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Un article de Claire Guélaud paru dans Le Monde du 29 octobre 2005

Le nombre de chômeurs baisse, mais l’emploi salarié stagne

samedi 29 octobre 2005 par Claire Guélaud

Pour le sixième mois d’affilée, le chômage a reculé en France : à la fin septembre, le nombre de chômeurs a diminué de 0,9 % pour s’établir à 2 379 800. Soit 22 000 demandeurs d’emploi de moins qu’en août. Et 100 000 de moins qu’en février. Longtemps stable, le taux de chômage a baissé de 0,1 point, à 9,8 %. Il reste l’un des plus élevés des 14 pays de la zone euro.

Cette embellie constatée depuis six mois ne reflète pas vraiment une reprise de l’emploi liée à la croissance. Cette reprise-là continue à se faire attendre si l’on en croit d’autres données, celles de l’emploi salarié, fournies par l’Insee. Sur l’ensemble du deuxième trimestre 2005, tandis que le nombre de demandeurs d’emploi reculait de 38 500, les effectifs de l’emploi salarié dans le secteur marchand (hors agriculture), eux, ne progressaient que de 4 900.

Fait nouveau, les statistiques mensuelles du marché du travail, publiées d’ordinaire le matin et rarement avant le 28e jour du mois, ont été diffusées sous embargo par le ministère de l’emploi, dès jeudi 27 octobre, peu avant 20 heures. Il est vrai que, depuis quelques jours déjà, un "bon" chiffre était attendu pour septembre.

Quoi qu’il en soit, le ministre de l’emploi, du logement et de la cohésion sociale s’est réjoui de cette bonne nouvelle : "l’évolution du chômage est conforme à ce que j’ai toujours dit : qu’il commencerait à diminuer au second semestre" , a déclaré Jean-Louis Borloo, dont la confiance ne semble pas entamée par la stagnation de l’emploi salarié dans le secteur marchand.

Parmi les facteurs qui ont concouru à la baisse du chômage, le ministre a cité un "record historique de constructions" , le développement de l’apprentissage et des contrats aidés, notamment dans le secteur des services à la personne. Il a aussi évoqué le regroupement et la modernisation du service public de l’emploi, désormais doté, dans 72 sites, de logiciels de recrutement par simulation dont M. Borloo a salué le succès.

"Le bâtiment embauche à tour de bras, et, après avoir été confrontés à un chômage massif, nous devrons faire face, dans tous les secteurs, à des difficultés de recrutement très fortes dans les trois ans qui viennent. Même si, d’ici là, nul n’est à l’abri d’un mauvais chiffre" , a ajouté, prudent, le ministre.

Fin septembre, 2 379 800 demandeurs d’emploi étaient inscrits à l’ANPE en catégorie 1. Ce baromètre recense les personnes à la recherche d’un emploi à temps plein et d’un contrat à durée indéterminée et qui n’ont pas travaillé plus de 78 heures dans le mois précédant leur entrée en chômage. Si on ajoute à ce premier noyau ceux qui ont exercé une activité occasionnelle ou réduite, le nombre de chômeurs était, à la fin septembre, de 2 867 200. L’Insee évalue aussi à 1,2 million le nombre de personnes touchées par le sous-emploi, travaillant à temps partiel, souhaitant travailler plus et disponibles.

Le mois dernier, le chômage a baissé plus fortement pour les hommes (­- 1,4 %) que pour les femmes (­- 0,4 %). Le nombre de jeunes demandeurs d’emploi a légèrement augmenté. Le taux de chômage des moins de 25 ans présents sur le marché du travail atteint 23 %, contre 8,8 % pour les actifs âgés de 25 à 49 ans, et 7 % pour ceux de 50 ans et plus. En revanche, l’ancienneté moyenne au chômage continue d’augmenter avec les années : elle est de 147 jours pour les jeunes, de 260 jours pour les 25-49 ans et de 390 jours pour les seniors.

Le chômage de longue durée, dont 739 300 personnes étaient victimes en septembre, a diminué de 1,3 point en un mois et de 0,3 en un an. Seul s’est accru le nombre des personnes qui sont au chômage depuis au moins trois ans et sont généralement les plus difficiles à réinsérer.

