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Article de Olivier Truc paru dans Le Monde du 18.11.06

Le gazoduc russo-allemand en mer Baltique inquiète la Suède

samedi 18 novembre 2006 par Olivier Truc

Le projet de gazoduc reliant la Russie et l’Allemagne par la mer Baltique soulève de nombreuses inquiétudes en Suède, autant en raison des risques écologiques que par crainte d’espionnage de la part des Russes. La remise, par le consortium russo-allemand Nord-Stream, d’un rapport préliminaire d’impact écologique aux pays riverains, mardi 14 novembre, a suscité depuis de nombreuses réactions.

D’après les Suédois, le risque environnemental que fera courir ce gazoduc de 1 200 km est réel à cause des 40 000 tonnes de munitions chimiques, notamment du gaz moutarde, reposant dans différentes zones de la mer, selon l’estimation faite par Helcom, la commission de protection de l’environnement en mer Baltique, basée à Helsinki. Le gazoduc traversera la zone économique suédoise sur près de 500 km.

Le projet du consortium, dans lequel le groupe russe Gasprom détient la majorité, prévoit aussi la construction d’une plateforme de maintenance à mi-chemin, au nord-est de l’île suédoise de Gotland. C’est cette plateforme, située dans la zone économique suédoise, qui a réveillé les vieux démons de la guerre froide, avec la réémergence d’expressions comme "ryssen" (le Russe), qui rappelle que le grand voisin de l’Est a, pendant des siècles, été l’ennemi que l’on craignait en Suède.

Ce sentiment est exacerbé par le fait que le président Poutine a clairement fait savoir que le gazoduc était d’un intérêt stratégique majeur et serait placé sous la protection de la flotte russe de la Baltique, basée à Kaliningrad. "Personne ne sera plus capable de bouger dans la mer sans que les Russes ne soient au courant, prévient Bo Huldt, professeur à l’Ecole suédoise de défense. La mer Baltique va être partagée à nouveau comme elle ne l’a pas été depuis la fin de la guerre froide."

De nombreux experts suédois estiment qu’il y a de fortes chances que les Russes truffent la plate-forme et leurs installations sous-marines de matériel de détection en tout genre. La présence même d’employés russes sur la plate-forme est un souci pour les Suédois, car elle pourra servir de prétexte à la marine russe pour se déployer afin d’assurer leur protection, par exemple contre des menaces terroristes. "Nous aurons un pipeline qui va motiver une présence de la marine russe dans notre zone économique et que les Russes peuvent utiliser s’ils le souhaitent à des fins de renseignement. Il est clair que c’est un problème", a déclaré le ministre suédois de la défense, Mikael Odenberg.

Les Suédois, qui n’ont aucune envie de voir des navires russes croiser au large de leurs côtes, sont toutefois conscients qu’ils n’ont pas grand-chose à opposer au projet, même si Nord-Stream a formellement besoin de l’autorisation du gouvernement suédois. "Nous pouvons éventuellement poser des conditions, pas l’interdire", note Inger Alness, une responsable de l’Agence suédoise de protection de l’environnement, chargée du dossier.

Les Polonais et les Baltes s’opposent de façon beaucoup plus virulente au projet, craignant de devenir les futures victimes de la stratégie énergétique russe. A la veille du sommet entre la Russie et l’Union européenne qui se tiendra le 24 novembre, Varsovie oppose toujours son veto à la négociation d’un nouvel accord de partenariat avec Moscou tant que les Russes, qui refusent de ratifier la charte de l’énergie signée en 1994 avec les Européens, ne donnent pas de garanties. La Pologne a reçu, jeudi, l’appui de la Lituanie. En Suède, le quotidien conservateur Svenska Dagbladet a demandé au gouvernement suédois de se ranger derrière les Polonais et d’exiger des Russes qu’ils ouvrent leur marché de l’énergie, comme test de bonne volonté.

Les Finlandais, qui assurent actuellement la présidence de l’UE et tentent d’amener les Polonais à une position plus souple, sont pour l’instant discrets sur le gazoduc, qui traversera leur zone économique sur 369 kilomètres. L’enquête devrait durer un an avant que les gouvernements concernés ne donnent leur avis.

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