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Par Paul Sindic, cadre juridique, coanimateur du groupe Regale (*) publié dans L’Humanité le 30 septembre 2006

Le défi d’un plein emploi planétaire

samedi 30 septembre 2006 par Paul Sindic

L’extension permanente du libre-échange, promue par les grands intérêts capitalistes mondialisés, y compris des grands pays émergents (Brésil, Chine, Inde notamment), fait l’objet d’un pilonnage idéologique constant sur de prétendus avantages indiscutables (lien avec la croissance, l’innovation, les prix bas), qui ne résistent guère à des analyses sérieuses. Deux certitudes émergent nettement. Pour ces grands intérêts mondialisés, la poussée libre-échangiste conjuguée à la liberté totale d’investir, à la libre circulation des capitaux, aux privatisations est un eldorado fabuleux. Sous-traiter, délocaliser dans des pays à très bas salaires, distribuer en Occident des produits à un prix dix ou vingt fois supérieur à leur prix de revient d’origine fait exploser les profits. Au contraire, pour le monde du travail, à l’exception d’une petite minorité de salariés acteurs subalternes de la mondialisation, c’est une véritable machine infernale. Les salariés des pays développés voient leurs acquis sociaux brutalement remis en cause. Certains perdent leur emploi du fait des délocalisations, sous-traitances à l’étranger. Des branches industrielles entières (textile, chaussure, etc.) sont sinistrées. Par ailleurs, dans les « bagnes industriels » (selon l’expression de G. Azam) du « Sud », de la Chine, les salariés sont surexploités, privés de toute défense syndicale, menacés eux aussi de non-compétitivité, car on peut toujours trouver, dans la misère profonde où vit la majorité de l’humanité, salaires encore plus bas.

Mais le pire est à venir. Si le libre-échange continue de s’étendre, c’est un aller simple vers la barbarie. Au plan agricole, c’est la déstabilisation finale de 3 milliards de ruraux, avec des conséquences sociales et politiques catastrophiques, c’est la fin de tout espoir de développement réel pour les pays les plus pauvres, en Afrique notamment. L’emploi industriel dans notre pays est menacé à terme, car la France n’a plus aucune politique industrielle nationale. Ses fleurons actuels (aéronautique, spatial, nucléaire civil, TGV, etc.) profitent des importations des pays émergents, mais ils sont explicitement visés par le développement de pays comme la Chine, à terme bien plus compétitifs. Autre problème planétaire majeur, la nécessité qui va s’imposer dans nos pays de réduire rapidement de 50 % les émissions de CO2, alors même que le libre-échangisme provoque une véritable explosion du transport de marchandises. Il faut donc impérativement réduire les flux d’échanges inutiles, raccourcir les distances parcourues, aller vers des transports à énergie « décarbonée ». Il faut aussi repenser les échanges dans la perspective de systèmes productifs beaucoup plus économes en - ressources naturelles, avec des produits plus durables, impliquant moins de volumes d’échanges. Bref, il faut se dégager rapidement de l’impasse dramatique dans laquelle la loi de la jungle du capitalisme néolibéral entraîne l’ensemble de l’humanité.

Faut-il pour cela revenir au protectionnisme ? Non, car des économies de plus en plus diversifiées ont des besoins incompressibles d’échanger. Mais on ne peut pas se contenter de demander telle ou telle exception (culturelle, agricole, services publics, etc.) au libre-échange. Il faut assigner aux échanges d’autres finalités, celles du - développement humain et notamment de contribuer à restaurer le plein emploi, dans les pays développés comme dans les pays en développement (PED). Conjuguée à des politiques industrielles nationales et régionales prenant pleinement en compte les contraintes planétaires évoquées ci-dessus et le nécessaire développement des PED, une véritable régulation planétaire des échanges est nécessaire. En voici brièvement quelques orientations possibles : conjuguer espace concurrentiel et principe keynésien selon lequel chaque pays a le droit de fabriquer ce qu’il consomme en réservant, dans chaque branche d’activité, un pourcentage (à négocier) du marché national aux fabrications locales, ceci pouvant être étendu à des zones économiques régionales. Pour les PED, restaurer le droit de protéger leurs industries naissantes par des protections douanières et leur octroyer des quotas d’accès hors droits de douane, mais limités, aux marchés des pays développés. Ces quotas limités pourraient être étendus aux pays émergents afin de casser les concurrences meurtrières entre ces pays. L’octroi de ces quotas serait subordonné à la reconnaissance de libertés syndicales effectives dans le pays bénéficiaire, afin de créer une dynamique de rattrapage progressif des salaires du « Nord » par ceux du « Sud » et non l’inverse comme actuellement. Pour certaines productions d’origine agricole (type céréales, coton), instaurer des quotas de production nationaux, fixer un prix international optimisé avec stocks de régulation, etc. Il y a encore beaucoup à travailler sur ces questions que les forces progressistes internationales, dans leur diversité, devraient s’approprier, car la question décisive du plein emploi planétaire est au bout du chemin.

(*) Régulations et alternatives au libre-échange. Pour plus de détails, voir le site espaces-marx.org

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