BEAUCOUP DE RADIATIONS

Quelque 374 200 personnes se sont inscrites à l’ANPE en septembre, contre 402 900 un mois plus tôt. Cette baisse, de 1,3 point en un an, s’explique par une nette diminution des licenciements économiques et par une hausse sensible (+ 9,3 % sur un an) des reprises d’activité. Signe d’une meilleure tenue du marché du travail, les inscriptions à l’ANPE à la suite d’une fin de contrat à durée déterminée ou de mission d’intérim sont, elles aussi, orientées à la baisse.

Les sorties du chômage, en hausse de 6,1 % sur un an, concernaient 368 900 personnes fin septembre en données corrigées des variations saisonnières. Les reprises d’emploi déclarées se sont accrues de 10 % en un an. En revanche, les entrées en stage sont en nette baisse (­- 10,1 %). Les absences au contrôle et les radiations administratives restent à un niveau élevé : elles représentent respectivement 36,2 % et 8,2 % des motifs de sortie du chômage et concernaient 163 717 personnes dans un cas, 37 172 dans l’autre.

En l’absence de frémissement des effectifs dans le secteur concurrentiel non agricole, la baisse continue du chômage depuis six mois s’explique, pour l’essentiel, par la forte progression du nombre des contrats aidés. La multiplication de ces contrats caractérise le volet emploi du plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo présenté en conseil des ministres il y a plus d’un an. Leur montée en charge commence à produire des effets.

En attendant, le volontarisme sur l’emploi affiché par le gouvernement de Dominique de Villepin lui vaut de recueillir, selon un sondage réalisé par l’IFOP pour le quotidien La Croix du 28 octobre, 41 %d’opinions favorables auprès des chômeurs (contre 13 % pour son prédécesseur, Jean-Pierre Raffarin, en mai). Cette cote est néanmoins en chute de dix points par rapport au mois de septembre, où elle atteignait 51 %.


La grande distribution ne crée plus d’emplois

La grande distribution en France (hyper et supermarchés, centrales d’achat...) n’a pas créé d’emplois l’an dernier, a indiqué, jeudi 27 octobre, la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Il s’agit d’une première pour ce secteur, qui comptait 633 000 salariés au 31 décembre 2004. La progression des effectifs se tassait depuis plusieurs années (+ 4 % en 2000, + 3,5 % en 2001, + 2,5 % en 2002 et + 1,5 % en 2003). Mais, en 2004, la création d’emplois a enregistré un effritement de ­ 0,09 %. Les grandes surfaces souffrent de l’"atonie de la consommation" , a expliqué la FCD.

Seules les enseignes à bas prix ­ maxi ou hard discounters ­ ont créé des emplois (+ 6,04 %, à 31 500 salariés). Toutefois, elles comptent pour seulement 5 % des effectifs du secteur. Près de la moitié (47 %) des emplois de la grande distribution se situent dans des hypermarchés (293 000 personnes) et 35 % en supermarché (222 500). Les salariés de la grande distribution sont à 87 % des employés ou des ouvriers, 60 % des effectifs sont des femmes, et 37 % des emplois sont à temps partiel.


Les imperfections du "modèle" suédois

Le ministre délégué à l’emploi, Gérard Larcher, en voyage en Suède, a vanté les mérites du service de l’emploi de ce pays (Le Monde du 25 octobre). Or, selon Pierre Méhaignerie, le président (UMP) de la commission des finances de l’Assemblée nationale, et Gilles Carrez, le rapporteur général (UMP) du budget, qui ont présenté, jeudi 27 octobre, un rapport sur leur propre déplacement en Suède, ce "modèle" aurait ses limites. Ils évoquent notamment des "rigidités" sur le marché du travail et font état d’un fort taux d’absentéisme. "Chaque jour, près d’un cinquième de la main-d’oeuvre potentielle est en congé maladie ou bénéficie de pensions d’invalidité" , indique M. Carrez.

Ils apprécient en revanche le "pacte de discipline budgétaire" suédois de 1997, qui a permis une simplification du fonctionnement des ministères, une réduction du nombre de fonctionnaires et une modification de leur statut. Ils y voient une bonne façon de réformer l’Etat.

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