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CHARLOTTE ROTMAN | Libération le5 novembre 2007

Le dossier médical personnel pas installé mais déjà épinglé

lundi 5 novembre 2007 par Charlotte ROTMAN
Depuis quatre mois, n’importe lequel des 48 millions d’assurés français devrait pouvoir consulter sur Internet son dossier médical personnel (DMP), qui rassemble les informations sur son état de santé.

Faillite. C’est en tout cas ce que promettait la réforme initiée par Philippe Douste-Blazy en 2004. Pas la peine de tenter le coup : le DMP est en panne. Sa mise en place a été repoussée à 2010 (au mieux, car elle ne cesse d’être ajournée). Pire, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) vient d’épingler sévèrement cette faillite. « Les modalités de lancement de ce projet en font un antimodèle de gestion publique, le parfait exemple de tout ce qu’il faut faire pour conduire à l’échec un projet de portée nationale. » Un désastre.

C’était pourtant l’une des mesures phares de la réforme de l’assurance maladie de 2004. A l’époque, les auteurs de la loi ne cessaient de répéter qu’elle pourrait faire économiser au moins 3,5 milliards d’euros par an à la Sécu. « L’informatisation de la pratique des soins est la condition de survie de notre système de santé », déclarait Douste en 2005. Dans ce cas, on est mal. Le rapport de l’Igas, de l’Inspection générale des finances et du Conseil général des technologies de l’information, révélé par le Point, est en effet très clair. Il est « illusoire d’attendre avant longtemps des économies tangibles et mesurables », écrivent les experts. D’autant que le projet « véritablement très sous-estimé » est « une démarche dont le coût dépassera largement celui annoncé aujourd’hui », soit, selon ce rapport, 1,1 milliard d’euros sur cinq ans. En outre, cette estimation d’une économie de plusieurs milliards, brandie à tout-va par Douste-Blazy, était, écrit l’Igas, tirée d’une étude « contestable sur le plan intellectuel » dont les conclusions « ne sont pas recevables » et qui a coûté la bagatelle de 500 000 euros.

Le retard accumulé n’est pas forcément une surprise. Et le rappel des déclarations officielles et fanfaronnantes des différents ministres sur le calendrier serait trop cruel. Deux ans de délai étaient prévus pour la généralisation du DMP. Le Royaume-Uni a consacré trois fois plus de temps, avec un budget plus important.

« Pression ».Le Collectif interassociatif sur la santé, qui regroupe des associations de patients, alertait depuis longtemps sur un « crash prévisible ». De fait, en juin, Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé, l’avait admis : « Le DMP est au point mort. » Tout en promettant de « le relancer très vite ». Ce calendrier « irréaliste » a pourtant été « constamment mis en avant pour des raisons essentiellement politiques », regrette le rapport. Qui enfonce le clou : « Le projet DMP s’est vu attribuer dès l’origine une série d’objectifs à l’évidence hors d’atteinte, mais constamment affichés par les ministres successifs. » Les différents acteurs chargés du dossier étaient « sous pression des échéances politiques. Il en a résulté une gestion de projet constamment précipitée, souvent improvisée, parfois inconséquente ».


Des informations obligatoires

Le dossier médical personnel instauré par la loi du 13 août 2004 rassemble les données médicales (antécédents, vaccinations, allergies) ou thérapeutiques (résultats d’examen, comptes rendus opératoires, diagnostics). Il est obligatoire. S’il n’est pas présenté au médecin, le niveau de remboursement peut être abaissé. Fin 2006, plus de 30 000 DMP ont déjà été ouverts dans le cadre d’expérimentations sur 17 sites pilotes.

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