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Article de Anne-Sophie Stamane paru dans L’Humanité du 7 novembre 2006

Le nombre de médecins va commencer à baisser

mardi 7 novembre 2006 par Anne-Sophie Stamane
Santé . En 2010, la densité médicale aura chuté à 332 pour 100 000 habitants, contre 339,5 actuellement.

Au 1er janvier 2006, l’Ordre des médecins a dénombré 207 277 médecins en activité en métropole. Il n’y en a jamais eu autant, malgré une inflation de 15 % des sorties du tableau de l’Ordre. En un an, le nombre de praticiens a progressé de 0,7 %. Au total, la densité médicale s’établit à 339,5 médecins pour 100 000 habitants.

L’année 2006 s’annonce moins rose : elle verra s’amorcer le renversement de tendance tant redouté. La courbe va commencer sa chute, car les médecins, dont l’âge moyen est de 48,3 ans, vont quitter la profession plus massivement que les années précédentes. « Les départs de médecins en retraite sont d’autant plus nombreux qu’ils correspondent aux générations d’étudiants ayant bénéficié d’un numerus clausus [1] relativement élevé », explique le rapport annuel de l’Ordre des médecins. Sous l’effet, précisément, d’un numerus clausus volontairement restreint à la fin des années quatre-vingt, la relève ne compensera pas l’hémorragie. La faible intégration des médecins à diplôme hors Union européenne non plus. Et, temps de formation oblige, le retour précipité à un numerus clausus à 7 000 à partir de 2006 n’empêchera pas le creux. Résultat : en 2010, la densité médicale aura chuté à 332 pour 100 000 habitants. Elle avoisinera les 300 en 2020 et passera sous les 280 en 2025. Pour amortir le choc, l’Ordre des médecins milite pour un numerus clausus à 8 000. Même dans ce cas, les effectifs subiraient une forte baisse. « La densité médicale retrouverait le niveau de 2002 en 2037 pour atteindre ensuite des niveaux plus élevés », calculent les auteurs de l’étude.

La perspective est aggravée pour la médecine générale, qui va au-devant d’un sérieux problème de renouvellement. Alors que déjà, seuls six médecins sur dix inscrits en tant que généralistes exercent à temps plein, les étudiants boudent la discipline. En 2005, 981 places d’internes en médecine générale, soit 40 % des postes offerts, n’ont pas trouvé preneurs. Certains étudiants préfèrent redoubler que choisir cette filière. « Il conviendrait de favoriser une meilleure connaissance de la médecine générale en 2e cycle des études médicales », note le rapport.

Le chapitre consacré à la répartition géographique confirme que certaines régions souffrent de pénurie, et d’autres pas du tout. « Ces inégalités sont encore plus marquées quand on considère des niveaux géographiques fins tels que celui du canton. » Les régions les moins dotées sont la Picardie, la Haute-Normandie et le Centre. L’Eure remporte la triste palme du département le plus sinistré pour la médecine générale, avec une densité de 111 praticiens pour 100 000 habitants. Paris concentre un nombre impressionnant de médecins : 769 pour 100 000 habitants. Le conseil de l’Ordre insiste sur les critères d’installation : « L’analyse montre que le choix du canton d’installation dépend bien davantage des conditions de vie et du niveau d’équipement, de contextes démographique et socio-économique que de motifs purement financiers. »


La santé publique en ébullition

Grève . Les médecins inspecteurs veulent une réforme pour les aligner sur les praticiens hospitaliers.

Ils ne sont que 500 en France, et c’est précisément pour cette raison qu’ils sont en grève aujourd’hui. Les médecins inspecteurs de santé publique (MISP) connaissent une crise de recrutement, inquiétante à la veille de gros départs en retraite. « Il n’y a eu que dix postes pourvus en 2006 », déplore Bernard Faliu, président du Syndicat des médecins inspecteurs de santé publique (SMISP). Résultat : « Il y a beaucoup de départements où il n’y a qu’un MISP, et quelques-uns où il n’y en a pas du tout », détaille Béatrice Roche, en poste à la DDASS de Nîmes.

Paradoxalement, les missions de ces praticiens qui travaillent pour l’État dans les DDASS, les DRASS, à la Direction générale de la santé ou dans les agences sanitaires, ne cessent de s’étendre. En cas de pandémie grippale, ils joueraient un rôle majeur de coordination. Quand une méningite se déclare, à eux de mettre sur pied les modalités de prévention. Ils doivent également faire remonter les indicateurs des maladies graves, réguler l’offre de soins, inspecter les établissements médico-sociaux, mettre en place des politiques de prévention en fonction des priorités nationales. « Malgré cet aspect dynamique, pour un jeune médecin, le métier n’est pas attractif. Le salaire est inférieur de 30 % à celui d’un praticien hospitalier », note Bernard Faliu. Les internes en santé publique, déjà peu nombreux, ont tendance à viser l’hôpital. L’État est obligé de passer par la voie dérogatoire pour recruter.

Afin de rééquilibrer la balance, les MISP revendiquent l’unification des filières. « Les médecins spécialisés en santé publique passeraient le concours de praticien hospitalier, puis choisiraient ensuite entre l’hôpital et les services de l’État », explique Joëlle Le Moal, vice-présidente du syndicat. Pour l’heure, le ministère renvoie le dossier aux calendes grecques. Après la manifestation d’aujourd’hui à Paris, le SMISP envisage des actions de blocage.

[1] Quota qui fixe le nombre d’étudiants en médecine admis en 2e année.

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