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Jean-Michel Bezat | Le Monde du 02.10.07.

Le gazier OMV tente de constituer un géant "austro-hongrois" de l’énergie

mardi 2 octobre 2007 par Jean-Michel Bezat
Une résurrection de l’empire austro-hongrois se dessine... dans l’énergie. Le groupe autrichien d’hydrocarbures OMV a annoncé, mardi 25 septembre, qu’il détenait 20,2 % du pétro-gazier hongrois MOL. L’acquisition de 100 % de cette société pour 14 milliards d’euros sur la base de 128 euros par action MOL donnerait naissance à "un champion en Europe centrale et orientale", a estimé Wolfgang Ruttenstorfer, le PDG d’OMV.

L’affaire est loin d’être réglée. Budapest et les dirigeants de MOL s’opposent à la vente d’une entreprise jugée "stratégique". En juin, OMV était monté jusqu’à 18 % dans le capital de MOL. Le premier ministre hongrois, Ferenc Gyurcsany, avait alors prévenu qu’il utiliserait "tous les moyens pour faire échouer" le raid d’OMV. Son porte-parole a réaffirmé que cette offre publique d’achat (OPA) était "hostile".

MOL estime avoir d’"excellentes perspectives de croissance en restant indépendante", exclut toute négociation et estime que l’offre n’est "pas attractive pour ses actionnaires" et "détruirait de la valeur". Ce groupe, privé, a réalisé 1,3 milliard d’euros de bénéfices en 2006.

Pour Budapest, ce serait aussi une ingérence de Vienne dans ses affaires, l’Etat autrichien détenant 31 % d’OMV. Le Parlement hongrois débat d’ailleurs d’une loi interdisant les OPA sur les secteurs stratégiques. Le patron d’OMV a prévenu qu’il pourrait demander le soutien de la Commission européenne. "Nous surveillons la situation de près, du point de vue de la libre circulation du capital", a indiqué, mardi, un porte-parole de Charlie McCreevy, commissaire chargé du marché intérieur.

DESSERRER L’ÉTAU RUSSE

L’enjeu concerne la sécurité de l’approvisionnement en gaz de l’Europe. Les deux groupes veulent y jouer un rôle-clé. Ils sont partenaires de Nabucco, un gazoduc de 3 400 kilomètres qui doit relier la mer Caspienne à la Hongrie et l’Autriche via la Turquie. Pour l’Union européenne (UE), ce projet, qui n’est pas bouclé financièrement (4,6 milliards d’euros), est essentiel pour desserrer l’étau russe.

Bruxelles l’a relancé le 21 juin. La Hongrie lui a apporté un appui officiel, le 14 septembre, en assurant soutenir "l’UE dans ses efforts d’intégrer ses approvisionnements en gaz". Le jour même où, en visite à Budapest, le président français, Nicolas Sarkozy, déclarait qu’il faut "aider" la Hongrie à devenir "une plaque tournante énergétique pour l’Europe".

Mais la Hongrie, qui dépend à 100 % de la Russie pour son alimentation en gaz, ne veut pas s’aliéner le Kremlin. Les Balkans sont au coeur de la diplomatie énergétique russe. Non content de détenir le contrôle de l’accès en Europe du gaz de Russie et d’Asie centrale (via la Biélorussie et l’Ukraine), Moscou vise aussi celui de la route d’exportation du sud par la Turquie et les Balkans. Budapest a donc deux fers au feu et juge que deux gazoducs ne seraient pas de trop pour garantir la sécurité de l’approvisionnement de l’Europe. Et donc un pipeline construit avec le russe Gazprom.

En soutenant la croissance d’OMV, l’Autriche veut, elle, confirmer sa place de point d’entrée du gaz en Europe. D’où le protocole d’accord pour la production de gaz signé en avril avec la compagnie nationale iranienne, qui a déclenché des menaces de représailles des Etats-Unis. La bataille boursière MOL-OMV risque de retarder encore le projet Nabucco.

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