le 16 mai pour engager des actions revendicatives.

D’ordinaire peu portés à la grève, les salariés de la grande distribution sont d’autant plus déterminés à maintenir la pression que les conditions de départ de l’ancien président de Carrefour, Daniel Bernard, ont attisé les revendications salariales. « Alors que l’on nous parle d’austérité et de rigueur salariale et que l’on ne nous propose que 1,8% d’augmentation, on s’aperçoit à travers cette somme astronomique que le groupe a de l’argent », explique Christophe Guérard, délégué CFDT de LCM.

Comme le note un observateur averti du monde de la distribution : « En lâchant ce chiffre de 39 millions d’euros en pleine période de revendications salariales, les nouveaux dirigeants de Carrefour ont ouvert la boîte de Pandore. » Dans l’entourage de Daniel Bernard, on assure que le chiffre ne correspond pas à la réalité de ce que percevra l’ancien président, si l’on tient compte des prélèvements fiscaux. Il n’empêche : l’affaire Bernard a catalysé la grogne des salariés et agit désormais comme un symbole. Aux yeux des salariés, elle justifie en tout cas les revendications. Signe que le débat n’appartient plus à Carrefour, les politiques se sont déjà emparé du sujet, redoutant ses répercussions sur la campagne référendaire. Dès le mois de juin, le ministre de l’Economie Thierry Breton va ainsi défendre un amendement visant à faire approuver l’attribution des indemnités des dirigeants par un vote des actionnaires.

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