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Article de Madjid Hocine paru dans Liberté Algérie le 24 juillet 2006

Le conseil des ministres tranchera la question : Quel prix pour l’électricité ?

lundi 24 juillet 2006 par Madjid Hocine
L’établissement d’un partenariat stratégique avec l’Union européenne dans le domaine de l’énergie passera, cette semaine, au peigne fin d’un Conseil interministériel (CIM). Un second CIM sera consacré à une question électrique interne. Il s’agit de la hausse des prix de l’électricité réclamée par la Sonelgaz.

La question de la sécurité énergétique de l’Union européenne a pris une nouvelle dimension depuis l’épisode russo-ukrainien du début de l’année en cours. La très forte dépendance des exportations de Gazprom, 50% de sa consommation en gaz naturel, incite l’Europe à diversifier ses sources d’approvisionnement. L’Algérie couvre actuellement près de 30% des importations du Vieux-Continent.

En dépit du fait que le secteur énergétique n’est pas couvert par l’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne, il prend une part importante dans les relations bilatérales. “Mais pas unique dans cette coopération”, insiste Alger.

C’est dans un contexte international marqué par les inquiétudes sur les prix et la sécurité des approvisionnements énergétiques, exprimées par les grandes puissances, et l’abandon par l’Algérie de l’option de libéralisation des hydrocarbures que se tiendra ce CIM. Ce dernier décidera des réponses à donner aux Européens. En effet, l’UE veut finaliser ce “partenariat stratégique” avant la fin de l’année. Si l’accord n’intervient pas dans les délais souhaités, l’Union européenne et l’Algérie “œuvreront à établir un mémorandum ou protocole d’accord qui fixe les principes communs qui doivent régir cette coopération énergétique”. Ces questions ont été soulevées en février dernier à Bruxelles, lors de la visite de l’ex-Chef du gouvernement, M. Ahmed Ouyahia. L’Algérie et la Commission européenne ont convenu, à cette occasion, de mettre en place un cadre de dialogue de haut niveau, à travers un comité mixte d’experts. Ce dernier traitera, notamment du développement des infrastructures énergétiques communes, la coopération technique et technologique, la sécurité et sûreté des approvisionnements et l’échange d’expertise (jumelage entre autorités de régulation, recherche-développement). Toutes ces questions seront traitées par le CIM autant que les divergences. Elles seront débattues. Les contrats gaziers à long terme, la clause de destination finale, (bien qu’un accord soit intervenu pour obliger un importateur initial à partager des bénéfices qu’il tirerait d’une revente de gaz importé d’Algérie), et même à la formule d’indexation du prix du gaz sur un panier de brut retiendront l’attention des ministres.

Il y a aussi le fait que les exportations algériennes sont appelées à croître. Le doublement des gazoducs vers l’Espagne et l’Italie et des plates-formes de Zeebrugge, Rotterdam et dernièrement Londres, qui traitent une grande part des exportations gazières vers l’Europe, indique clairement cette perspective. L’exportation des hydrocarbures en provenance d’Afrique (Nigeria) intéresse également l’UE d’autant plus que l’Algérie deviendra une voie de transit privilégiée.

L’Algérie dans la stratégie énergétique de l’UE

Entre-temps, l’UE s’est dotée d’une stratégie énergétique. Celle-ci reconnaît à l’Algérie un “rôle stratégique” et “croissant”, notamment dans le domaine du gaz naturel liquéfié (GNL). La nouvelle démarche européenne a préconisé l’établissement d’un partenariat stratégique.

Pour les Européens, la sécurité et la sûreté des approvisionnements, leur régularité et leur prévisibilité sont les principaux termes de la problématique. Elle offre à ses partenaires énergétiques majeurs de s’investir dans le cycle exploration-production-transport des hydrocarbures pour assurer le contrôle de toutes les étapes d’approvisionnement.

Comme pour la Russie, l’UE met dans la balance son apport financier et technologique.

Il s’agit de deux facteurs non exclusifs, en plus du volume d’importation régulier et de proximité. Les autres apports négociés dans les différents secteurs ont été mis en exergue. L’avenir renseignera sur la sincérité de l’offre. La volonté de Sonatrach de vendre directement aux consommateurs européens serait un test décisif autant que les investissements directs (IDE) européens, hors hydrocarbures, en Algérie. L’Algérie, sans trop insister, constate le retour des “nationalismes économiques” en Europe. Son marché de distribution intérieure, dix fois plus rentable que les opérations d’exportation, reste fermé à ses gros fournisseurs. C’est la raison de la persistance de la tension avec la Russie, qui verrouille, au retour, l’accès aux ressources.

En dépit de cette nouvelle stratégie, la peur de manquer de gaz a montré les limites d’une politique commune en matière énergétique. Les deux géants allemands (EON et BASF) ont suscité une controverse en lançant, en coopération avec Gazprom, la construction d’un gazoduc sous la Baltique. Le groupe public danois Dong Energy a négocié directement avec le géant russe qui prend pied en Hongrie avec gazoducs et installations de stockage. L’ENI et l’Italie, qui autorise Gazprom à vendre directement aux clients transalpins, ont bouclé la boucle. Les affaires Enel (Italie)-GDF (France), EON (Allemagne)- Endesa (Espagne) ont fortement pesé dans le désarroi actuel des Européens.

Quel nouveau tarif pour sonelgaz ?

Le deuxième CIM de la semaine étudiera la question du prix de l’électricité. Un dossier brûlant en pleine canicule qui pousse la consommation vers des records. À la pression de Sonelgaz qui a retenu pour 2006 “une hausse des prix de 10 à 15%”, s’ajoutent celles des citoyens, en particulier ceux du sud du pays. L’augmentation de 2005 n’a pas apparemment satisfait la Sonelgaz. Le service public qui a introduit, fin 2005, l’autorisation de revoir à la hausse ses tarifs l’explique par ses énormes besoins financiers ; près de 12 milliards de dollars y compris les centrales en voie de réalisation ou livrées récemment. Son P-DG Noureddine Bouterfa avait affirmé que “les Algériens ne paient que 65% du prix réel de l’électricité”, et que la facture d’électricité ne représente que 10% du SNMG. Il est à constater que ce CIM intervient quelques jours après l’intervention du président de la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (Creg) qui n’a pas rendu, à ce jour, son avis sur la question.

Son premier responsable, M. Othmane Nadjib, a laissé entendre en marge de la cérémonie de la signature du package contractuel de la centrale électrique de Hadjrat Enouss (Tipasa) que l’institution qu’il préside rendra prochainement son appréciation. Il a indiqué que l’augmentation interviendra avant la fin de l’année en cours. Cette hausse coïnciderait avec l’augmentation des salaires, effective dès juillet en cours. Une coïncidence difficile à avaler après des mois de grèves, principalement dans la Fonction publique, alors que les conventions de branches demeurent bloquées faute d’accords entre patrons et syndicats.

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