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Un article de Claire Guélaud paru dans Le Monde daté du 22 juin 2005

Le ministre de la santé, la canicule et les urgentistes d’Orléans

mercredi 22 juin 2005 par Claire Guélaud

Avant de présenter, mercredi 22 juin, l’édition 2005 du plan canicule, lancé après la catastrophe de l’été 2003 qui fit près de 15 000 morts parmi les personnes âgées, Xavier Bertrand l’a testé chez Serge Grouard, maire d’Orléans et député (UMP) du Loiret. "Je suis venu vérifier notre état de préparation, et voir si nous pouvons faire encore mieux" , assure le ministre de la santé, auquel deux études météorologiques prédisent un été "un peu plus chaud" que la moyenne.

Tous les services que le Loiret, la ville d’Orléans et le canton de Beaugency peuvent mobiliser sont, ce 14 juin, sur le pied de guerre : préfecture, conseil général, mairies, action sanitaire et sociale, équipement, services d’urgence (SAMU, SMUR, Croix-Rouge), EDF, hôpitaux, etc. L’hypothèse retenue pour ce "premier exercice national" est la survenue, le 1er et le 2 août, d’une canicule d’une durée et d’une intensité moyennes. Soit des températures d’au moins 19º la nuit et 34º la journée dans le département.

A 8 h 30, l’alerte est lancée. Deux heures plus tard, les services de l’Etat et ses partenaires sont en action. Les premières difficultés surviennent : malaises sur la voie publique, panne d’électricité dans une maison de retraite, etc. L’exercice se déroule parfaitement. A quelques difficultés près, que le déplacement du ministre vise précisément à corriger.

Une représentante du conseil général déplore l’impossibilité de croiser le fichier départemental des bénéficiaires de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) et le registre communal des 2 000 personnes âgées isolées. "Nous serions plus efficaces" , estime-t-elle. M. Bertrand consigne la remarque. Il se fait systématiquement préciser les difficultés, insiste sur le caractère capital de l’information grand public, évoque ces quelques règles simples qui auraient sauvé des vies en 2003 : rester à l’ombre dans des pièces rafraîchies, boire souvent, porter attention à ses voisins. "Hormis quelques petits réglages, nous savons faire face à la situation" , s’exclame-t-il.

Las ! La remise d’un tract des urgentistes du Centre hospitalo-universitaire de La Source refroidit son optimisme. Pris à partie par les médecins, M. Bertrand part à leur rencontre. "C’est un jour noir, lui dit, sans acrimonie, le docteur Bruno Piroelle. Cinquante personnes ont été accueillies dans les boxes. Certains patients campent depuis soixante-douze heures dans les couloirs. L’équipe ne peut pas donner, à tous, les soins nécessaires."

Un été caniculaire ? Ce responsable des urgences n’ose pas l’imaginer. "On ne sait même pas où l’on mettrait des patients supplémentaires" , dit-il en faisant valoir que la création de 45 à 50 lits de médecine polyvalente permettrait de désengorger son service. En attendant, le docteur Piroelle s’inquiète de la fermeture programmée, cet été, de plus de 100 des 250 lits du CHU. "Je viens me rendre compte, par moi-même, de vos difficultés" , lui répond, apaisant, Xavier Bertrand au milieu des brancards et des patients perfusés.

"L’agence régionale d’hospitalisation dit que les urgences de Tours tournent sans problème avec 12 lits de moins" , glisse, sur le chemin du retour, un conseiller du ministre comme pour semer le doute. Le directeur général de la santé l’entend. "Un tel niveau d’encombrement aux urgences, un jour normal, cela prouve qu’il y a un problème." On ne saurait mieux dire.

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