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Dominique Buffier , Xavier Ternisien | Le Monde le 9 mars 2007

Le français Eramet bénéficie des prix élevés des matières premières

vendredi 9 mars 2007 par Dominique Buffier, Xavier Ternisien

Pour la troisième année consécutive, les résultats du groupe minier français Eramet, présentés jeudi 8 mars, enregistrent une importante progression. "Nous bénéficions du maintien de la forte demande mondiale, et en particulier de la Chine, pour les matières premières", estime Jacques Bacardats, président directeur général d’Eramet.

Avec un chiffre d’affaires 2006 de 3,1 milliards, en hausse de 13 % par rapport à 2005, Eramet a dégagé en 2006 un bénéfice net de 319 millions d’euros. Certes, ce résultat est en baisse de 15 % par rapport aux 377 millions de 2005, mais il prenait alors en compte l’indemnité exceptionnelle versée à la société après la cession, dans le cadre des accords de Bercy, de ses droits sur le massif du Koniambo en Nouvelle-Calédonie.

Conformément à ses prévisions, le résultat opérationnel progresse de 12 %, à 607 millions d’euros. Quant à la marge opérationnelle, elle se maintient à un niveau élevé de 20 % du chiffre d’affaires. L’entreprise a bénéficié de ses livraisons de nickel et de minerai de manganèse ainsi que des prix bien orientés du nickel.

En dépit du coût de l’acquisition de la mine de Weda Bay Minerals, en Indonésie, pour 164 millions d’euros, la trésorerie nette est restée quasi inchangée en 2006, à 353 millions d’euros. "Cette situation financière nous permet de mener un ambitieux programme de développement interne et externe", précise M. Bacardats.

Les actionnaires devraient bénéficier de ces bonnes orientations. En effet, le conseil d’administration proposera à l’assemblée générale le versement d’un dividende de 2,90 euros par action, soit une hausse de 38 %.


Les indépendantistes de Nouvelle-Calédonie exploitent le nickel avec des groupes asiatiques

La Nouvelle-Calédonie devient l’eldorado des aciéristes asiatiques, qui cherchent à garantir leur approvisionnement en nickel. La Société minière du Sud Pacifique (SMSP), qui appartient à la province Nord dirigée par les indépendantistes, a signé, fin 2006, un protocole d’accord avec la société Jinchuan, premier producteur chinois de nickel.

Le texte prévoit la fourniture de latérite (minerai à faible teneur). Cinq minéraliers ont déjà fait le voyage. Jinchuan souhaiterait aller plus loin et construire une usine dans le Pacifique - aux Philippines ou en Australie - pour traiter le minerai.

Mais le projet phare de la SMSP est la construction d’une usine en Corée du Sud, en partenariat avec Posco, premier producteur mondial d’acier inoxydable. "Un projet exceptionnel !", s’extasie son président André Dang, soutenu par le dirigeant indépendantiste et président de la province Nord, Paul Néaoutyne.

Deux sociétés ont été créées en 2006, détenues à 51 % par la SMSP et à 49 % par Posco. La Nickel Mining Corporation (NMC) exploitera les quatre gisements de Ouaco, Poya, Nakéty et Kouaoua, détenus jusqu’ici par la SMSP, tandis que la Société du nickel de Nouvelle-Calédonie et de Corée (SNNC) construira une usine de transformation du minerai à Gwangyang, à la pointe sud de la Corée.

L’opération coûtera 700 millions de dollars (542 millions d’euros) à Posco. La SMSP apportera ses titres miniers. Elle s’engage à exporter, pour trente ans, l’équivalent de 30 000 tonnes annuelles de nickel-métal sous la forme d’un minerai à teneur moyenne de 2,27 %. La première pierre de l’usine doit être posée le 2 mai, la livraison du minerai débuterait en août 2008.

Pour l’instant, ce projet est suspendu à un vote du Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Il s’agit de rendre possible l’exportation de minerai de cette teneur et d’exempter la SMSP de l’impôt sur les plus-values lors de la cession de ses titres à la NMC. Didier Leroux, ministre calédonien chargé des mines, est hostile au projet : "C’est un choix de court terme qui nous brouille avec notre clientèle traditionnelle, au Japon."

BOULEVERSEMENTS

Jusqu’ici Posco achetait le nickel calédonien aux Japonais. En traitant avec la SMSP, les Coréens font l’économie des intermédiaires. Néanmoins, le Congrès devrait donner son feu vert, les anti-indépendantistes ne voulant pas se heurter sur ce point avec les indépendantistes.

L’accord avec les Coréens signe-t-il la mort du projet d’usine sur le gisement de Koniambo, qui est la cheville ouvrière du rééquilibrage de l’économie calédonienne en faveur de la province Nord ?

André Dang jure que non. "Le projet Posco n’est pas une délocalisation. La construction de l’usine du Nord reste une priorité, qui obéit à une logique politique. Notre objectif reste de produire du nickel à Koniambo en 2011."

L’intrusion des Coréens - et bientôt des Chinois - dans le marché du nickel calédonien vient bouleverser un paysage en pleine recomposition.

Les deux projets d’usines Nord et Sud ont changé de mains en 2006. Le groupe anglo-suisse Xstrata a racheté le canadien Falconbridge, partenaire des indépendantistes pour le projet de Koniambo. Le brésilien CVRD a pris le contrôle d’Inco, constructeur de l’usine hydrométallurgique de Goro Nickel, dans le sud, qui devrait démarrer sa production fin 2008. La Société le nickel (SLN, groupe Eramet) détient quant à elle 70 % des titres miniers en Nouvelle-Calédonie (hors Koniambo et Goro) ainsi que la seule usine de transformation de minerai existante dans Nouméa.

Beaucoup doutent de la volonté d’Xstrata de mener à bien le projet d’usine du Nord. "Ce sont des financiers qui raisonnent sur le court terme", commente Ron Renton, directeur général de Goro Nickel. La SLN se déclare prête, elle, à traiter avec la SMSP. "La province Nord doit savoir qu’elle peut compter sur nous", déclare son directeur général, Pierre Alla.

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