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Un article de Frédéric Lemaître et Joel Morio paru dans Le monde du 25 octobre 2005

Le gouvernement annonce la mise en Bourse d’EDF

mardi 25 octobre 2005 par Joël Morio, Frédéric Lemaître

près la mise en bourse de Gaz de France, et la cession au secteur privé de la SNCM, le gouvernement s’apprête à mettre sur le marché une autre entreprise publique, et non des moindres : EDF, le premier électricien européen, au coude à coude avec l’Allemand E. on. Le premier ministre, Dominique de Villepin, devait annoncer, lundi 24 octobre, la signature avec l’électricien d’un contrat de service public et, dans la foulée, une introduction en Bourse de l’entreprise dans les prochaines semaines.

Dès son discours de politique générale, le 8 juin, le premier ministre avait indiqué qu’EDF, conformément à la loi adoptée en août 2004 après un large débat public, devrait ouvrir son capital à hauteur de 30 %. Ce sera chose faite courant novembre. "Non pas parce que l’Etat a besoin d’argent mais pour des raisons de stratégie énergétique , indique au Monde Thierry Breton, ministre de l’économie. Dans un monde qui doit se préparer à l’après-pétrole, la France doit maintenir l’avantage que lui procurent ses 58 centrales nucléaires. Et comme l’entreprise n’a que 9 milliards d’euros de fonds propres et 20 milliards de dettes, il faut rééquilibrer son bilan pour lui permettre d’investir davantage, notamment en France."

Les modalités de l’opération. L’ouverture du capital sera lancée dès le vendredi 28 octobre. Il s’agira d’une augmentation de capital, de l’ordre de 6 à 8 milliards d’euros, et non pas d’une cession par l’Etat d’une partie de l’entreprise. "L’Etat ne gagnera donc pas d’argent dans cette opération. Tout reviendra à l’entreprise" , insiste M. Breton. Le prix de l’action sera fixé dans les prochains jours.

"Notre objectif est d’avoir un grand actionnariat populaire, notamment parce que les Français sont attachés à EDF", explique le ministre de l’économie. Le gouvernement veut mettre toutes les chances de son côté. La vente des actions EDF devrait durer trois semaines environ, une durée exceptionnellement longue pour ce type d’opération, mais qui s’explique par les jours fériés début novembre.

Environ 15 % de l’augmentation de capital, soit environ 1 milliard d’euros, seront réservés aux 257 000 agents actifs et retraités de l’entreprise, dans les conditions prévues par la loi de privatisation de 1986. Une part de 35 % sera réservée aux particuliers. La moitié de l’augmentation de capital sera donc destinée aux investisseurs institutionnels.

Les contreparties demandées à EDF. L’entreprise a signé, lundi, le contrat de service public prévu par la loi d’août 2004, qui définit ses engagements. D’abord, la garantie qu’EDF approvisionne le pays en électricité, y compris en relançant les investissements, en métropole et dans les départements d’outre-mer. Mais aussi l’engagement de maintenir un haut niveau de sécurité des installations, de ne pas couper l’électricité pendant l’hiver et de prendre en charge la situation des personnes fragiles.

"Ces obligations d’accès à tous sont rappelées et les tarifs concernant les particuliers ne devront pas augmenter davantage que l’inflation durant les cinq prochaines années", précise M. Breton. Ce dernier engagement est le seul qui soit à durée déterminée. Les autres ont une durée indéterminée, "ce qui constitue une nouveauté" , insiste le ministre de l’économie, qui indique qu’EDF doit s’engager à ce que 95 % de l’électricité produite le soit sans émission de gaz à effet de serre.

Les engagements en matière d’investissements. De 2006 à 2008, l’entreprise prendra des engagements d’investissements à hauteur de 30 milliards d’euros. De 2006 à 2010, ces engagements se montent, au total, à 40 milliards d’euros, "dont une très grande majorité en France, dans la production, la distribution et le transport d’électricité", souligne M. Breton.

"Nous allons augmenter de 5 000 mégawatts la capacité nationale, notamment en modernisant les turbines de cinq centrales. Cela représente l’équivalent de cinq tranches de centrales nucléaires", se félicite M. Breton. Quelque 3 milliards d’euros seront consacrés à la construction du premier réacteur français de troisième génération, l’EPR, à Flamanville (Manche).

EDF va moderniser, par ailleurs, ses centrales thermiques en Ile-de-France, dans les Pays de la Loire et en Languedoc-Roussillon. "L’entreprise va également s’engager à sécuriser les approvisionnements insulaires, tant en Corse, où un barrage va être construit, qu’à la Réunion et en Guadeloupe et Martinique", précise M. Breton.

Enfin, les réseaux de transport (haute tension) et de distribution d’électricité vont être renforcés, et les interconnexions avec les pays voisins européens améliorées, notamment aux frontières avec l’Espagne et la Belgique.

Les conséquences sociales. Le statut des agents d’EDF ne sera pas modifié. Pas plus que ne l’a été celui des agents de France Télécom, désormais majoritairement détenue par des capitaux privés. Le gouvernement affirme ne pas redouter une explosion sociale au moment de l’introduction en Bourse de la société. "Un large débat public a eu lieu. A la demande du premier ministre, l’entreprise s’est préparée, y compris sur le plan social. Cette réforme ne profite pas à l’Etat mais est dans l’intérêt d’EDF, ses clients et son personnel", juge M. Breton.

Les autres privatisations en cours. Le gouvernement attend le feu vert de Bruxelles pour la vente de la SNCM à Butler Capital Partners et à la Connex. "J’ai toujours souhaité que l’Etat reste au capital le plus longtemps possible pour accompagner le changement de culture indispensable à cette entreprise. Je suis heureux qu’on ait trouvé une solution. Il faut maintenant que la SNCM regagne la confiance de ses clients et de son environnement", indique le ministre de l’économie.

La vente des sociétés d’autoroute devrait être rapidement menée. "Le dossier suit son cours , indique simplement M. Breton. Les candidats doivent nous faire des offres le 7 novembre et c’est une personnalité indépendante qui suit cela."

En revanche, la vente de Thales, dont l’Etat est actionnaire à hauteur de 31,3 %, n’est pas d’actualité, affirme M. Breton. "Ces rumeurs desservent l’entreprise. Thales n’est pas à vendre. Ceux qui les entretiennent connaissent les règles de marché. Soit on se tait ; soit on lance une OPA. Je veillerai à ce qu’elles soient respectées", lance le ministre.


Les prix du gaz sous étroite surveillance

Thierry Breton, ministre de l’économie, a déclaré au Monde , lundi 24 octobre, "qu’une hausse de 12 %" du prix du gaz, réclamée par Gaz de France (GDF), "n’est pas l’objectif du gouvernement" . Le ministre attend dans les prochains jours l’avis de la Commission de régulation de l’énergie. "Je réserve ma position dans l’attente d’une évaluation réelle de l’impact concret sur les consommateurs, notamment pour ceux qui vivent dans moins de 100 m2" , a indiqué M. Breton.

La gauche, elle, est déja montée au créneau. Vendredi 21 octobre, Eric Besson, secrétaire national du PS, a pressé le gouvernement de s’opposer à la demande "extravagante" faite par GDF.

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