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Christelle Chabaud | L’Humanité du 25 mai 2007

Le microcrédit à un tournant de son développement

vendredi 25 mai 2007 par Christelle Chabaud
Économie . Troisième semaine de sensibilisation autour de cette technique de financement inspirée par « les banques des pauvres », et qui veut lutter contre la pauvreté.

Bientôt sexagénaire, Moussa vient de créer son salon de thé à Eaubonne, dans le Val-d’Oise. Un microcrédit de 5 000 euros lui a suffi pour « sortir la tête de cette galère qui dure depuis quinze ans ». Un licenciement économique en 1992 interrompt sa carrière de commis dans des hôtels de luxe. Il décide de se perfectionner dans des formations, et en parallèle fait des extras de nuit dans un hôtel. Il reprend confiance. Mais un accident du travail le rend inapte à exercer son métier. Moussa se retrouve au chômage. « Je tentais de cacher mon handicap aux employeurs, mais c’est un tout autre problème qu’on m’a renvoyé à la figure : mon âge ! J’ai compris que, dans le circuit traditionnel, c’était fini pour moi. C’est pour ça que j’ai sonné à la porte de l’Adie (l’Association pour le droit à l’initiative économique - NDLR). » Du 22 au 26 mai, dans le cadre de la troisième édition de la Semaine du microcrédit lancée par l’Adie, plusieurs dizaines de micro-entrepreneurs racontent en boucle leur expérience, à l’instar de Moussa. Le but ? « Aller à la rencontre de porteurs de projets en situation de précarité. » Inspirée par « les ban- ques des pauvres » des pays du Sud, l’Adie aide en France des personnes exclues du marché du travail et du système bancaire classique à créer leur propre emploi grâce au microcrédit.

En 1974, au Bangladesh, l’universitaire Muhammad Yunus constate qu’un prêt de 30 dollars permet à des paysannes vivant en dessous du seuil de pauvreté d’élever sensiblement leur niveau de vie et d’échapper à la coupe des usuriers ; il fonde la Grameen Bank qui va populariser le microcrédit dans le monde - plus de 60 millions de personnes y font désormais appel. L’an dernier, Muhammad Yunus reçoit même le prix Nobel de la paix, sous les félicitations de Hillary Clinton, Donald Rumsfeld ou encore Pierre Wolfowitz. Une récompense « coup de pouce » pour le secteur. Les banques commerciales réexaminent avec intérêt ce marché : 3 milliards de personnes n’ont en effet pas accès à des services financiers de base.

En France, selon l’Adie, l’utilité du microcrédit n’est plus à démontrer. Depuis 1988, près de 47 000 emplois ont été créés par son intermédiaire. Alors le microcrédit, une révolution dans la lutte contre la pauvreté ? Pas si vite, rétorquent plusieurs études de terrain. L’économiste américaine Gina Neff constate ainsi que seuls les « moyens pau- vres » y ont accès : huit ans après avoir eu accès à un crédit de la Grameen Bank, 55 % des familles ne peuvent toujours pas faire face à leurs besoins alimentaires essentiels et utilisent ces prêts pour des achats et non pour un investissement. L’universitaire Tho- mas Dichter généralise : « Le microcrédit n’a pas fait ce que la majorité de ses plus fervents partisans soutiennent qu’il peut faire, c’est-à-dire fonctionner comme un capital destiné à accroître le rendement d’une activité commerciale (...), les plus pauvres ne peuvent pas faire grand-chose de productif avec le crédit, et ceux qui peuvent en faire le meilleur usage sont ceux qui ont besoin non pas d’un microcrédit, mais d’un prêt plus important, assorti de conditions différentes. » Alors, aujourd’hui, certains responsables associatifs mettent en garde contre « le leurre d’un néolibéralisme social qui déresponsabilise les pouvoirs publics » dans la lutte contre les inégalités. Pour l’instant, l’Adie profite d’avoir le vent en poupe. Lundi, sa présidente, Maria Nowak, a même demandé à Jean-Louis Borloo, le nouveau ministre de l’Économie, de lancer « un plan national de développement du travail indépendant et du microcrédit ». « Le gouvernement veut favoriser le travail ? Allons-y ! Nous sommes 100 % pour, a-t-elle lancé. Le travail est la base de l’autonomie »... Première de ses propositions au ministre, la réduction du poids des cotisations sociales.

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