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Hervé Kempf | Le Monde le 4 mai 2007

Le marché des émissions de gaz à effet de serre a triplé en 2006

vendredi 4 mai 2007 par Hervé Kempf

Le "marché du carbone" est en pleine expansion : il a triplé entre 2005 et 2006, atteignant, selon la Banque mondiale, 23 milliards d’euros. Ce marché des émissions de gaz à effet de serre est devenu suffisamment mûr pour justifier son propre salon professionnel, Carbon Expo, à Cologne. C’est à l’occasion de sa tenue que la Banque a présenté, mercredi 2 mai, les statistiques du marché.

Le principe du marché des émissions de gaz à effet de serre est de permettre à des entreprises qui ne peuvent pas diminuer leurs émissions d’acheter des "permis" à d’autres opérateurs qui, eux, réduisent leurs émissions. L’enregistrement de ces permis et les règles du marché sont arbitrés par une instance de contrôle. L’idée est qu’ainsi l’on pourra réduire à moindre coût ces émissions qui induisent le changement climatique.

Le marché mondial est essentiellement constitué du dispositif mis en place par l’Union européenne, le Système communautaire d’échange de quotas d’émission (SCEQE), et du Mécanisme de développement propre (MDP) géré par la Convention sur le changement climatique. Le SCEQE représentait, en 2006, 19 milliards d’euros, pour 1,1 milliard de tonnes de CO2 (gaz carbonique). Les MDP, pour leur part, ont mobilisé des engagements de 3,8 milliards d’euros pour 470 millions de tonnes de CO2, selon les statistiques de la Banque mondiale.

Par ailleurs, des engagements volontaires de réduction des émissions sont mis en oeuvre de façon anarchique par des entreprises privées. Présentés comme des "compensations" permettant de rendre "neutre" en émission telle ou telle activité (comme la tenue d’une conférence sur... le climat ou des voyages en avion), ils représentent un volume faible.

Le dynamisme du marché officiel ne le met pas à l’abri de faiblesses de jeunesse : le SCEQE a ainsi vu ses prix s’effondrer d’une vingtaine d’euros en 2006 à moins de 1 euro actuellement. "Cela s’explique notamment par l’hiver très doux que nous avons connu, qui a limité le chauffage donc les émissions des compagnies électriques, explique Christian de Perthuis, de la Caisse des dépôts et consignations. Mais surtout par le fait qu’on arrive à la fin de la première phase du système. Pour la phase suivante, qui commence à 2008, les prix de la tonne de CO2 se situent à 18 euros." Problème : pour que le prix atteigne un niveau élevé, incitant à lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, il faut fixer des quotas d’émission rigoureux, ce qui est mal accepté par les secteurs industriels concernés, qui jugent leur effort disproportionné par rapport au reste de la société.

Le MDP suscite moins de controverse : il est un moyen de transférer des fonds et des techniques récentes vers les pays du Sud. Par exemple, une firme européenne va financer un projet de récupération et reconversion des gaz d’une aciérie, en Chine, et récupérera les crédits des tonnes de CO2 non émises. Les pays émergents ont vite compris l’intérêt du système, et l’Inde, le Brésil, le Mexique et la Chine en sont les quatre bénéficiaires les plus importants. Les experts envisagent d’ailleurs la connexion entre ce marché des MDP et le marché européen. Celui-ci pourrait aussi s’élargir outre-Atlantique, avec la probable mise en place d’un marché aux Etats-Unis dans les années à venir.

Les principaux pays intègrent le marché mondial des émissions, même s’il est encore immature, dans leur stratégie. Par exemple, selon Paula DiPerna, du Chicago Climate Exchange, la Bourse américaine des gaz à effet de serre, "la Chine tient un compte précis de ses progrès en efficacité énergétique, et quand son plafond d’émissions sera discuté, elle déclarera les gains ainsi réalisés".

L’évolution des marchés des émissions est cependant fragilisée par la multiplication des "compensations" qui ne suivent pas des règles aussi rigoureuses que le système européen ou celui de la Convention climat. "Il faut marquer une distinction claire entre les MDP rigoureusement régulés et les dispositifs non officiels, a déclaré Ivo de Boer, secrétaire de la Convention, à Cologne. Cette confusion pourrait limiter le potentiel du MDP."

La réalité des réductions d’émission proposées par ces "compensations" n’est en effet pas toujours bien vérifiée, et certains opérateurs vendent plusieurs fois les réductions d’un même projet. La constatation de nombreuses fraudes de ce type a même conduit le très libéral Financial Times à prendre position, le 26 avril, pour des taxes sur le CO2 de préférence au marché ! Un paradoxe, alors que les dispositifs d’échange ont été mis en oeuvre précisément pour éviter le recours à la fiscalité. Mais celle-ci est aussi prônée en France dans le programme de Nicolas Sarkozy, sous forme d’une taxe sur le carbone importé, c’est-à-dire contenu dans les produits des pays ne respectant pas le protocole de Kyoto. Même sur le plan idéologique, le marché des émissions n’a pas encore gagné la partie.

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