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Un article de Françoise Chipaux paru dans le Monde du 2 mars 2006

Le dilemme nucléaire indien

jeudi 2 mars 2006 par Françoise Chipaux
L ’Inde est une puissance nucléaire non signataire du traité de non-prolifération (TNP). Mais ses besoins énergétiques civils sont immenses. George Bush, qui arrive en visite (du mercredi 1erau vendredi 3mars), exige que les installations militaires de New Delhi soient contrôlées. Or, à ce stade, les Indiens sont divisés sur la réponse à donner à l’exigence américaine.

Le programme nucléaire indien - et les difficultés qu’il pose désormais aux Etats-Unis - prend ses racines avant même l’indépendance du pays. En 1944, Homi Bhabha, alors professeur à l’Institut des sciences de Bangalore, écrit au Tata Trust pour lui proposer de lancer la recherche nucléaire. Il trouve en Jawaharlal Nehru, premier chef du gouvernement de l’Inde, devenue indépendante en 1947, une oreille complaisante.

Le décret sur l’énergie atomique sera pris dès 1948 et le département du même nom fondé à Bombay en 1954.

Le programme nucléaire démarre, dans l’esprit de ses pères, avec un but totalement humanitaire : faire progresser un pays immense qui a accédé à l’indépendance dans la pauvreté et le sous-développement. Aujourd’hui, devenue une puissance militaire nucléaire de facto, l’Inde ne produit, grâce à l’énergie nucléaire civile, qu’environ 3% de ses besoins en électricité. Or elle sera, dès 2010, le quatrième consommateur d’énergie du monde, derrière les Etats-Unis, la Chine et le Japon.

Pour maintenir un niveau de croissance économique de 8% jusqu’en 2020, ce qui est son ambition, l’Inde devra importer 50% de son gaz et 80% de son pétrole. A cette date, la NPCIL (Nuclear Power Corporation of India Ltd), établissement public qui possède, construit et gère les centrales nucléaires, prévoit une capacité de 20000 MWe, contre 3000 actuellement. C’est dans ce contexte que se situe, pour une part, le projet de coopération sur l’énergie nucléaire envisagé en juillet 2005 entre les Etats-Unis et l’Inde.

Celui-ci prévoit d’accorder à New Delhi l’accès aux technologies nucléaires civiles avancées si elle accepte de "dissocier" ses programmes civils et militaires et de laisser l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) examiner ses sites nucléaires civils. C’est là que le bât blesse.

Trois phases L’Inde possède actuellement quatorze petits réacteurs en opération, dont douze sont des PHWR (pressurized heavy water reactor, réacteurs à eau lourde pressurisée). Neuf autres sont en construction, et leur démarrage est prévu entre 2007 et 2010. La construction de plus de quinze réacteurs supplémentaires est envisagée entre 2010 et 2020. L’Inde, qui a reçu de la France un surgénérateur de recherche, au début des années 1970, développe un surgénérateur à Kalpakam, à 80 km au sud de Chennai (Madras), qui devrait entrer en opération en 2010.

Si l’accord avec les Etats-Unis est signé, New Delhi envisage en outre l’achat d’une vingtaine de centrales nucléaires. Sur les quatorze réacteurs en service, quatre, qui ont bénéficié de la coopération du Canada et des Etats-Unis, sont déjà sous inspection de l’AIEA. Deux autres, fournis par la Russie, et qui devraient être opérationnels en 2007-2008, le seront aussi.

Conçu par Homi Bhabha pour être, à terme, totalement autonome, le programme énergétique nucléaire comprend trois phases. La première utilise l’uranium naturel, que l’Inde possède mais en quantité insuffisante, pour alimenter son programme. La phase 2, qui n’en est qu’à son tout début, avec la construction du surgénérateur, utilise le plutonium produit dans la phase1. La phase3 doit utiliser le thorium, dont l’Inde possède 30 % des réserves mondiales. Cette troisième phase, "qui donnera à l’Inde une totale autonomie, n’est envisageable que dans trente à cinquante ans", affirme le général Dipenkar Banerjee. "Mais, maintenant, insiste-t-il, nous avons besoin d’uranium : dans cinquante ans, 20 % de l’énergie indienne proviendra du nucléaire."

