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Article de KEREN LENTSCHNER paru dans Le Figaro le 26 décembre 2006

Le « dumping » au CO2 inquiète les cimentiers français

mardi 26 décembre 2006 par Keren Lentschner
Les industriels demandent l’augmentation des quotas d’émission de dioxyde de carbone au nom de leur compétitivité.

LES CIMENTIERS européens sont sur le pied de guerre. À Lille, 400 salariés du suisse Holcim, filiale du numéro deux mondial, ont manifesté mercredi dernier devant la préfecture de Région pour dénoncer l’arrivée à Dunkerque d’un concurrent « déloyal », Nord Broyage, filiale de Gamma Logistics Investments.

Selon Holcim, l’implantation d’un centre de broyage de ce challenger, une société de droit luxembourgeoise, pourrait mettre en péril 500 emplois dans ses deux usines de Dannes et Lumbres (Pas-de-Calais). Car en important à bas prix son clinker (matière première du ciment) du Maroc -, non soumis au protocole de Kyoto - Nord Broyage pourrait pratiquer sur le marché français des tarifs défiant toute concurrence. Le cimentier suisse, qui dénonce un dumping « à domicile », a déposé un recours auprès du ministre de l’Environnement.

À Sète et Fos-sur-Mer, même combat pour le numéro un mondial, Lafarge, et l’entreprise familiale Vicat. Tous deux sont confrontés à l’arrivée annoncée de deux autres filiales de Gamma Logistics Investments. Lafarge dénonce des « distorsions de concurrence ».

Au-delà de l’arrivée de ce nouvel acteur, la pilule de Kyoto est difficile à avaler pour les cimentiers. Comme les autres industriels, ils sont désormais soumis à des quotas d’émissions de CO2. Or, une tonne de clinker produite émet 850 kg de gaz carbonique... Pour réduire la pollution, les cimentiers se sont lancés dans la production de ciments composés, contenant moins de clinker. Lafarge se targue d’avoir réduit de 13 % en quinze ans ses émissions de CO2 par tonne produite.

Vers des recours juridiques

Car c’est bien là que le bât blesse. La France, qui s’est déjà fait recaler, doit présenter avant la fin de la semaine à Bruxelles son plan national d’allocation de quotas de CO2 pour la période 2008-2012. Les industriels font pression sur le gouvernement pour qu’il revoie sa copie. En 2006, les quotas alloués n’ont pas permis de satisfaire la croissance du secteur (+ 6 %), dopée par le boom de la construction. Les cimentiers français ont dû acheter un demi-million de tonnes de CO2 supplémentaire. Si la demande reste soutenue, « les cimentiers français pourraient se retrouver dans une position difficile en matière de compétitivité internationale », redoute Olivier Luneau, directeur du développement durable du groupe Lafarge.

« Nous ne souhaitons pas délocaliser. Mais si nous y sommes contraints, nous le ferons », regrette le directeur général adjoint de Vicat. Raoul de Parisot redoute l’arrivée de clinker produit à bas coût dans le bassin méditerranéen et bientôt dans les pays du Golfe. D’autant que, transporté en bateau, le ciment est beaucoup plus pollueur en gaz carbonique. Si le plan français est adopté tel quel, « nous sommes déterminés à étudier les recours juridiques contre la Commission européenne ou le gouvernement français », prévient Raoul de Parisot.

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