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Marie Jégo | Le Monde le 09.10,2008

Le géant russe Gazprom aiguise l’appétit du clan de Vladimir Poutine

jeudi 9 octobre 2008 par Marie Jégo

Boris Nemtsov, un ancien ministre de l’énergie à l’époque de Boris Eltsine, est un observateur avisé et inquiet. "La caractéristique de l’économie russe tient en un mot : monopole", observe-t-il. Auteur, avec Vladimir Milov, d’un rapport sur Gazprom, le géant russe de l’énergie, ("Poutine et Gazprom", août 2008), Boris Nemtsov, aujourd’hui dans l’opposition, dénonce le dépeçage de la compagnie par des proches du premier ministre qui ont récupéré à "prix d’ami" de nombreux actifs du mastodonte.

Vieille connaissance de l’époque où Vladimir Poutine travaillait à la mairie de Saint-Pétersbourg, Iouri Kovaltchouk, fondateur de la banque Rossia (15 milliards de dollars d’actifs), a ainsi récemment absorbé Sibour (pétrochimie), Gazprombank, Gazfond (le fonds de pension de Gazprom) et Gazprom Media, racheté au géant gazier pour "1/10e de sa valeur", selon Vladimir Milov. La banque Rossia possède en outre la compagnie d’assurances Sogaz, dont le vice-président n’est autre que Mikhaïl Poutine, un cousin du premier ministre.

Au détour d’un schéma complexe de participations croisées, un autre cousin émerge : Mikhaïl Chelomov, détenteur de 3,94 % de Rossia et de 12 % de Sogaz. Le 2 septembre, la presse russe a révélé qu’Arkadi Rotenberg, l’ancien entraîneur de judo du premier ministre Vladimir Poutine, avait pris le contrôle des actifs de Gazprom dans le secteur du BTP. Ces derniers temps, les prédateurs ont d’autant plus d’appétit que la quatrième entreprise mondiale (détenue à 50,1 % par l’Etat), fournisseur de 26 % du gaz consommé en Europe, est touchée de plein fouet par la crise financière. Mardi 7 octobre, Gazprom et trois autres compagnies du secteur énergétique russe - Rosneft, Loukoïl et TNK-BP - ont d’ailleurs adressé une lettre au premier ministre, Vladimir Poutine, lui demandant une aide financière urgente pour faire face à leurs échéances de crédit.

Gazprom et Rosneft, les deux mastodontes publics, sont les plus endettés avec, respectivement, 20 et 26 milliards de dollars à rembourser à des banques étrangères. Pourtant, comme le précise la lettre, l’aide sollicitée servira aussi à racheter des actifs à l’étranger. Le mastodonte, qui détient des participations dans seize pays d’Europe, cherche aujourd’hui du cash pour acheter, entre autres, 16,5 % du gisement libyen Elephant et acquérir (pour 400 millions de dollars) la "major" serbe NIS.

MONOPOLE DES GAZODUCS

Véritable Etat dans l’Etat, Gazprom est devenu ces dernières années la vitrine de la Russie. Ses rêves de conquête troublent les Européens, surtout depuis que la société brigue des participations dans le marché de la distribution du gaz à l’Ouest pour maîtriser toute la chaîne de l’énergie, de l’extraction à la distribution. Russes et Européens devaient d’ailleurs en débattre, mercredi à Bruxelles, lors d’un sommet sur l’énergie.

Assis sur 27 % des réserves mondiales, le monopole pourrait pourtant manquer de gaz dès 2009, selon les spécialistes. Alors que l’extraction stagne (556 milliards de m3 en 2006, 548 milliards de m3 en 2007) et que le renouvellement de l’outil industriel est négligé, le géant va devoir faire face à un accroissement de la demande interne et externe. Or l’essentiel de sa production est assuré par cinq ou six gisements. Les trois plus importants (Medvejie, Iambourg, Ourengoï) assurent 80 % de la production mais sont en fin de course. La relève sera assurée par les gisements de Sakhaline (Extrême-Orient), Iamal (Grand Nord) et Shtokman (le deuxième au monde, dans la mer de Barents). Mais rien n’en sortira avant 2011, voire 2014.

Et puis, Gazprom a des concurrents, dont Rosneft qui, via son unité gazière Purneftegaz, prévoit de produire 45 milliards de m3 dès 2013. Mais en dehors de Gazprom, personne n’a accès aux gazoducs. Ce monopole sur les tubes (153 000 km) assure sa domination sur les producteurs indépendants, contraints de lui vendre le gaz à un prix ridicule (49,50 dollars les 1 000 m3 contre 71 dollars les 1 000 m3 sur le marché interne, 420 sur le marché externe), faute de voie de sortie.

Depuis peu, ce monopole des gazoducs est en question. En juillet 2008, le vice-premier ministre et président de Rosneft, Igor Setchine, a réclamé qu’il y soit mis un terme.

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