N’étant pas signataire du TNP, l’Inde, qui a procédé à sa première explosion nucléaire en 1974, ne peut donc acquérir d’uranium sur le marché à cause des restrictions imposées par les pays fournisseurs d’énergie nucléaire. Alors qu’un débat très vif oppose, en Inde, partisans et adversaires de la proposition d’accord avec les Etats-Unis, les premiers font valoir que celui-ci permettrait de préserver à des fins militaires l’uranium que l’Inde possède déjà. "Si nous obtenons de l’uranium pour le programme civil, on pourra utiliser le nôtre pour le programme militaire", affirme ainsi l’amiral Raja Menon, ancien chef d’état-major de la marine.

Au centre des négociations avec l’administration Bush figure notamment le sort du surgénérateur que Washington veut mettre sous sauvegarde de l’AIEA, alors que le président de l’Agence de l’énergie atomique indienne, Anil Kakodkar, a fait connaître publiquement son refus.

"Pour notre sécurité énergétique à long terme comme pour le maintien d’une dissuasion minimum crédible, le surgénérateur ne peut pas être mis sur la liste des installations civiles", a affirmé ce dernier dans un entretien au quotidien Indian Express. M. Kakodkar estime aussi que, concernant le surgénérateur, "la propriété intellectuelle est un problème".

Professeur de physique à l’université Jawaharlal-Nehru de Delhi, M. Rajaraman admet ces inquiétudes. Il souligne cependant : "Ce ne sont pas les Etats-Unis qui conduiront les inspections, mais l’AIEA, avec qui nous discuterons directement." De plus, ajoute-t-il, "le surgénérateur a besoin de tonnes de plutonium et d’uranium. Si on le garde comme militaire, on devra fournir le combustible ; dans le cas contraire, on pourra acquérir le combustible sur le marché".

Pour la communauté scientifique nucléaire indienne, habituée à travailler en toute indépendance, sans cloison entre militaires et civils, la séparation exigée pour l’accès aux technologies est vécue comme un déchirement.

Un fort sentiment d’avoir réussi seuls jusqu’à maintenant et, donc, le désir de poursuivre seuls l’aventure anime aussi nombre de scientifiques indiens, qui voient avec inquiétude un futur sous surveillance internationale.


Le pays table sur une croissance économique à 10 %

Après trois ans d’une croissance d’environ 8 %, l’Inde vise un taux de 10 % pour les années à venir, a annoncé le ministre indien des finances, Palaniappan Chidambaram, mardi 28 février, en présentant un budget de 125 milliards de dollars pour l’exercice fiscal 2006-2007. "Je crois que la croissance est le meilleur antidote à la pauvreté", a-t-il déclaré au Parlement. Le ministre a annoncé à la fois un nombre substantiel de réductions de taxes et une hausse importante de l’investissement dans l’éducation (+ 31,5 %), la santé (+ 22 %) et l’emploi en zones rurales (+ 54 %). Les réductions de taxes visent notamment des produits de consommation. Les prix des voitures de petite cylindrée, du gaz domestique, des médicaments (contre le cancer, le sida) ou de certains produits alimentaires s’en trouveront diminués.

"L’idée principale qui sous-tend ce budget est d’augmenter la croissance et d’aider l’agriculture", a ajouté le ministre. Ce dernier secteur, qui fait vivre les deux tiers du milliard d’Indiens et reste très dépendant des conditions climatiques, a connu une croissance d’environ 2 % depuis quelques années (10 % pour l’industrie ou les services). Ses faibles résultats ont pénalisé l’ensemble de l’économie. Le budget offre des réductions des taux de crédit aux fermiers et consacre 58 % des fonds alloués au développement de l’irrigation. Il vise aussi à réduire à 3,8 % le déficit fiscal, qui devrait se monter à 4,1 % du produit intérieur brut (PIB) pour l’année fiscale qui s’achève le 31 mars.

Le budget de la défense, après avoir substantiellement augmenté, connaît une hausse modérée de 7,2 %. "Considérant la modernisation de nos forces de défense, je propose d’augmenter l’allocation à la défense de 830 milliards de roupies (18,44 milliards de dollars) à 890 milliards de roupies", a annoncé M. Chidambaram.

Sans doute pour plaire à ses alliés communistes, le ministre n’a fait aucune annonce sur l’ouverture de nouveaux secteurs à l’investissement étranger. Malgré une année de larges consultations pour tenter de réduire les subventions, ces dernières vont encore absorber près de 11 milliards de dollars. Les milieux d’affaires ont généralement bien accueilli ce budget qui ne comporte aucune nouvelle taxe et maintient les taxes sur les revenus. La Bourse de Bombay a clôturé en hausse de 1 %, atteignant un nouveau record de 10 370,24 points.

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