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Entretien réalisé par Christophe Deroubaix publié dans l’Humanité du 13 octobre 2005

« Le gouvernement doit ouvrir des négociations »

jeudi 13 octobre 2005 par Christophe Deroubaix
Jean-Paul Israël, secrétaire du syndicat CGT des marins, exprime ici ses revendications et propositions.

Vous avez rencontré le préfet de région mardi après-midi. Quel message lui avez-vous adressé à l’intention du gouvernement ?

Jean-Paul Israël. Tout simplement d’ouvrir des négociations, sur la base d’une compréhension mutuelle du devenir de cette entreprise, pour assurer la mission de service public de continuité territoriale entre le continent et la Corse, et pour assurer un développement sur le Maghreb. Le gouvernement veut nous imposer un schéma dogmatique de privatisation. Cette option libérale s’accompagne d’une escroquerie financière au détriment de l’intérêt public et de l’argent des contribuables. On peut parler de scandale politico-financier.

Quelle est votre revendication ?

Jean-Paul Israël. L’entreprise doit rester dans un giron public largement majoritaire. Cela peut s’effectuer soit en une ligne - l’État seul -, soit en trois lignes avec l’augmentation de la participation de la SNCF (déjà détentrice de 7 % du capital, NDLR) et l’entrée de la Caisse des dépôts et consignations. Thierry Breton a balayé d’un revers de main cette idée, au prétexte que Bruxelles assimilerait l’entrée de la CDC à un versement de subventions publiques. Mais la CDC est un investisseur avisé que l’on retrouve dans de nombreuses opérations d’investissement, justement.

Ensuite, sur la recapitalisation, nous estimons les besoins de l’entreprise à environ 80 millions d’euros alors que l’État s’apprête à verser 113 millions aux deux repreneurs privés et à prendre en charge le plan social dont il estime lui-même le coût à 40 millions d’euros. Un mot sur ce plan social : le gouvernement nous promet qu’il n’y aura pas de licenciements secs et parle de 400 suppressions d’emplois. Or, nous avons recensé 230 salariés éligibles aux mesures d’âge et de départ anticipé. Et le reste ? L’État est-il crédible ?

Au total, reprenez les chiffres, notre projet coûte moins cher au contribuable que le plan de privatisation du gouvernement.

Comment l’entreprise SNCM en est-elle arrivée à ce point de difficultés financières ?

Jean-Paul Israël. J’avoue que j’ai du mal à comprendre une chose : comment, avec 450 millions d’euros d’actifs, 65 millions de fonds propres et aucun endettement à long terme, la SNCM ne réussit pas à trouver une banque qui puisse lui accorder 25 millions d’euros pour assurer sa trésorerie. Sinon que de nous laisser penser à un complot entre les requins de la finance et le gouvernement.

Je pense également que l’on a volontairement plombé les comptes et terni l’image de la compagnie. Quand Dominique de Villepin affirme que la SNCM a bénéficié de 1,2 milliard de recapitalisations, c’est faux. Nous n’avons connu qu’une seule recapitalisation de 69 millions d’euros en 2003. Quant aux dotations que reçoit la compagnie de la part de la collectivité territoriale de Corse, c’est au nom du service public de continuité territoriale qui est un acte républicain, un acte de solidarité nationale. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage.

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